Mais quel est le con ?
Vendredi 9 mai 2008 à 22h52 (Ante diem VI Kalendas Maias MMDCCLXI ab urbe condita)
Évidemment, un appartement haussmannien, même refait au siècle dernier, ça n'est pas aux normes actuelles. Alors c'est la question rituelle, le leitmotiv récurrent, au fur et à mesure que nous démontons l'existant pour le remplacer par du neuf. Mais quel est le con ? Quel est le con qui a installé des prises avec fiches de terre mais sans les relier à la terre derrière ? Quel est le con qui a peint par-dessus les clenches des portes ? Quel est le con qui a collé cette moquette n'importe comment ? Quel est le con qui a posé ce carrelage sans utiliser de croisillons, que maintenant les carreaux sont si rapprochés qu'on ne peut même pas y faire pénétrer le joint ?
Badigeonnage des portes de placard au sperme de Schtroumpf.
C'est un re-fou qui re-peint son re-plafond.
Gâchage du plâtre sur le balcon.
C'est au pied du mur qu'on voit le maçon.
La mauvaise surprise, c'est le mur de la façade. À une époque reculée, une infiltration d'eau de pluie a eu lieu. Elle a été colmatée depuis, mais l'humidité et les champignons sont restés dans les enduits du mur et dans les boiseries d'une des fenêtres, tout cela est devenu spongieux avec le temps, et quand on a décollé le papier peint, tout nous est tombé sur la tronche. J'ai refait une couche de plâtre pour ne pas laisser les moellons haussmanniens à nu, mais je ne suis pas maçon, je suis bien incapable de remonter un mur parfaitement droit. Alors je suis allé acheter un grand panneau d'agglo de la bonne taille, et hop ! Je l'ai vissé au mur pour dissimuler ma couche de plâtre approximative et j'ai recouvert le tout d'un bon enduit pour faire la jonction avec les murs adjacents.
Le résultat est nickel. Mais dans vingt ans, quand un futur propriétaire refera l'appartement et tombera sur cette cloison en agglo noyée dans le plâtre, nul doute qu'il se dira : mais quel est le con ?!
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La Nouvelle Star de cons
Mercredi 7 mai 2008 à 10h32 (Ante diem VIII Kalendas Maias MMDCCLXI ab urbe condita)
Je n'ai jamais beaucoup aimé Le dîner de cons. Bien sûr c'est un bon film, avec son lot de scènes cultes ; mais cette idée de faire croire à un type qu'on s'intéresse à lui, alors qu'on le fait justement parce qu'on n'a aucune raison de s'intéresser à lui, je la trouve très blessante. Flatter l'ego pour mieux rabaisser ensuite, c'est juste méchant et pervers. Les cons ont besoin d'être instruits, pas d'être humiliés. Les vitupérer est un art jouissif, mais il demande de la franchise, pas du faux-semblant.
Cindy Sander est le François Pignon de la Nouvelle Star, la pauvre fille à qui on fait croire que sa Tour Eiffel en allumettes est une merveille extraordinaire digne de toutes les attentions. C'est triste et ça me met mal à l'aise. Aucune position ne me paraît défendable devant le phénomène Cindy Sander. Expliquer pourquoi sa chanson est une bouse ? Une sacrée brochette de « professionnels de la profession » l'a déjà fait, depuis des années, dans plusieurs émissions, et elle n'a toujours pas compris. Se moquer d'elle ? C'est inutilement blessant et humiliant. Écouter sa chanson au second degré tout en sachant pertinemment qu'elle croit son succès dû à son talent ? C'est tomber dans le piège du dîner de cons. La seule chose qui me paraîtrait sensée serait qu'on arrête totalement de parler d'elle. Hélas, je crois qu'on n'en prend pas le chemin.
Dans le film, François Pignon comprend à temps et le destin punit Pierre Brochant. Dans la vraie vie, j'ai bien peur que la morale ne soit pas aussi sauve.
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Revue de blog
Samedi 3 mai 2008 à 11h28 (Ante diem XII Kalendas Maias MMDCCLXI ab urbe condita)
Mon estomac se remet difficilement d'une tranche de jambon avariée, les travaux chez mon amoureux continuent, et en plus, j'ai un invité. Blogage allégé à prévoir pendant quelques jours encore, donc. En attendant, vous pouvez toujours aller voir chez les copains, il y a plein de choses intéressantes à lire.
C'est l'histoire d'un fou qui repeint son plafond.
- M. nous apprend comment le cinéma porno est devenu légal en Californie. J'adore les Etats-Unis pour ce genre d'histoire : alors que chez nous, il me semble que le droit vient essentiellement des instances centrales de l'État, il est là-bas produit par l'accumulation des cas particuliers et des jurisprudences. Il suffit d'un cas tordu et d'un avocat retors pour révolutionner la société - autoriser le cinéma porno ou légaliser la sodomie, par exemple.
- Baptiste nous parle de la francisation des noms étrangers. Édifiant. Manifestement, notre administration n'a pas encore perdu tous ses réflexes coloniaux. Et l'extrait du Figaro de 1927 fait assez peur ; que de tels points de vue fussent si répandus à l'époque explique peut-être certains événements ultérieurs, seconde guerre mondiale ou guerres de décolonisation.
Bonnes lectures !
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Quarante ans plus tard
Mardi 29 avril 2008 à 23h46 (Ante diem XVI Kalendas Maias MMDCCLXI ab urbe condita)
Ceux-là, on leur a vraiment chié dans la tête. Ou alors ils sont tombés dans la marmite de connerie quand ils étaient petits et depuis les effets sont permanents chez eux. C'est la seule explication possible à ce ramassis de contre-vérités et de rhétorique de comptoir. Sans parler du Général qui se retourne dans sa tombe : prétendre que les valeurs des révolutionnaires de mai 68 sont portées par les descendants du parti qui a réprimé le mouvement à l'époque, il fallait oser la faire, celle-là.
Globalement, leur discours tourne autour d'un argument principal : il faut réformer le pays pour l'adapter aux réalités de notre temps et celui qui est contre cette réforme (surtout s'il est de gauche) est un conservateur opposé au progrès. Outre le ridicule de présenter le conservatisme comme une valeur repoussoir alors que l'on appartient soi-même à un parti conservateur, on voit là ressortir le bon vieux fantasme de la dictature du réel qui contraindrait les politiques à agir dans un seul sens possible, la bonne vieille antienne très sarko-fillonesque de l'antagonisme entre réalisme intrinsèquement bon et idéologie intrinsèquement mauvaise. Faut-il donc encore répéter que toute action politique est par essence idéologique ? Rien n'existe dans nos sociétés qui n'ait été créé par une réforme antérieure ; rien n'existe dans la nature qui ferait qu'un unique modèle sociétal serait possible et qu'on y tendrait inexorablement. La preuve : il a existé des dizaines de formes de société très différentes par le passé, et il en existera encore des dizaines à l'avenir. La situation actuelle de la France tout comme celle du monde n'ont rien d'inéluctable ni rien de naturel, elles ne sont que le résultat de choix idéologiques passés (parfois très anciens d'ailleurs) ; d'autres orientations auraient donné d'autres sociétés, peut-être meilleures, peut-être pires. Le réel n'a strictement rien à voir là-dedans.
Tout est idéologique et la raison en est simple : le fondement de l'action politique consiste à restreindre les libertés des uns pour garantir celle des autres. Or ce processus implique des choix éminemment personnels, subjectifs et surtout, impossibles à rationaliser. Certes l'action politique peut sembler être motivée par le réel, par exemple lorsqu'elle vise à empêcher une entreprise délictueuse ; mais ce n'est qu'une apparence. Le moyen par lequel on se propose d'empêcher ce délit (prévention ? répression ?) et la raison pour laquelle on souhaite l'empêcher (c'est à dire la valeur que l'on attribue à l'objet menacé par le délit) sont des données parfaitement idéologiques et variables selon les lieux et les époques. Là encore, le réel est étranger à tout cela.
Le choix d'accorder de l'importance à l'économie est idéologique. Le choix de privilégier telle forme d'économie plutôt que telle autre est idéologique. Le choix de confier tel service à l'État plutôt qu'à une entreprise privée (ou l'inverse) est idéologique. Le choix d'autoriser ou d'interdire la libre circulation de marchandises, d'argent ou de personnes est idéologique. Et surtout, établir un budget, c'est à dire décider où on va prendre l'argent et à quoi on va le destiner, est incroyablement idéologique. Une action politique qui serait uniquement motivée par un réel pur, un réel débarrassé de toute scorie idéologique, ça n'existe pas, c'est de l'attrape couillon pour électeur débile.
Le monde de ces jeunes UMP révisionnistes de mai 68, c'est un monde où la valeur des êtres se mesure à la taille de leur compte en banque, c'est un monde ordonné et normatif où les comportements minoritaires sont suspects et si possible réprimés. C'est un monde inégalitaire parce qu'à force de valoriser le mérite, il honnit la solidarité envers ceux qui de part leur nature ou leur situation ne sont pas en état de mériter. C'est un monde où le bien-être égoïste d'une minorité vaut plus que la santé ou la sécurité de la majorité. C'est un monde où l'art n'a aucune valeur autre que commerciale, c'est un monde où la science n'a d'intérêt que si elle permet des gains à court terme. C'est un monde où la pérennité de la solidarité publique est remplacée par l'aléa de la charité individuelle. Ce n'est pas mon monde.
Et non seulement aucun de ces choix prétendument dictés par le réel n'est moins idéologique que les miens, mais surtout, tous ces choix sont diamétralement opposés aux valeurs de mai 68. Établir une filiation entre les motivations des étudiants et ouvriers d'alors et les motivations des jeunes UMP d'aujourd'hui est juste obscène. Quiconque prétend le contraire est soit stupide soit de mauvaise foi.
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Misère du petit écran
Dimanche 27 avril 2008 à 22h34 (Ante diem XVIII Kalendas Maias MMDCCLXI ab urbe condita)
Samedi soir, la télévision proposait une fort belle soirée régressive aux jeunes quadragénaires que nous sommes. Sur TF1, nous avions Dorothée et son pote Jacky, tandis que sur France 2, nous avions Karen Cheryl. Oui, c'est incroyable, Karen Cheryl n'est pas morte, elle n'est même pas à l'agonie, c'est bien pire : elle co-présente une émission avec Patrick Sébastien. À un moment, pris d'angoisse devant tous ces fantômes du passés qui envahissaient mon écran, j'ai zappé sur France 3 de peur d'y voir apparaître Douchka, mais heureusement, elle ne s'y trouvait pas.
Le plus terrible, c'est que Karen Cheryl n'était pas venue seule. Elle avait amené plein de copains et de copines de son âge. Hughes Auffray, pour qui la veste à franges doit être à peu près l'équivalent de la coupe au bol pour Mireille Mathieu, à savoir une drogue dure dont il ne pourra jamais se passer. Jeannette, qui tenez-vous bien car l'esprit chancelle devant tant d'audace et d'originalité, a chanté Porque te vas. Je suis sûr qu'elle est ravie de traîner cette foutue chanson sur tous les plateaux depuis trente ans. Quoique cette fois-ci le présentateur a eu la politesse de lui demander de ses nouvelles ; d'habitude on la renvoie en coulisse sans même se donner cette peine. Il y avait aussi Léopold Nord avec son sempiternel C'est l'amour, mais à la différence de Jeannette, ça n'a pas l'air de le gonfler qu'on ne lui demande jamais de chanter autre chose. Dans la catégorie drame paysan, il y avait aussi un type qui nous a fait une interprétation outrageusement surjouée de Louise. C'est bien simple, c'était si théâtral et dramatique qu'au début, j'ai cru qu'il s'agissait de Daniel Guichard ou de Bernard Kouchner. Mais en fait non, c'était juste Gérard Berliner (l'honnêteté et mes hormones me poussent toutefois à admettre que sa barbe poivre et sel lui donne un air terriblement sexy). Il y avait même Marie-Paule Belle, totalement fofolle comme à son habitude, et qui confond toujours la pédale droite de son piano avec une cymbale Charleston.
Il y a eu aussi un grand moment d'émotion, lorsque Patrick Sébastien a cru bon de rendre hommage aux cinquante ans de carrière de Rika Zaraï en affirmant l'œil humide et la voix tremblante que ce qu'il y avait de bien avec cette grande artiste, c'était que toutes ses chansons contenaient un magnifique message d'amour. Et c'est vrai que quand on écoute Sans chemise, sans pantalon, on sent bien le message d'amour. J'ai une certaine tendresse pour Patrick Sébastien, mais parfois, il faudrait vraiment qu'on trouve un moyen de le faire taire.
D'ailleurs, Karen Cheryl est restée bouche bée pendant toute l'émission. Au début, j'ai cru que c'était parce qu'elle était béate d'admiration devant une telle brochette de jeunes chanteurs inédits ou devant les commentaires inspirés de son co-présentateur. Mais en fait, il est rapidement apparu qu'elle craignait juste que fermer la bouche ne tire exagérément sur la peau de son visage et ne fasse péter les coutures derrière ses oreilles.
Il faut vraiment que je pense à mettre un Post-It sur la télé, pour me rappeler de ne pas l'allumer le samedi soir. Sinon, à chaque fois, je me fais avoir.
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Sociologie ménagère
Mercredi 23 avril 2008 à 8h58 (Ante diem IV Idus Apriles MMDCCLXI ab urbe condita)
Classé dans Chantier
Certains produits que nous utilisons sur le chantier, comme les décapants, nécessitent de porter des gants. Mon amoureux et moi nous rendons donc à la supérette la plus proche pour y acheter de banals gants de ménage en latex. Problème : les gants existent en trois tailles, small, medium et large ; laquelle choisir ?
N'étant ni particulièrement petit ni particulièrement grand, je commence par acheter naïvement une paire de gants medium, pour m'apercevoir arrivé à l'appartement que je ne rentre pas dedans. Peste. Retour à la supérette, cette fois-ci pour acheter des gants large. Peste derechef, il n'y en a pas ! Je cherche, je fouille le rayon, il existe des dizaines de modèles de gants, de toutes les couleurs, de toutes les matières, toucher normal ou toucher velours, ultra-résistants ou ultra-fins, texturés pour une meilleure prise en main ou pas, on croirait du marketing pour des préservatifs - sauf que les préservatifs, au moins, ils existent en king size ! Les gants, manifestement, non...
Brouillard soudain sur la face nord des chiottes.
Et puis je finis par les trouver. Bien cachés, tout en haut à droite du rayon. Des gants de la bonne taille, mais par contre, sans la moindre fioriture : ni toucher velours, ni texturés, ni hypoallergéniques, ni rien du tout. Un truc pour les vrais mecs, quoi. D'ailleurs, l'emballage précise bien : « spécial gros travaux ».
Sociologiquement, c'est quand même très instructif de constater que ma supérette propose des dizaines de modèles de gants de ménage clairement destinés aux femmes par la taille et par le marketing, contre un seul modèle de gants de ménage destiné aux hommes. Je blâmerais bien le fabricant ou le distributeur ou le commerçant, mais j'ai peur qu'ils n'y soient pour rien ; ils ne font que répondre à la demande de la clientèle. Manifestement, il y a encore quelques progrès à faire dans la répartition des tâches ménagères au sein des couples. Le plus terrible étant pour moi ces femmes (j'en côtoie quelques-unes de ce genre) qui trouvent ça parfaitement normal...
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Gayrilla (7)
Lundi 21 avril 2008 à 12h31 (Ante diem VI Idus Apriles MMDCCLXI ab urbe condita)
Classé dans Homosexualité - Gayrilla
Les gays mettent leur sexualité en avant pour réclamer des avantages.
Les gays ne réclament pas des avantages ou des droits exceptionnels qui seraient spécifiquement liés à leur situation, ils demandent juste exactement les mêmes droits que les hétéros. Et ils ne mettent pas leur sexualité en avant, c'est la société qui le fait pour leur refuser cette égalité de droit. Cette objection est donc un contresens total. Plutôt que de dire que les gays mettent leur sexualité en avant pour avoir plus de droits, il faudrait plutôt dire que les hétéros mettent la sexualité des gays en avant pour leur accorder moins de droits.
On pourrait arguer que la sexualité des homos les prive naturellement d'un certain nombre de droits, comme par exemple celui d'avoir des enfants. Mais d'une part, cela reviendrait à dire qu'il existe un droit naturel, ce qui en l'état actuel de la philosophie est tout sauf trivial - d'ailleurs, il existe bien d'autres domaines où l'on s'efforce de contrebalancer les inégalités naturelles entre individus sans que cela n'offusque personne[1]. D'autre part, cela impliquerait que pour des raisons de cohérence, on refuse ces mêmes droits à des hétérosexuels privés tout aussi naturellement de la possibilité de procréer. Or ce n'est pas le cas. Une femme hétérosexuelle dont le mari est stérile peut demander à bénéficier d'une insémination artificielle, un couple de lesbiennes ne le peut pas. C'est qu'en réalité, pour le législateur, ce n'est pas l'état d'empêchement d'enfanter qui fait refuser l'insémination aux couples d'homosexuelles ; c'est bien leur lesbianisme, et lui seul, qui pose problème.
L'homosexualité est une affaire privée entre personnes consentantes, le droit n'a pas à se mêler de ce qui se passe dans les chambres à coucher.
Nous sommes bien d'accord ! Le problème, c'est qu'en l'état actuel des choses, le droit se mêle déjà de ce qui se passe dans les chambres à coucher : pour restreindre certains droits civils aux hétéros. Que les gens qui usent et abusent de cette objection mettent leurs actes en cohérence avec leurs dires, qu'ils militent effectivement pour la suppression de toute référence à l'orientation sexuelle dans le Code Civil. Ainsi, tout le monde sera content : eux qui verront triompher leur beau principe, et les homosexuels qui pourront enfin se marier et adopter des enfants.
Si un enfant est élevé par un couple gay, il aura des problèmes psychologiques.
Voilà une affirmation qui repose sur deux présupposés : d'une part que l'homosexualité serait anormale, et d'autre part que l'anormal engendrerait nécessairement l'anormal. Or les deux sont faux. On a déjà discuté de la normalité de l'homosexualité dans un précédent épisode ; et il n'y a pas à réfléchir bien longtemps pour se rendre compte qu'aucune règle ni aucune logique n'impose que le normal engendre le normal et que l'anormal engendre l'anormal. Les contre-exemples sont légions : des parents non-criminels qui engendrent un enfant criminel (ou l'inverse), des parents malades qui engendrent un enfant en pleine santé (ou l'inverse), etc. D'ailleurs, l'immense majorité des homos sont issus de parents hétéros...
Les gens qui utilisent cette objection la justifient souvent par un discours psychanalytique, par exemple par le fait qu'un enfant ne pourra pas résoudre son Œdipe s'il n'est pas élevé par deux personnes de sexe opposé. Ceux-là ne comprennent ni le fond ni la forme de la psychanalyse. Sur le fond d'abord, il faut bien comprendre que dans les écrits psychanalytiques, les termes mère et père désignent des fonctions et non des personnes. N'importe qui et n'importe quoi peuvent remplir les fonctions maternelles et paternelles : un parent, un ami, un prof, un supérieur hiérarchique, la religion, une passion pour un art, la pratique d'un métier... La littérature autant que nos histoires familiales personnelles regorgent d'exemples de jeunes adultes qui, privés de la présence d'un de leur parent biologique, lui substituent soit une autre personne, soit la discipline d'une occupation professionnelle ou artistique. Comprendre père ou mère biologique lorsqu'un psychanalyste parle de fonction paternelle ou maternelle, c'est bien plus que faire une lecture restrictive du texte ; c'est carrément lui faire dire ce qu'il ne dit pas.
Sur la forme ensuite, c'est à dire sur la nature de la psychanalyse, il faut se rappeler qu'elle fonctionne comme une science[2] : on observe des phénomènes - en l'occurrence le fonctionnement de l'esprit humain -, on émet des théories pour tenter d'expliquer ce que l'on observe, puis on mène des expériences pour valider ou réfuter ces théories. En pratique, la psychanalyse faillit à cette dernière étape, c'est pourquoi un philosophe comme Popper lui refuse le statut de science ; mais peu importe ici. Ce qui compte, c'est de comprendre que la psychanalyse comme toute science n'édicte pas des règles ; elle se borne à constater et à théoriser. De même que Newton n'ordonne pas aux pommes de tomber de telle façon, la psychanalyse n'ordonne pas à la psyché infantile de fonctionner de telle façon. Newton décrit la chute des pommes, et si on observe un jour une pomme tomber différemment, c'est que Newton se sera trompé. De même, la psychanalyse décrit le fonctionnement de la psyché infantile, et si on observe un jour un enfant fonctionner différemment, c'est que la psychanalyse se sera trompée. Pas l'inverse. Dire que telle théorie psychanalytique empêche un enfant de s'épanouir normalement dans un couple homo, c'est faire le chemin dans le mauvais sens ; la seule démarche scientifiquement valable, c'est de vérifier d'abord si un enfant s'épanouit normalement dans un couple homo, puis ensuite d'en déduire la véracité ou la fausseté de cette théorie psychanalytique.
Et justement, les enfants élevés en dehors du cadre familial judéo-chrétien traditionnel ne manquent pas. Dans son livre XY, Elisabeth Badinter propose tout un tas d'exemples tirés de cultures africaines[3] ; plus proches de nous, on a le cas des enfants orphelins et des familles recomposées ; et encore plus proche du sujet qui nous préoccupe, on connaît quelques centaines de milliers de cas d'enfants élevés par des couples homosexuels. Jamais des enfants n'auront été autant étudiés : à ce jours, on compte environ deux cents études de psychologues et de sociologues à leur sujet (beaucoup sont consultables sur le site de l'APGL). L'écrasante majorité de ces études montrent toutes la même chose : ces enfants sont désespérément normaux.
Être élevé par un couple homosexuel ne conditionne aucun trouble psychique spécifique. La prévalence des maladies mentales n'est pas sensiblement différente chez les enfants de couples gays, comme elle n'est pas sensiblement différente chez les orphelins ou dans les familles recomposées. Et ce ne sont pas des théories qui l'affirment, c'est bien l'observation de la réalité.
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Les gars du bâtiment
Dimanche 20 avril 2008 à 9h51 (Ante diem VII Idus Apriles MMDCCLXI ab urbe condita)
Classé dans Chantier
Traces noires au plafond à la verticale des radiateurs, infiltrations dans les murs, peintures jaunies et écaillées, papiers peints qui se décollent, moquette élimée, joints de carrelage hébergeant moult colonies de champignons, l'appartement de mon amoureux est dans un état abominable. Et je ne parle même pas de la tapisserie, dont les motifs et les couleurs ont dû être à la pointe de la branchitude sous Vincent Auriol. Le mobilier, lui, semble plus récent puisque tout entier dédié à la gloire de cette nouvelle matière révolutionnaire qu'est le formica.
Bref, il était temps d'agir. Sous la pression de moi-même, mais aussi de la plupart de ses amis horrifiés, mon amoureux a enfin accepté que j'entreprenne quelques menus travaux de restauration chez lui. Le chantier a débuté la semaine dernière : ponçage des peintures, rebouchage des trous excavations et des fissures crevasses à l'enduit, décapage de la crasse sur les carreaux de la salle de bain...
Le Docteur Carter se prépare pour une opération délicate.
Tiens, on aurait peut-être dû protéger la baignoire avant de commencer.
Pendant quelques semaines, finis-africæ se transforme partiellement en blog de chantier - en même temps c'est assez logique pour des gens comme nous qui sommes du bâtiment. Bientôt d'autres photos, mon amoureux qui découvre les sensations de la ponceuse électrique, et des considérations métaphysiques sur les joies du bricolage.
Et j'en profite tout de suite pour solliciter un petit coup de main : quelqu'un connaîtrait-il une méthode plus efficace que l'huile de coude pour faire sauter un vieux joint de carrelage moisi mais néanmoins opiniâtre ?
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