Safari 78
Mardi 30 août 2005 à 23h44 (Ante diem XVI Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Le zoo de Thoiry, ça fonctionne presque exactement comme Jurassic Park : les animaux sont en liberté, et ce sont les visiteurs qu'on enferme dans leur voiture. La seule différence, c'est que la voiture n'est pas pilotée à distance par un logiciel bogué, mais par vous. Parce que pour le reste, ça fout (presque) autant les chocottes.
Par exemple lorsqu'on pénètre dans la zone des lions, qui est électrifiée, et que des panneaux indiquent qu'il ne faut pas empêcher la fermeture automatique des portes de sécurité. Ou bien lorsqu'un ours est tenté de passer la patte par votre vitre ouverte, juste pour jouer avec vous. Ou bien lorsqu'une espèce d'immense bovin cornu décide que l'herbe est plus verte de l'autre côté de la route, et s'avise de traverser juste devant votre voiture. Ou bien encore lorsqu'un zèbre décide de piquer un petit galop à côté de vous.
Mais c'est tout ce qui fait le charme de la chose. Et puis si l'on n'est pas rassuré, on peut toujours fermer ses vitres hermétiquement et respecter les consignes de sécurité au pied de la lettre ; mais si tout danger est alors écarté, toute possibilité de faire la moindre photo aussi, ce qui gâche un peu le spectacle.
Un éléphant neurasthénique (ou bien drogué pour éviter tout danger). Vous ne vous rendez pas compte, confortablement assis que vous êtes derrière votre écran, mais ça pue assez fort.
Et Dieu créa le rhinocéros. Puis il considéra son oeuvre, et vit que cela était bon. Enfin pas tout à fait, mais il était déjà trop tard.
Un cob à croissant dont on ne voit justement pas le croissant, puisqu'il est formé par une mince bande de poils blancs sur son arrière-train.
Un cheval vêtu d'un pyjama à rayures trotte gentiment à côté de notre voiture. La preuve que contrairement à ce que prétend la légende, les chevaux vont parfois dormir.
Bambi nous fait le coup des yeux de biche pour quémander quelques friandises. Ce que de nombreuses inscriptions interdisent formellement, mais il faut croire que la pauvre bête ne sait pas lire.
Surtout, ne jamais cesser de surveiller ses rétroviseurs. Jamais. Et puis c'est fou comme les vitres électriques remontent lentement, dans ces cas-là.
Depuis Theodore Roosevelt, tous les enfants du monde rêvent d'en avoir un à la maison. Pourtant, je vous assure que ça fait tout drôle quand il retrousse les babines à moins d'un mètre de votre voiture...
Vous allez me dire : elles sont toutes pourries ces images, il n'y en a pas une seule qui est bien cadrée ! Bah oui, j'avoue. Mais figurez-vous que ce n'est pas vraiment facile de conduire d'une main au milieu des troupeaux d'animaux tout en prenant des photos de l'autre...
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Et tout de suite, le résumé du week-end
Lundi 29 août 2005 à 9h59 (Ante diem XVII Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Non, je ne suis pas du tout dans une phase gélatino-maniaque, mais je poursuis mes expérimentations culinaires avec la jelly – je dois être le seul client de mon supermarché à en acheter. Cette fois-ci, nous avons réussi à gélifier du coca avec de la jelly parfumée au citron. Le résultat est intéressant, mais un peu trop sucré à mon goût ; je crois que je ne vais pas réitérer l'expérience. Par contre, je place beaucoup d'espoir dans la jelly à la fraise préparée avec de la Badoit Rouge.
* * *
Samedi soir, j'ai abondamment lubrifié la glotte de mon amoureux. Et ce n'est pas du tout ce que vous croyez, bande de pervers ! Il s'agit juste d'un produit à base d'huile d'olive et d'essence de mandarines qui se pulvérise dans l'arrière gorge, et qui est censé tonifier les tissus mous et faciliter la pénétration de l'air, afin d'atténuer les ronflements. Le problème, c'est que j'étais tellement fatigué ce soir-là que je me suis endormi comme une masse avant mon amoureux, ce qui m'a privé de toute possibilité de juger de l'efficacité du produit.
En revanche, je me suis - comme toujours - réveillé avant lui, et dimanche matin, je vous assure qu'il ronflait bruyamment. Hum. On va dire que c'est parce que l'effet du produit doit se dissiper au bout de quelques heures...
* * *
Dimanche matin, nous avons au péril de nos vies affronté moult bêtes sauvages et féroces. Eléphants, tigres, lions, autruches, rhinocéros, ours, girafes, koudous, varans de Komodo, et j'en passe. Même Miss Twingo a pris des risques, puisqu'un watussi l'a poursuivie de ses ardeurs, et qu'elle n'a évité l'encornage (voire pire) qu'au prix d'un habile coup de volant. Des photos sont à venir, dès que j'aurais le temps de les trier et de les retoucher un peu.
L'après-midi, nous avons trainé dans un parc où, là aussi, nous avons pu admirer de bien belles bêtes. Mais dans un genre tout à fait différent et beaucoup moins sauvages, quoique probablement hétéros. Mais là, il n'y aura pas de photos.
* * *
Et pour cause de poursuite d'activités incompatibles avec le télétravail, je dois encore perdre deux heures par jour dans les transports cette semaine. Ce blog va donc tourner au ralenti pendant quelques jours encore. Soyez patients, je vous prépare de belles choses pour la rentrée...
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Je sème à tout vent - Q
Dimanche 28 août 2005 à 10h16 (Ante diem XVIII Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre Q ?
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Le prof
Vendredi 26 août 2005 à 22h26 (Idibus Augustis MMDCCLVIII ab urbe condita)
La différence fondamentale que j'ai ressentie en passant du lycée à la fac, c'est qu'au lycée, les enseignants sont profs et accessoirement spécialistes d'une matière donnée, tandis qu'à la fac, ils sont spécialistes d'une matière donnée et accessoirement profs. Ce qui dans certains domaines, permet de se retrouver quelques heures par semaine face à d'improbables geeks, tout droits débarqués d'une autre planète. Et dont la pédagogie n'est généralement ni le point fort, ni même la préoccupation première ; mais pas toujours.
Celui qui m'a le plus marqué de toute ma scolarité ne venait toutefois pas d'une autre planète, mais de Roumanie. Je n'ai pas le moindre souvenir quant à son nom. Sa spécialité était la chromodynamique quantique, un truc que moins de cinquante physiciens au monde étaient capables de comprendre en profondeur à l'époque. A côté de lui, le savant Cosinus ou le professeur Tournesol seraient passés pour des gens tout à fait sociables, attentifs, et équilibrés. Et il tentait de nous inculquer, à nous pauvres premières années, quelques notions de physique fondamentale.
La première chose à laquelle il fallait s'habituer pendant ses cours, c'était sa manière de parler. Car non seulement il s'exprimait avec un fort accent roumain, mais surtout, il utilisait toute une collection d'expressions, de proverbes, de dictons de sa langue maternelle, traduits mot-à-mot en français. Ce qui donnait des choses comme « et là, on soulève x au carré » ou bien « je vois que vous avez le doute, n'hésitez pas à poser questions ! » , ou encore, lorsqu'un étudiant pondait une démonstration inutilement et horriblement complexe au tableau : « vous êtes courageux comme le paysan albanais, mais je crois que pouvoir faire plus simple » . Si vous voulez vous faire une bonne image de la chose, il vous suffit d'imaginer Monsieur Preskovic du film Le père Noël est une ordure en train de donner un cours de physique.
Sa grande manie consistait à déambuler parmi les rangs, à lire par-dessus nos épaules les notes que nous prenions (ce qui était terriblement agaçant), et surtout à ramasser toutes les règles en plastique qui traînaient. Il jouait ensuite à les tordre dans tous les sens entre ses mains, tout en exposant son cours. Une fois sur deux, la règle finissait par se briser, et le prof se répandait en « oh je suis désole, toutes mes confuses, vraiment » . D'autres fois, la règle atterrissait sur son bureau, où il l'oubliait. Il repartait alors déambuler dans les rangs se trouver un autre jouet. Et de fait, la fin de chaque cours n'était qu'un long défilé d'étudiants venant récupérer leur règle arbitrairement confisquée dans l'heure précédente.
Un jour, nous lui avons fait remarquer qu'il était un peu, euh, distrait. Pour ne pas dire complètement illuminé. Il nous a répondu en rigolant qu'il en était bien conscient, mais que non seulement ça faisait partie de son charisme de professeur, mais aussi que la plupart de ses collègues, au pays, étaient bien pires. Par exemple, il nous a raconté qu'un de ses amis, prof de physique à Bucarest, était une fois arrivé à la fac avec deux cravates nouées autour du cou. En précisant bien que lui, ça ne lui était jamais arrivé, mais que c'était uniquement grâce à sa femme qui lui faisait passer une revue de détail tous les matins, avant de le laisser quitter la maison...
Mais à côté de ça, c'était probablement le meilleur prof que j'aie jamais rencontré. C'est avec lui que j'ai eu le déclic à propos du calcul différentiel. Vous savez, le déclic : vous avez abordé le concept en cours, vous voyez à peu près de quoi il retourne, vous savez utiliser les recettes de cuisine pour résoudre les exercice, mais vous sentez bien qu'un truc fondamental vous échappe, que vous avez appris et non pas compris ; et soudain, une simple phrase, quelques lignes au tableau, et paf ! Toutes les pièces du puzzle s'emboîtent, c'est l'illumination, l'élégance et la beauté qui se cachaient derrière les équations arides apparaissent enfin. Un moment de grâce.
Et au-delà des innombrables crises de fous-rires que nous ont values ses étourderies, sa manière de s'exprimer, ou ses anecdotes délirantes, ce sont ces moments-là que je n'oublierai jamais : ceux où ses talents d'enseignant rendaient abordables les notions les plus complexes, nous donnant l'illusion de comprendre, pendant quelques instants au moins, deux ou trois choses fondamentales sur la nature profonde du monde qui nous entoure.
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A midsummer night's food, le retour
Mardi 23 août 2005 à 23h29 (Ante diem IV Idus Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Je ne suis pas du genre à rester coincé sur une première impression, aussi défavorable soit-elle. Et comme Kiara m'y a fortement invité, j'ai refait l'expérience de la jelly, en variant quelques paramètres. Même pas peur. Mais cette fois-ci, je vous la fais en français, parce que je n'ai ni le temps ni le courage de paufiner un petit laïus en VO...
Trois améliorations par rapport à la première tentative. J'ai abandonné le chimique lemon au profit de la très chimique raspberry. J'ai ajouté sensiblement moins d'eau que la pinte recommandée par la recette, ce qui améliore la rigidité mécanique de l'ensemble. Et enfin, le détail qui change tout : j'ai utilisé de l'eau gazeuse en lieu et place de l'eau du robinet.
Verdict (et ça me fait mal de le reconnaître) : c'est foutrement bon ! Certes, ni le goût ni la couleur ne semblent très naturels. Mais les petites bulles d'eau gazeuse prises dans la gélatine et qui éclatent sous la langue en libérant leur petit goût acidulé (eh oui, le gaz carbonique en solution aqueuse est un acide), c'est carrément divin...
D'ailleurs, j'ai boulotté le plat à moi tout seul (quoique pour être honnête, il faut avouer que c'est surtout parce que personne d'autre que moi n'a voulu y goûter). Heureusement, ma ligne n'aura pas à en souffrir : je serais surpris qu'il y ait plus de 2 ou 3 kcal dans un dessert qui ne contient globalement que de l'eau gélifiée et du colorant rouge !
Et maintenant, si quelqu'un pouvait m'indiquer les références d'un produit assez corrosif pour venir à bout des auréoles rouges indélébiles que la jelly a laissé sur mon beau moule en faïence, ça m'arrangerait...
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Propriétés pharmacologiques
Mardi 23 août 2005 à 23h24 (Ante diem IV Idus Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Pendant que je conduis, mon amoureux fouille à tâtons dans mon sac posé sur le siège arrière, à la recherche d'un paquet de mouchoirs en papier. Sentant un objet rigide et de forme allongée au travers d'une des poches, il me déclare d'un air soupçonneux (mais néanmoins intéressé) :
— Mais enfin ! Qu'est-ce que tu fous avec un gode dans ton sac ?
Je me retourne, j'attrape mon sac, j'en extrais l'objet en question, et je lui brandis sous le nez : un bête aérosol de Ventoline. Franchement, seul un pervers comme mon amoureux peut imaginer que le salbutamol peut servir à dilater autre chose que des bronches...
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Je sème à tout vent - P
Dimanche 21 août 2005 à 10h27 (Ante diem VI Idus Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre P ?
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Fréquences
Vendredi 19 août 2005 à 22h23 (Ante diem VIII Idus Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la note que nous appelons « la » sonne plus aigu à nos oreilles qu'à celles de nos ancêtres. Certes, la différence n'est pas énorme. Il est probable qu'un non-musicien ne la remarquerait même pas. Mais elle est suffisante pour rendre problématique le fait d'accorder ensemble des instruments fabriqués à des époques différentes. C'est qu'au cours de l'histoire, le diapason a beaucoup changé.
D'une façon générale, hormis quelques particularités géographiques, le diapason monte au cours des siècles. Par exemple, si l'on prend le cas assez bien documenté de l'Opéra de Paris, on sait que les musiciens utilisaient un diapason à 404 Hz en 1700, à 423 Hz en 1810, à 428 Hz en 1823, puis à 435 Hz suite à l'arrêté ministériel de 1859, et enfin à 440 Hz depuis la conférence internationale de 1939. Mais ce n'est qu'une tendance, bien sûr. Par exemple, Berlioz en arrivant à Paris a fait adopter temporairement un diapason à 449 Hz. Autre exemple, avant le 19ème siècle, les musiciens allemands avaient tendance à utiliser un « la » nettement plus haut que les français.
La principale contrainte dans ces changements de hauteur concerne les instruments à clavier : orgues, clavecins, épinettes, pianos... Car il est pratiquement impossible de les accorder plus bas ou plus haut que le diapason pour lequel les facteurs les ont conçus initialement. Ce sont aux autres instruments, à cordes ou à vent, de s'adapter aux instruments à clavier, pas l'inverse. Et quand la différence devient trop importante, il faut bidouiller. Ainsi, le Magnificat de J. S. Bach écrit à l'origine en mi bémol majeur, a dû être transposé en ré majeur pour que les nouveaux orchestres, plus aigus, puissent le jouer avec les anciens orgues.
Pourquoi cette tendance à la hausse du diapason ? Je ne suis pas spécialiste, mais j'entrevoie deux raisons.
La première est que la plupart des instruments ont un son d'autant plus brillant qu'on les accorde plus aigu. C'est notamment le cas des cordes et des cuivres. Aussi, il arrive qu'un chef choisisse un diapason plus haut que la normale, simplement pour que son orchestre sonne mieux que les autres orchestres. Par exemple, la philharmonie de Berlin, sous l'influence de Karajan, a longtemps utilisé un diapason que j'estime à l'oreille vers 465 Hz (si quelqu'un a le chiffre exact, ça m'intéresse). Ensuite, le public s'habituant à ces sonorités brillantes et chaque orchestre voulant se démarquer de son voisin, le phénomène s'auto-entretient, et le diapason monte inexorablement.
La seconde est qu'il est instinctif de jouer de plus en plus aigu lorsque l'oreille n'est pas guidée par une référence stable. Il y a une dizaine d'années, deux amis et moi avions formé un petit ensemble (très) amateur, où nous chantions a cappella un peu de Nonnes Troppo, pas mal de Tri Yann, et parfois quelques chants de la Renaissance. Entre le début de nos répétitions, où nous nous calions sur le téléphone (la tonalité émise par France Telecom correspond exactement au « la » international à 440 Hz), et la fin de nos répétitions deux heures plus tard, nous avions en général grimpé d'une bonne tierce, parfois plus. Ce phénomène m'a été confirmé par d'autres chanteurs autrement plus expérimentés que nous. Je suppose que cet instinct à la hausse doit jouer également au niveau des orchestres, et se répercuter in fine sur le diapason.
Mais vous vous demandez sans doute pourquoi je vous parle de ces considérations acoustiques. C'est tout simple : la semaine dernière, je me suis offert un enregistrement de quelques motets et messes d'André Campra (un musicien peu connu de l'époque de Louis XIV). L'orchestre ne joue pas sur instruments d'époque, comme cela se fait parfois, mais le chef a néanmoins choisi de s'accorder avec le diapason de 1690. Et il s'agit du diapason le plus bas que j'aie jamais entendu : 392 Hz. Les cordes des violons sont tellement détendues qu'on a l'impression de les entendre traîner par terre...
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Bouleversement temporel
Mercredi 17 août 2005 à 0h23 (Pridie Nonas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Afin d'alléger le lourd fardeau de mon labeur quotidien, JoliTravail SA vient d'embaucher un jeune garçon fort sympathique. Ca n'a pas été facile : les gens compétents dans notre domaine sont plutôt rares, et préfèrent souvent bosser dans le milieu universitaire. Alors il a fallu faire des concessions. En l'occurence, notre nouvelle recrue est londonienne et devra télétravailler la plupart du temps.
Il me reste exactement 19 jours à partir d'aujourd'hui pour rendre ce garçon autonome, avant qu'il ne rejoigne l'autre côté du Channel. Il doit tout apprendre, depuis l'architecture globale du projet jusqu'à nos conventions de nommage des variables. Non seulement pour être capable de résoudre seul (ou avec une assistance minimale de ma part) le moindre pépin ; mais aussi et surtout pour ne pas déclencher lui-même une apocalypse. Car dans un projet de cette taille et de cette complexité, il est incroyablement facile de déclencher une catastrophe sans s'en rendre compte.
Tout ça pour dire que dorénavant et jusqu'à début septembre, je ne peux plus télétravailler comme d'habitude. Je dois me rendre au boulot tous les jours pour former ce garçon, et de préférence à des horaires raisonnables (bah oui, il paraît qu'il existe des gens qui ne travaillent pas la nuit, c'est dingue, non ?). Ce qui ampute mes journées d'environ deux heures de transport, le siège de JoliTravail SA ayant le mauvais goût d'être situé à l'autre bout de la région parisienne.
Deux heures en moins tous les jours, il va me falloir établir des priorités. Et j'ai bien peur que ce blog n'en soit pas une...
Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous abandonne pas complètement. Je trouverai bien le temps de vous poster un ou deux petits billets par semaine. Et puis si tout se passe comme prévu, je reviens début septembre. En attendant, soyez sages !
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A midsummer night's food
Lundi 15 août 2005 à 10h32 (Ante diem IV Nonas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Opening of a new exotic food department at my favorite supermarket. Chinese food, Italian food, Mexican food, Indian food, Weird food, and even British food. A nice opportunity to remember how disgusting the famous jelly can be - and also to remember that putting the words "British" and "food" together is highly heretic.
According to the recipe printed on the back of this nice packaging, turning those funny gelatinous yellow cubes into a tasteful dessert is dead simple.
For best results place the jelly cubes in a microwaveable measuring jug, add 45 ml (3 tbsp[1]) water and heat on full power for 1 min. Stir until completely dissolved then make up to 570 ml (1 pt[2]) with cold water. Pour into a mould or serving dishes and refrigerate to set. Tip : For easy de-molding rinse the mould with cold water (don't dry it) before use.
Actually, I added to much water because of my measuring jug which is graduated with those stupid metric units, and the de-molding was a little bit more tricky than the recipe suggested. But eventually I made it ! Ladies and gentlemen, please enjoy your meal :
Of course, the point with the jelly is its outstanding mechanical properties, you can scrutinize on this short movie. In fact, one could reasonably wonder whether the jelly's fame comes from its horrible taste or from its amazing elasticity.
Anyway, I still can't understand how Englishmen can love this - and also The Marmite. My guess is that learning to speak English in childhood leads to so many abnormal tongue positions that taste buds are severely - and irreparably - damaged.
I am quite sure the jelly wasn't discovered yet in the 1500's. Otherwise, Shakespeare would probably have written "I pray thee, gentle mortal, cook again : mine tongue is much enamour'd of thy taste ; so is mine eye enthralled to thy viscosity"...
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Je sème à tout vent - O
Dimanche 14 août 2005 à 11h17 (Kalendis Augustis MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre O ?
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Le geek est énervé
Vendredi 12 août 2005 à 14h59 (Ante diem III Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Quand on conçoit un compilateur pour un langage qui n'a pas le bon goût d'être rigoureusement défini par une norme ISO quelconque, on doit se poser beaucoup de questions. En fait, au moins un quart du boulot consiste à ne surtout pas écrire la moindre ligne de code (voire même à éteindre l'ordinateur), mais à réfléchir.
D'abord, il convient de définir proprement les types de données disponibles, et si le langage est fortement typé ou faiblement typé. Puis il faut définir le comportement des opérateurs vis-à-vis de ces types. Que se passe-t-il quand on additionne un entier avec une date ? La division entière arrondi-t-elle vers zéro ou bien vers moins l'infini ? Quand on compare un entier et une string, doit-on opérer une coercition implicite (mais laquelle parmi les deux possibles ?), ou bien doit-on émettre un warning ou une erreur parce qu'on considère que ça révèle probablement une erreur de programmation ?
Ensuite, compte tenu de la machine cible qui est particulièrement peu puissante, on doit soigner le compromis entre performance et souplesse. Une bonne prise de tête à ce sujet consiste à décider quelles structures de contrôle du langage utilisent une liaison statique et lesquelles utilisent une liaison dynamique. Une autre concerne l'implémentation d'un garbage collector efficace dans un environnement d'exécution particulièrement peu coopératif. Une autre encore concerne la gestion des strings : mutables ou pas mutables ? Sachant que certaines structures du langage imposent qu'elles le soient, mais que pour des raisons de performance, on préfère utiliser un pool de strings, ce qui impose qu'elles ne le soient pas...
Et puis accessoirement, comme on veut pouvoir faire des optimisations intéressantes (voire innovantes) sur le code intermédiaire, on s'arrange pour que le langage ne puisse pas générer de graphes de flots non réductibles. Il y aurait beaucoup à dire également sur la bibliothèque de classes prédéfinies. Rien n'est plus complexe que d'en concevoir l'architecture de telle sorte que ça soit élégant, performant, intuitif à utiliser, etc. Un de mes pires cauchemars en la matière a été l'implémentation des fonctions mathématiques transcendantes, et notamment de m'assurer que la fonction racine carrée ne commette que des erreurs d'arrondis par excès pour les carrés parfaits, afin qu'une expression comme floor (sqrt (49. 0)) retourne bien 7 et non pas 6.
Et j'en passe. Beaucoup. Trois ans de boulot, en fait.
Mais maintenant, avec le recul, je peux l'affirmer : tout ça, c'est de la foutaise. Les questions posées sur le forum des utilisateurs du compilateur montrent que l'immense majorité des programmeurs ne savent tout simplement pas ce que sont types de donnée, coercitions, opérateurs, classes, héritages, flux de données ou abstraction des entrées sorties. Le niveau des informaticiens de SSII est pitoyable. Pas étonnant, puisque l'informatique est devenue la filière de reclassement standard pour tous ceux qui n'ont pas trouvé de boulot dans leur domaine de formation initial.
Bref, quand on conçoit un compilateur, on pense en général à tout, sauf à une chose : la plupart des programmeurs seront trop cons pour parvenir à l'utiliser.
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De l'art de toucher les bonnes boules (bis)
Jeudi 11 août 2005 à 12h40 (Ante diem IV Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Il y a deux semaines, une irlandaise a gagné plus de 115 millions d'euros au nouveau jeu de tirage de boules de la Française des Jeux. Soit plus de 755 millions de francs. Soit, pour mes lecteurs nés avant la guerre, 75 milliards de centimes. C'est un peu comme en physique de l'infiniment petit ou de l'infiniment grand : quand on atteint des chiffres pareils, ce n'est même plus l'ordre de grandeur qui compte, mais l'ordre de grandeur de l'ordre de grandeur.
Rêvons un peu. Cette somme correspond environ à 4 millénaires de mon salaire actuel. Avec, notre irlandaise pourra s'offrir, au choix :
- 2 hectares habitables en plein coeur de Paris, soit un quartier complet.
- 16500 Twingo, qui alignées pare-choc contre pare-choc, rempliraient deux files complètes du périphérique parisien.
- 575 millions de clopes, soit de quoi recouvrir une surface de 14 hectares avec des paquets de cigarettes.
- 24 heures d'invasion de l'Irak, tout compris, depuis le salaire des boys jusqu'au prix des missiles.
- 6 allers-retours vers la station spatiale internationale et 3 mois de vacances dans l'espace.
- Plus d'une tonne de cocaïne, soit de quoi se faire plusieurs rails par jour pendant un millénaire.
Mais quelle est la probabilité de gagner à ce nouveau jeu ? Il faut cocher 5 numéros parmi 50 et 2 étoiles parmi 9. Ce qui nous donne une probabilité d'avoir la bonne combinaison de numéros et d'étoiles d'environ une chance sur 76 millions. C'est 6 fois moins qu'au Loto traditionnel. Vous avez juste un peu plus de chance de décrocher le gros lot que de me joindre au téléphone en composant le 01 puis 8 chiffres au hasard sur votre cadran.
En fait, la probabilité est tellement faible, qu'il n'y a aucun gagnant du premier rang à la plupart des tirages ! Malgré tout, des dizaines de millions de personnes en Europe jouent toutes les semaines. Une fois de temps en temps, je comprends, c'est rigolo. Mais toutes les semaines, ça me dépasse.
Il faut dire que quand on voit un tel ramassis de conneries, ça laisse rêveur. Le détail hautement comique étant que l'auteur, qui n'a manifestement rien compris du tout à la combinatoire et aux probabilités, intitule néanmoins sa page Comprendre les probabilités...
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Poste Télégraphe & Téléphone
Mercredi 10 août 2005 à 15h43 (Ante diem V Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Puisque mon amoureux refuse obstinément que je le photographie, que ce soit nu ou habillé, puisque personne ne semble assez motivé et exhibitionniste pour relancer le défunt calendrier des pédéblogueurs (dont je ne retrouve d'ailleurs aucune trace sur le web), j'ai décidé de mettre mes modestes talents de photographe au service du calendrier des PTT.
Voici donc, en exclusivité pour vous, une petite sélection de clichés totalement inintéressants et superfétatoires, si ce n'est pour leur capacité à enrichir les facteurs et à émouvoir les grand-mères.
N'ayant pas de petits chatons dans un panier en osier sous la main, je me suis rabattu sur un puma. Après tout, c'est juste la même bestiole en un peu plus gros.
Personne ne peut résister au petit caneton attendrissant. Même mon amoureux a manifesté des velléités de le ramener à la maison, c'est vous dire.
Indispensable pour l'éducation sexuelle de vos petits-enfants : tandis que la fleur s'offre généreusement à l'insecte, celui-ci lui enfonce la petite graine bien profond avec sa trompe.
Plus que neuf photos à faire, et mon calendrier 2006 de la platitude kitch est bouclé. Ca tombe bien, on doit aller à Thoiry prochainement, je suis sûr que j'y trouverai tous les modèles à poils et à plumes qu'il me faut. A moins bien sûr, que dans la foulée du chiffon JPG made in India, une vague d'exhibitionnisme ne traverse la pédéblogosphère...
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F.A.Q.
Mardi 9 août 2005 à 1h06 (Ante diem VI Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Un fidèle commentateur des Enfants Rouges a été pris soudainement de questions existentielles sur l'homosexualité. Des questions que Melie a eu l'excellente idée de soumettre à une partie de son entourage bloguesque : Natacha, Sappho, Shayalone, Cossaw, Thomas, et moi-même. Des questions classiques auxquelles on a déjà répondu tellement de fois, que je me laisserais volontier aller à un brin d'agacement si l'on n'était pas en public...
S'agissant de « fierté », ne penses-tu pas que c'est antinomique avec la théorie selon laquelle on ne doit pas se poser la question de l'origine de l'homosexualité, dès lors que l'on ne se pose pas la question de celle de l'hétérosexualité ? Y a-t-il une fierté hétérosexuelle ?
Tout d'abord, il y a bien une fierté hétérosexuelle. Elle est juste tellement banale qu'on ne la remarque même plus. On pourrait citer la manie qu'ont beaucoup de mecs (jeunes et moins jeunes) d'exhiber leurs conquêtes en public comme des trophées (comme dirait Elfriede Jelinek : « Posséder n'engage en rien le propriétaire, mais fait enrager la concurrence » ), ou bien les innombrables mythes et croyances qui glorifient la virilité et la fécondité tout en rabaissant les actes stériles comme la masturbation ou le coït anal, ou bien encore toutes ces soirées où il est impossible d'entrer si l'on n'est pas accompagné par une personne du sexe opposé.
Ensuite, le terme de « fierté homosexuelle » ne désigne pas le fait d'être fier de son orientation sexuelle, mais le fait de ne pas en avoir honte, de ne plus avoir à la cacher à la société. J'admets que le terme peut prêter à confusion et qu'il aurait été préférable de trouver un antonyme plus neutre et moins ambigu au mot « honte » lors de la traduction française de l'expression Gay Pride. Mais en existe-t-il un ?
Je trouve d'ailleurs un peu ridicule que l'on puisse être fier de sa sexualité, que l'on soit homo ou hétéro. On peut être fier de ce que l'on a accompli, des obstacles que l'on a surmontés ; mais pas de ce que l'on n'a pas choisi et qui nous a été imposé par le hasard. Pour la même raison, je trouve tout aussi ridicule que l'on puisse être fier de sa nationalité ou de la couleur de sa peau.
Et enfin, je ne vois pas bien le rapport entre l'existence de fiertés, qu'elles soient homos ou hétéros, et le fait de chercher ou pas l'origine de la sexualité, qu'elle soit homo ou hétéro.
La Gay pride ne va-t-elle pas à l'encontre de l'intérêt des homosexuels en véhiculant l'image de « barjots extravertis et sans complexes » tout à l'opposé, me semble-t-il, de la réalité ? Ne serait-il pas bon de montrer que c'est souvent une souffrance, plutôt qu'un choix ?
J'ai déjà longuement discuté dans ce billet de l'intérêt de la provocation pour faire avancer les choses. Rappelons que ce n'est pas en restant polis que les noirs ont obtenu l'abolition de l'esclavage, que les femmes ont obtenu le droit à disposer de leur corps, ou encore que les ouvriers ont obtenu des conditions de travail décentes. Le seul contre-exemple historique est Gandhi, et je doute que sa méthode soit transposable : elle ne l'était déjà manifestement pas au problème des noirs aux Etats-Unis, Martin Luther King en a fait l'expérience mortelle.
Quant à montrer la souffrance, ça me paraît compliqué à mettre en oeuvre. Une bonne partie de la population est persuadée que l'homosexualité est un choix conscient et volontaire, et dans ce schéma mental, il est impossible d'intégrer la notion de souffrance, puisqu'il est inconcevable que tant de personnes choisissent volontairement un tel mode de vie s'il était vraiment douloureux. C'est exactement le même genre de représentations erronées et de raisonnement à l'envers qui conduit la majorité des gens à considérer que les dépressifs ont juste besoin d'un « bon coup de pied au cul » parce que « quand on veut, on peut ».
Une bonne partie de la population est aussi persuadée que les homos n'ont aucune raison de se plaindre, avec l'adoption du PaCS, l'accession de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, l'usage quasi-exclusif du quartier du Marais, sans parler de la légende qui leur attribue des revenus mirifiques. C'est un schéma mental encore plus vicieux que le précédent, qui transforme les homos en éternels insatisfaits capricieux, parce qu'il empêche de voir les raisons qu'ils ont de se plaindre.
De toute façon, je suis persuadé que faire comprendre la souffrance quotidienne des homos ne changerait absolument rien. Toutes les religions du monde sont expertes en souffrances, en compassion, en respect d'autrui, et pourtant toutes condamnent l'homosexualité sans aucune ambiguïté.
N'as-tu pas l'impression que les assos quelques soient leurs bonnes intentions renforcent la ghettoisation en ne s'ouvrant qu'aux homos eux-mêmes ?
Les associations homos ne sont absolument pas réservées aux homos. J'ai connu un type qui était on-ne-peut-plus hétéro, et qui militait à ActUp parce qu'il avait compris que seules les associations homos faisaient réellement quelque chose contre le Sida (du moins à l'époque, c'est probablement moins vrai aujourd'hui).
Après, cette pseudo-ghettoisation est un peu normale et inévitable. Par exemple, n'ayant pas le moindre goût pour la peinture sur soie ou pour la poterie, je me vois mal franchir la porte d'un club qui propose ces activités juste par solidarité ou par désir de m'informer sur ces pratiques...
Au lieu de faire des plans médias (et l'on sait bien que ceux ci ne retiennent que le sensationnel) au sujet du mariage gay et de l'homoparentalité, ne vaudrait-il pas mieux en utilisant le lobbying et les relais d'opinion, lutter contre les idées reçues qui reflétaient d'ailleurs pour certaines la réalité d'une génération précédente (lesbiennes MLF antiphallocrates...) et militer d'abord sur la protection sociale et patrimoniale du couple homo ?
Euh, si je ne m'abuse, c'est exactement ce que nous faisons. Par exemple, le projet de loi qui a finalement donné le PaCS n'est pas tombé du ciel sur le bureau d'un député : il a été largement conçu par un collectif d'associations homos.
Ce qui confirme donc l'idée que les médias (ainsi que les gens qui les consomment et qui posent ensuite des questions aux blogueuses) ne retiennent que le sensationnel, et pas le fond des messages.
Certain (e) s disent qu'ils ne faut pas rechercher la cause de l'homosexualité, au prétexte qu'on ne recherche pas celle de l'hétérosexualité : n'est-ce pas anti-scientifique ? D'accord par contre sur une reformulation de la problématique qui doit plutôt être : pourquoi certains sont-ils heteros, d'autres, homos !
La reformulation est très pertinente. Chercher la cause de l'homosexualité sous-entend implicitement qu'il n'est pas nécessaire de chercher la cause de l'hétérosexualité, et pour le coup, c'est cette démarche qui est anti-scientifique : en science, tous les phénomènes, qu'ils soient rares ou répandus, qu'ils semblent normaux ou anormaux, doivent être examinés avec la même attention. A condition bien sûr que cela se fasse honnêtement et sans préjugé, ce qui est exactement ce que ne font pas les obscurantistes du NARTH.
Alors il est vrai que trouver ce qui conditionne l'orientation sexuelle présente un risque. Dans un de ses romans, Karin Bernfeld imagine deux parents se posant la question de savoir s'ils doivent ou non avorter, une amniocentèse ayant révélé l'homosexualité du futur bébé à naître... Mais ne nous trompons pas de cible. La science est neutre, c'est l'usage qu'en font les régimes politiques qui est moral ou qui ne l'est pas.
Personnellement, j'ai plutôt tendance à me dire que la connaissance est en toutes circonstances préférable à la croyance, et qu'il faut mener ces recherches. Mais j'admets que le point de vue inverse est très défendable aussi.
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Petit cosmodrome portatif
Lundi 8 août 2005 à 12h36 (Ante diem VII Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Ma nouvelle machine à laver est à chargement frontal. L'inconvénient majeur, c'est que pour une personne naturellement anxieuse comme moi, il est un peu éprouvant de réaliser que seuls un petit joint en caoutchouc et un hublot en verre me séparent d'une inondation catastrophique. L'avantage, c'est que c'est presque aussi passionnant à regarder que la télévision.
Et puis surtout, cette machine essore vraiment, dans un délicieux vrombissement d'Airbus au décollage. Rien à voir avec ma vieille dondon des années 70, qui faisait un bruit de marteau-piqueur pour me ressortir du linge encore trempé. C'est justement en observant des caleçons et des chaussettes impitoyablement écrasés contre le tambour par la force centrifuge que je me suis posé une question fondamentale : à quelle accélération une machine à laver moderne soumet-elle le linge ?
Le calcul est excessivement simple, c'est du niveau Terminale. Mais tout de même, quand j'ai vu le résultat, j'ai cru que je m'étais trompé dans les unités ! J'ai recommencé plusieurs fois, j'ai cherché un peu de documentation sur le net, et finalement, les données constructeurs concordent bien avec mes premières estimations. C'est sidérant, accrochez-vous bien.
Toutes simplifications faites et en choisissant des unités qui parlent à tout le monde, si R est le rayon du tambour en centimètres et T la vitesse d'essorage en tours par minute, la vitesse tangentielle V du tambour de la machine en kilomètres par heure vaut environ :
Ce qui pour ma machine donne plus de 76 km/h ! Mais ce n'est pas tout, il reste à calculer la force centrifuge correspondante. Encore une fois, toutes simplifications faites, l'accélération exprimée en G vaut environ :
Ce qui pour ma machine donne plus de 203 G ! A titre de comparaison, la fusée Saturn V au décollage fout un coup de pied au cul des astronautes qui tourne autour de 11 G. Les pilotes de chasse supportent rarement plus de 8 G. Et la navette spatiale au décollage ne dépasse pas 4,5 G, tout comme le double looping à la Foire du Trône.
Disposer d'une machine capable de produire des accélérations pareilles à domicile, ça ouvre des perspectives. La prochaine fois qu'une de ces saloperies d'araignée s'aventure chez moi, j'inaugure mon centre d'entraînement spatial pour insectes...
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Je sème à tout vent - N
Dimanche 7 août 2005 à 11h17 (Ante diem VIII Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre N ?
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Chances et malchances
Vendredi 5 août 2005 à 15h22 (Ante diem X Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Classé dans Fictions
(Texte supprimé. Retrouvez la version définitive de cette fiction dans le recueil Les Quenouilles de Lachesis, disponible en PDF ou en livre broché, dans la colonne ci-contre à gauche).
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Le Graal et la boîte de Pandore des alchimistes
Jeudi 4 août 2005 à 13h46 (Ante diem XI Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Vous vous êtes sûrement déjà posé la question de savoir pourquoi les armes nucléaires étaient infiniment plus puissantes que les armes conventionnelles. La réponse n'est pas vraiment immédiate. Il va nous falloir plonger au plus profond de la matière pour aller débusquer quelques indices.
Ainsi que vous le savez probablement, la matière est constituée d'atomes. Les atomes sont réellement très petits : songez que quelques microgrammes de la mine d'un crayon à papier (soit environ la quantité nécessaire pour tracer un point minuscule sur une feuille) contiennent déjà quelques 100 millions de milliards d'atomes de carbone. Mais les atomes ne sont pas les plus petits constituants de la matière. Eux-même sont constitués d'un noyau contenant des protons et des neutrons, autour duquel orbite un nuage d'électrons. La représentation suivante est archi-connue, bien que relativement fausse :
C'est le nombre de protons dans le noyau qui détermine l'élément chimique auquel l'atome appartient, et rien d'autre. Par exemple, si le noyau contient un seul proton, on est en présence d'hydrogène, s'il en contient deux, c'est de l'hélium, s'il en contient six, c'est du carbone, et ainsi de suite. Toutes ces valeurs peuvent être trouvées dans le célèbre tableau périodique des éléments.
Le nuage électronique est la partie de l'atome qui intervient dans les réactions chimiques, c'est à dire dans la formation et la destruction de molécules. Par exemple, une molécule d'eau est constituée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène fortement liés entre eux par leur nuages électroniques respectifs, les électrons (négatifs) de chaque atome étant attirés par les noyaux (positifs) des deux autres et réciproquement, grâce à l'interaction électromagnétique (les charges opposées s'attirent).
De son côté, le noyau est la partie de l'atome qui intervient dans les réactions nucléaires. Trois réactions sont possibles : soit un gros noyau se scinde en deux parties plus petites, soit deux petits noyaux fusionnent en un seul gros, soit l'un des protons du noyau se change spontanément en neutron (ou l'inverse) en émettant un rayonnement radioactif. Nous allons uniquement nous intéresser au premier cas, puisque c'est la réaction utilisée dans les bombes larguées à Hiroshima et Nagasaki (et aussi dans les centrales nucléaires).
Le principe est le suivant. Un neutron entre en collision avec un noyau d'uranium, et est absorbé. Ce neutron supplémentaire, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase : le noyau devient trop gros pour que sa cohésion reste assurée par ce que l'on appelle l'interaction forte, qui est en quelque sorte la glue qui maintient les protons et les neutrons des noyaux atomiques collés ensembles. Au bout d'un temps plus ou moins long, le noyau se brise alors en deux morceaux de tailles le plus souvent presque égales, tout en émettant deux ou trois neutrons. Ces neutrons vont à leur tour heurter d'autres atomes d'uranium dans le voisinage, et la réaction va ainsi s'auto-entretenir. C'est la fameuse réaction en chaîne.
Par exemple, un atome d'uranium absorbant un neutron pourra se scinder en un atome de xénon, un atome de strontium, et deux neutrons. Ou bien en un atome de lanthane, un atome de brome, et trois neutrons. Ou bien encore en tout autre combinaison telle que le nombre total de protons et de neutrons soit conservé. Bref, les physiciens accomplissent aujourd'hui le rêve des alchimistes d'antan : la transmutation de la matière. Pas la peine de s'exciter toutefois, la transformation de quoi que ce soit en or par cette méthode n'est absolument pas rentable, et de très très loin.
Mais pourquoi ces réactions libèrent-elles de l'énergie ? Parce que la masse d'un noyau atomique n'est pas égale à la somme des masses de ses constituants. Pour reprendre l'exemple donné ci-dessus, un atome de xénon, un atome de strontium et deux neutrons (les produits finaux de la réactions) pèsent moins lourds qu'un atome d'uranium et un neutron (les produits initiaux de la réaction). Bien évidemment, la masse manquante ne disparaît pas mystérieusement. Elle est simplement libérée sous forme d'énergie. Nous touchons à l'un des fondements de la physique moderne, et accessoirement à la plus célèbre formule du monde :
Cette équation établit l'équivalence entre la masse (m) et l'énergie (E) à un facteur multiplicatif près (la vitesse de la lumière au carré). Car la masse et l'énergie, c'est exactement la même chose. Tout se passe comme si elles n'étaient que les deux facettes différentes d'une même entité, qui se manifeste à nous sous l'une ou l'autre des deux formes en fonction des circonstances. La conséquence à notre niveau, c'est que l'on observe parfois de la masse se transformer en énergie (dans une réaction nucléaire, comme on vient de le voir) ou de l'énergie se transformer en masse (c'est ainsi qu'est apparue toute la matière visible : aux origines, l'univers ne contenait que de l'énergie).
Il reste à comprendre d'où vient cette différence de masse entre les produits initiaux et les produits finaux de la réaction nucléaire. C'est la partie centrale du problème, et aussi la moins intuitive. C'est que le Créateur, quand il a pondu les lois de la physique, a fait preuve d'une perversité sadique inimaginable, dont les premières victimes sont les millions d'étudiants qui découvrent la mécanique quantique chaque année à la fac.
En fait, la cohésion du noyau atomique résulte de deux antagonismes : l'interaction forte qui tend à coller les protons et les neutrons ensembles, et l'interaction électromagnétique qui tend à les séparer (les protons, tous chargés positivement, se repoussent). Heureusement, l'interaction forte gagne en général, d'où son nom. Le travail dépensé par cette interaction pour maintenir la cohésion du noyau constitue l'énergie de liaison. Et d'où vient cette énergie ? De la masse, bien sûr. Au moment de la formation du noyau atomique, lorsque les protons et les neutrons se collent ensembles, une partie de leur masse est mise en commun et disparaît, transformée en énergie de liaison. C'est cette énergie que l'on récupère lors de la fission nucléaire.
Petite digression : les éléments naturels assez lourds pour être fissiles, tels que l'uranium, ont tous été formés par des étoiles en fin de vie. Autrement dit, pour parler strictement, nous ne fabriquons pas d'énergie dans une centrale nucléaire ; nous extrayons seulement celle que des étoiles ont emmagasinée sous forme de « glue » dans les noyaux des atomes plusieurs milliards d'années auparavant.
Nous pouvons maintenant répondre à la question initiale. Une bombe conventionnelle étant basée sur des réactions chimiques, elle met en jeu l'interaction électromagnétique. Une bombe atomique étant basée sur des réactions nucléaires, elle met en jeu l'interaction forte. L'interaction forte étant bien plus puissante que l'interaction électromagnétique, la quantité d'énergie libérée par une réaction nucléaire est bien plus grande que celle libérée par une réaction chimique. Le facteur est d'environ 1 à 2 millions, selon le cas considéré.
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Le défi de l'été
Mardi 2 août 2005 à 18h12 (Ante diem XIII Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Je ne sais pas très bien comment cette histoire a commencé, mais il semblerait que la tendance cet été parmi les pédéblogueurs soit au port du chiffon JPG made in India. Alors comme Batims, TarValanion, Orpheus, et Greyhound, je m'y mets aussi. J'ai évidemment choisi le rouge, pour mieux faire ressortir ma, euh, brunitude :
Vous noterez aisément que jusqu'à présent, je suis le plus gras des participants, et aussi de loin le plus poilu (oui, excusez-moi d'être viril, hein). A bas les corps de rêve ! Mort aux dieux grecs !
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De l'aérodynamisme des lave-linge
Mardi 2 août 2005 à 10h02 (Ante diem XIII Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Ce week-end, j'ai récupéré une nouvelle machine à laver, pour remplacer la mienne qui affiche ostensiblement les signes de plus en plus nombreux de sa fin prochaine et inéluctable. Contrairement aux gros parallélépipèdes rectangles et massifs dont la Mère Denis nous a vanté les mérites pendant des décennies, cette machine moderne présente une allure très fluide, toute en lignes courbes. Même les boutons en façade sont profilés, c'est pour dire.
Etonnement de mon amoureux : « mais à quoi ça peut bien servir de faire des lave-linge aérodynamiques ? » Bonne question. Après mûre réflexion, je propose les deux hypothèses suivantes, par forcément contradictoires.
- Pour réduire la consommation d'essence des voitures qui transportent une machine à laver sur leur toit. Imaginons une voiture roulant à 130 km/h sur l'autoroute et transportant une machine sur sa galerie. Une amélioration du Cx de 0,1 points provoque, dans des conditions normales de température et de pression, une diminution de la résistance à l'avancement d'environ 42 Newtons. Sur un trajet de 100 km, cela représente un travail de 4,2 mégajoules, soit une économie d'environ 0,3 litres d'essence, voire plus. Si l'on multiplie ce chiffre par les milliers de kilomètres parcourus par des milliers d'automobilistes déménageant un lave-linge, et si l'on garde à l'esprit la prochaine raréfaction des resources pétrolières, on comprend mieux l'intérêt de concevoir des machines aérodynamiques.
- Pour faire mentir la pitoyable réputation aéronautique des lave-linge. Dans probablement toutes les armées du monde, il existe des proverbes et des dictons qui comparent les performances d'un mauvais avion à celle d'une machine à laver. Par exemple, dans le film Apollo 13, la mère de Jim Lovell déclare : « If they could get a washing machine to fly, my Jimmy could land it. » Agacés par ces dénégations incessantes vis-à-vis de leurs produits, les fabricants ont décidé de riposter en concevant des lave-linge aux qualités aéronautiques toujours meilleures. Ils ont discrètement commencé par y ajouter de l'électronique et des ordinateurs de bord ; aujourd'hui, ils s'attaquent à l'aérodynamisme ; on peut parier que d'ici à 10 ans, toutes les machines seront équipées d'ailes rétractiles et pourront voler.
De là à imaginer que le profil des machines à laver résulte de la convergence des intérêts de l'Etat et de ceux du lobby lessivier, il n'y a qu'un pas que les plus audacieux franchiront sans doute...
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Pique-nique : le retour de la vengeance
Lundi 1 août 2005 à 12h08 (Ante diem XIV Kalendas Augustas MMDCCLVIII ab urbe condita)
Excellente mouture que ce second Paris-Carnet sur gazon. En effet, contrairement à la première fois, nous n'avons pas fait 45 minutes de queue pour entrer dans le parc, la densité de touristes était assez faible pour limiter la promiscuité, et enfin, il faisait juste assez frais pour que ça soit supportable, mais encore assez chaud pour que de charmants garçons jouent au frisbee torse nu dans le parc. Ce qui est définitivement très décoratif.
Nous sommes arrivés avec Zvezdo (au fait, c'est le Duc D'Enghien qui a été assassiné sur ordre de Napoléon dans les fossés du château de Vincennes). Cette fois, je n'ai pas eu l'occasion de beaucoup discuter avec Batims, mais il a toujours de très beaux yeux. Madame Rossignol est enchantée du succès de son entreprise, mais elle n'en peut plus et espère ardemment la fin de la saison touristique. Sous prétexte de nous montrer les effets néfastes du soleil, TarValanion a exhibé (presque) chacune des différentes parties de son anatomie sous plusieurs paires d'yeux concupiscents. Yann a évoqué avec nostalgie le temps où il s'envoyait en l'air à l'armée. Shaggoo m'a promis une contribution exceptionnelle au jeu du dictionnaire qui sévit ici tous les dimanches. Le Tatou n'a fait pratiquement aucune allusion salace, je crois qu'il n'était pas dans son assiette. Cossaw m'a confirmé la pédésexualité d'une star du petit écran, mais je ne le répèterai pas, de peur d'attirer le mauvais oeil de Google par ici. Thomas est passé par la même école qu'un ami, le monde est décidément bien petit. J'ai enfin eu le plaisir de rencontrer Melie, qui n'est pas blonde mais châtain très clair, et qui se pose des questions sur les cheveux blancs (un indice : la dihydrotestostérone et la mélanine ne font pas bon ménage). Idem a fait une apparition si courte qu'elle en était quasi subliminale. Et je me suis honteusement gavé de cerises (c'est bon, la honte).
Et puis, comme à chaque Paris-Carnet, il y a la foule des inconnus que je n'ai pas osé aborder parce que je suis très timide, et la foule des connus mais avec lesquels je n'ai pas eu l'occasion d'aller discuter cette fois-ci.
Vivement la prochaine édition. Je crois définitivement que mon tempérament s'accorde mieux à ces rencontres au grand air sur gazon, plutôt qu'à leur équivalent bruyant et enfumé sur comptoir.
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