Vendredi 30 septembre 2005 à 11h26 (Ante diem XV Kalendas Octobres MMDCCLVIII ab urbe condita)
A de rares exceptions près, je déteste les bonus sur les DVD. Sous prétexte de vendre le film trois fois plus cher que la normale, on nous sert des reportages archi convenus sur les coulisses du film, sur comment « l'ambiance était trop géniale » sur le plateau, ou encore sur la réalisation des effets spéciaux - une chose qui pouvait être intéressante à l'époque où réaliser un trucage nécessitait de l'inventivité et du talent, mais qui ne présente plus le moindre intérêt depuis que l'informatique s'en mêle. Mais le pire, c'est de voir le film commenté par le réalisateur.
Je ne veux pas savoir que le Nom de la Rose, qui est un huis-clos, a été filmé dans dix ou quinze lieux différents. Je ne veux pas savoir que l'intimiste scène de sexe, qui est un des sommets de la construction dramatique de l'histoire et qui ne se conçoit pas sans tout ce qui précède, a été tournée en premier. Je ne veux pas savoir que la neige est artificielle. Je ne veux pas savoir que derrière les tours de l'abbaye, on apercevait l'autoroute Rome Milan et que ce détail a été gommé de l'image en post-production. Je ne veux pas savoir que le labyrinthe n'était qu'un petit décor comprenant à peine deux salles et trois escaliers.
Je ne veux pas savoir que Titanic a été post-synchronisé, parce qu'il était impossible de réaliser une prise de son correcte à cause de la réverbération dans les couloirs étroits et inondés. Je ne veux pas savoir que les assiettes ne se fracassent pas au sol sous l'effet de la gravité, mais parce qu'un assistant tire sur une ficelle. Je ne veux pas savoir que les vagues sur l'océan sont l'oeuvre d'un algorithme informatique. Je ne veux pas savoir que tout a été tourné dans une piscine, et non au milieu de l'Atlantique.
Je ne veux pas savoir comment l'étalonneur a fait pour donner à Amélie Poulain ces couleurs chaudes et inimitables. Je ne veux pas savoir qu'il a plu pendant la moitié du tournage et que le ciel a été colorié en bleu à la post-production. Je ne veux pas savoir que l'escalier, la porte palière, et l'intérieur de l'appartement d'Amélie sont situés dans trois décors différents, et que les scènes où on la voit monter l'escalier, déverrouiller sa porte, puis entrer chez elle, sont le fait de la juxtaposition de plans tournés à plusieurs semaines d'intervalle et à des kilomètres de distance. Je ne veux pas savoir comment le nain de jardin est allé (ou n'est pas allé) sur la Place Rouge et devant le Taj Mahal.
Et, surtout, par pitié, je ne veux pas savoir que Sept ans au Tibet a été tourné au Vénézuela, dans un Lhassa de carton-pâte, avec des figurants qui ont autant de sang tibétain dans les veines que vous et moi.
Evidemment, on sait bien les coulisses d'un tournage, on sait bien les contraintes de production, on sait bien que tout est faux. Mais on doit l'oublier dès les premières images du film, sinon il est impossible d'entrer dans l'histoire, de s'identifier aux personnages, de s'émerveiller des décors. Regarder un film avec les commentaires du réalisateur, c'est exactement comme assister à un spectacle de magie où le magicien dévoile tous ses trucs au fur et à mesure. Qu'on me laisse rêver, bordel. Qu'on édite les films normalement, et non systématiquement en édition collector, hors de prix.
Les studios ont gagné un fric monstre en vendant du rêve pendant presque un siècle. Bienvenue dans la nouvelle ère du cinéma : celle où ils en gagnent encore plus en détruisant le rêve qu'ils avaient créé précédemment.
Mercredi 28 septembre 2005 à 11h35 (Ante diem XVII Kalendas Octobres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Mon amoureux est plein de ressources dès qu'il s'agit de se procurer un DVD ou un CD introuvable. C'est ainsi que la semaine dernière, il nous a dégoté le premier coffret de l'intégrale des 74 épisodes de Goldorak. Depuis quelques jours, je me replonge donc dans ce qui m'apparaissait étant enfant comme le meilleur dessin animé du monde, au rythme d'un ou deux épisodes par jour.
Bah c'est de la merde.
Les scenarii sont stéréotypés à l'extrême, les épidodes sont tous bâtis sur la même trame, au mot près. La vie est paisible sur Terre, sauf pour Actarus qui regarde avec inquiétude la Lune devenir rouge, et qui se jure de protéger cette planète qu'il aime tant. De son côté, le Professeur Procyon se demande comment aider son fils adoptif à accomplir son destin, Rigel fait des pitreries grotesques qui feraient passer Christian Clavier pour un comique, Vénusia fantasme sur Actarus, et Alcor cherche la bagarre avec tout le monde parce que c'est pas un pédé (mais par contre, c'est un vrai sale con).
Pendant ce temps, Minos se fait traiter de lopette par la gonzesse rousse qui vit dans son crâne, et prend donc la décision d'envahir la Terre pour lui montrer qu'il a des couilles. Hydargos pond alors un plan machiavélique qui ne peut pas échouer, les deux méchants se réjouissent avec arrogance de leur future victoire en ricanant bêtement, et les armées de Véga passent à l'attaque. Avec au choix, soit un nouvel antérak, soit un nouveau golgoth. Heureusement, grâce à leur radar, les équipes du Professeur Procyon détectent la menace à temps, Actarus se métamorphose, et prend les commandes de Goldorak. Une bataille s'en suit au son de la célèbre chanson « VaâÂâa combattre ton ennemi, il est moins vaillant que toâÂâââa » . Bataille dont l'issue ne fait évidemment aucun doute.
Puis l'épisode de termine sur un coucher de soleil, avec de jolies fleurs ou de paisibles animaux qui paissent en avant-plan. S'en suit un générique, qui est pratiquement aussi long que l'épisode lui-même.
Bref, les personnages sont caricaturaux à l'extrême et on a envie de leur foutre des baffes (surtout ce gros connard d'Alcor), la musique est trop présente et trop prévisible, les dessins sont finalement assez grossiers, l'animation est à chier, les dialogues sont pitoyables, la narration est vraiment beaucoup trop lente pour un adulte, le doublage est bâclé (par exemple, tous les acteurs ne prononcent pas les noms de la même façon : certains disent Rijel et d'autres Riguel), et je soupçonne l'ensemble d'être très légèrement crypto-anti-gauchiste-primaire (au même titre que les super-héros américains d'ailleurs).
Mais le pire, c'est que non seulement je vais regarder les 30 épisodes, mais qu'en plus, je vais probablement demander à mon amoureux de me trouver le deuxième coffret...
Mardi 27 septembre 2005 à 12h31 (Ante diem XVIII Kalendas Octobres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Depuis maintenant quelques années, TF1 diffuse la sympathique série Law & Order (traduit en New York pour la VF). En fait, plus qu'une série, il vaudrait mieux parler de méta-série, puisqu'il s'agit d'une série de trois séries, chacune décrivant un service de police particulier (et fictif) de la ville de New York.
On a d'abord New York Police Judiciaire, qui ne présente absolument aucun intérêt. D'ailleurs, les épisodes sont généralement diffusés en plein milieu de l'après-midi, un indice qui fait penser que le CSA estime que ça peut être vu par les enfants qui sortent de l'école. On imagine donc sans peine le niveau de platitude des scenarii. A ne jamais regarder, sauf pour rire, une fois de temps en temps.
On a ensuite New York Section Criminelle. Là, on entre dans une autre dimension. Les intrigues sont effroyablement complexes (à un point qu'il est parfois difficile de suivre), et les personnages ont vraiment de l'épaisseur. Le principe est toujours le même, un peu comme Columbo : l'inspecteur est une espèce de chieur ultra-collant et faussement maladroit, qui exerce une pression psychologique incroyable sur les suspects jusqu'à ce qu'ils craquent. Suspects qui sont en général sociopathes au dernier degré, et dont les mobiles sont tellement dérisoires que ça en fout la chair de poule. Le sentiment d'oppression constant est réhaussé par un montage assez « cut », par l'omniprésence des visages en gros plan mis en relief par un éclairage cru, et par une musique plutôt stressante. Et puis accessoirement, l'inspecteur est interprété par Vincent d'Onofrio, un acteur qui titille beaucoup mes hormones sexuelles (hormis cette série, on l'a vu dans Ed Wood, le chef d'oeuvre de Tim Burton).
Et puis on a enfin New York Unité Spéciale, qui se concentre sur les crimes sexuels. La réalisation n'est pas aussi soignée que pour la série précédente, les acteurs ne sont pas aussi charismatiques, les personnages ont incontestablement moins d'épaisseur. Mais par contre, les scenarii méritent largement la palme des histoires les plus glauques jamais racontées dans une série télé. D'ailleurs, un épisode sur trois est interdit aux moins de 16 ans, et la série est rarement diffusée avant 23 heures.
La semaine dernière, on a eu droit à un épisode interactif - et j'en viens au sujet principal de ce billet. L'histoire était celle d'un prof d'arts plastiques, qui suite à une soirée plutôt louche et alcoolisée, en vient à coucher avec une de ses élèves. Le lendemain, celle-ci prétend avoir été violée. L'enquête révèle que le type passe son temps à séduire et à coucher avec ses élèves dans des circonstances douteuses, mais il ne s'est jamais montré violent. De son côté, la fille semble assez mythomane, ses copines confirment qu'elle aime coucher avec n'importe qui, mais l'examen médico-légal montre bien des traces de violences - et pas qu'un peu. Alors, viol ou relation SM qui a mal tourné ? Aux téléspectateurs de décider de la culpabilité du prof.
Malheureusement, TF1 n'a pas joué le jeu en offrant la possibilité aux téléspectateurs français de voter (étonnant d'ailleurs qu'ils n'aient pas sauté sur une occasion supplémentaire de nous faire appeler un numéro de téléphone surtaxé). Par contre, la chaîne a diffusé le résultat du vote des téléspectateurs américains.
C'est édifiant. Au vu des indices présentés, il était strictement impossible de trancher. Pourtant, la majorité des « jurés » a préféré innocenter l'accusé (et donc sous-entendre que la fille mentait, malgré les traces de violence physique), plutôt que de conclure l'affaire sur un non-lieu. Bref, en l'absence de preuve formelle et en cas de doute, homme avoir raison, et femme être garce manipulatrice.
Les siècles passent, on lutte, tout change, mais rien ne change...
Lundi 26 septembre 2005 à 13h17 (Idibus Septembribus MMDCCLVIII ab urbe condita)
La semaine dernière, Batims exprimait un point de vue assez tranché sur les langues régionales. Pour une fois, je ne suis pas du tout d'accord avec lui, et son texte appelant une longue contre-argumentation, je vais m'en expliquer ici plutôt que dans ses commentaires.
La position de Batims me paraît typique d'une certaine conception « mécaniste » du langage, popularisée en France sous la IIIème République, qui a inspiré Jules Ferry, et qui est encore beaucoup trop répandue aujourd'hui : croire que la langue sert simplement à communiquer. Rien n'est plus faux. La langue sert évidemment à communiquer, mais elle est également le support de la pensée et des connaissances. Notre cerveau ne mémorise pas et ne réfléchit pas dans un dialecte interne, pour n'utiliser une langue qu'en dernier recours, lorsque l'on a besoin de transmettre nos réflexions à un tiers. Au contraire, la réflexion se fait directement dans une langue orale. Etes-vous capable de réciter vos tables de multiplication spontanément dans une langue étrangère ? Non. Car les mots sont le support même des capacités de mémorisation du cerveau. Etes-vous capable de raisonner dans une langue étrangère, même sur des sujets très simples, même pour poser une simple addition sur le papier ? Non. Dès que le raisonnement nécessite de faire appel à une notion abstraite que vous ne savez pas nommer, le cours de votre pensée se bloque ; vous devez commuter dans votre langue maternelle pour pouvoir poursuivre. Car les mots sont également le support de la pensée et de la réflexion.
D'ailleurs, toutes les dictatures le savent bien, qui utilisent couramment l'appauvrissement du sens des mots pour limiter la capacité de réflexion des individus. C'est le fondement du roman 1984 d'Orwell, mais c'est aussi ce que font toutes les sectes, en forçant leurs adeptes à utiliser les mots dans un sens différent du sens commun, afin de rendre leur pensée inintelligible à l'extérieur du mouvement. C'est en partie ce que font les religions (et je reprends une phrase de Rémy de Gourmont, via Giorgio : « Voilà bientôt deux milliers d’années que le christianisme nous dit : "la vie est la mort, la mort est la vie". Il est temps de consulter le dictionnaire » ). C'est aussi ce que font certains partis politiques.
Mais il y a pire. Non seulement la langue sert de fondement aux activités cérébrales, mais de plus, toutes les langues ne sont pas interchangeables. Il est strictement impossible d'exprimer (et plus grave, de manipuler) certains concepts dans certaines langues. Ce n'est pas parce que le vocabulaire manque, mais parce que la structure même de la langue ne le permet pas. Comment exprimer en arabe ce que ressent un francophone que l'on vouvoie ? Comment transcrire en français le Thou britannique ? Comment transcrire dans une langue non accentuée la rythmique si particulière de la poésie de Pouchkine ? Comment retranscrire l'humour chinois, basé en grande partie sur la graphie des mots (comme par exemple le caractère taï qui figure clairement un monsieur tout nu avec la queue entre les jambes...) ?
Et puis il y a aussi des problèmes culturels. Envisage-t-on un sermon de télévangéliste autrement qu'en américain ou en espagnol ? Non. Dans l'Exorciste, la tension monte durant tout le film pour atteindre son point culminant lorsque les deux prêtres scandent trente fois de suite à l'unisson et dans un silence total « the power of Christ compells you » ; cette construction et ce sommet dramatique apparaissent-ils lorsque le film est traduit dans une autre langue ? Non. Un anglophone peut-il vraiment comprendre toute la signification de la simple phrase Allah ouakbar ? Non (ce n'est pas un hasard s'il est interdit de traduire le Coran). Un francophone comprend-il vraiment tout ce que recouvre la гласност popularisée par Gorbatchev ? Non. Et puis surtout, nom de dieu de putain de bordel de merde de saloperie de connard d'enculé de ta mère, peut-on jurer dans une autre langue que le français ?
Le poème Jabberwocky de Lewis Carroll constitue la parfaite illustration du fait que les langues ne sont pas interchangeables. Voici la version originale (à gauche) et la version française (à droite) entrelacées :
* * *
Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe ;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.
Il était grilheure ; les slictueux toves
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient :
Tout flivoreux allaient les borogoves,
Les verchons fourgus bourniflaient.
« Beware the Jabberwock, my son !
The jaws that bite, the claws that catch !
Beware the Jubjub bird, and shun
The frumious Bandersnatch ! »
« Prends garde au Jabberwock, mon fils !
A sa gueule qui mord, à ses griffes qui happent !
Gare à l'oiseau Jubjube, et laisse
En paix le frumieux Bandersnatch ! »
He took his vorpal sword in hand :
Long time the manxome foe he sought
So rested he by the Tumtum tree,
And stood awhile in thought.
Le jeune homme, ayant pris sa vorpaline épée,
Cherchait longtemps l'ennemi manxiquais...
Puis, arrivé près de l'arbre Tépé,
Pour réfléchir un instant s'arrêtait.
And, as in uffish thought he stood,
The Jabberwock, with eyes of flame,
Came whiffling through the tulgey wood,
And burbled as it came !
Or, comme il ruminait de suffêches pensées,
Le Jabberwock, l'oeil flamboyant,
Ruginiflant par le bois touffeté,
Arrivait en barigoulant !
One, two ! One, two ! And through and through
The vorpal blade went snicker-snack !
He left it dead, and with its head
He went galumphing back.
Une, deux ! Une, deux ! D'outre en outre,
Le glaive vorpalin virevolte, flac-vlan !
Il terrasse le monstre, et, brandissant sa tête,
Il s'en retourne galomphant.
« And, has thou slain the Jabberwock ?
Come to my arms, my beamish boy !
O frabjous day ! Callooh ! Callay ! »
He chortled in his joy.
« Tu as donc tué le Jabberwock !
Dans mes bras, mon fils rayonnois !
O jour frabieux ! Callouh ! Callock ! »
Le vieux glouffait de joie.
Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe ;
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe.
Il était grilheure ; les slictueux toves
Gyraient sur l'alloinde et vriblaient :
Tout flivoreux allaient les borogoves,
Les verchons fourgus bourniflaient.
* * *
Pensez-vous vraiment que le texte anglais va « allumer » les mêmes représentations dans l'esprit d'un anglophone que le texte français dans l'esprit d'un francophone ? Bien sûr que non : même si la structure et le vocabulaire de l'anglais et du français sont comparables, ça ne marche pas, car toute la poétique de ce texte est basée sur la phonétique, et aussi sur un certain fond culturel enfantin.
Bref, une langue est totalement indissociable du corpus de connaissance et des méthodes de réflexion du peuple qui l'utilise. Il n'y a pas de différence entre une langue et une culture : l'une ne peut pas exister sans l'autre. C'est bien pour ça que partout dans le monde, les peuples qui parlent des langues minoritaires sont persécutés comme n'importe quelle autre minorité, et c'est bien pour ne pas voir disparaître leur culture qu'ils résistent. Les exemples du breton ou du catalan chez nous paraîssent être des expressions anecdotiques d'un régionalisme dépassé ; mais je suis sûr que les kurdes considèrent le problème avec un peu moins de légèreté...
Avoir deux langues maternelles, ce n'est pas de la capacité cérébrale gaspillée. C'est même exactement le contraire : c'est hériter des idées, des connaissances, et des modes de pensées de plusieurs cultures, c'est avoir à sa disposition davantage de moyens intellectuels pour résoudre les problèmes que l'on rencontre. A l'inverse, interdire aux gens de parler leur langue régionale n'a jamais permis de mieux faire fonctionner la société (seul des jacobinistes du 19ème siècle ont pu croire une bêtise pareille), mais ça a toujours appauvri la culture, tout en favorisant des sentiments de persécution, responsables de la radicalisation des idées régionalistes, celles-là même qu'on croyait combattre.
Théorème fondamental : à chaque fois qu'une langue meurt, elle entraîne avec elle dans la tombe tout un pan du savoir, de la connaissance, et de la culture humaine. Réfléchissons-y un peu avant de condamner un tas de langues sous prétexte qu'elles nous paraissent régionales et minoritaires. Rapellons-nous aussi que toutes les langues ont un jour été régionales et minoritaires.
Parler breton aujourd'hui est stupide ? Peut-être. Mais ça l'est assurément beaucoup moins que d'avoir condamné cette langue à mort au siècle dernier.
Dimanche 25 septembre 2005 à 20h07 (Pridie Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Ce matin, c'était encore big fry-up. Personnellement, j'aurais bien tenté un truc plus teuton pour changer, mais mon amoureux ne supporte pas bien la delikatessen au petit déjeuner, et puis surtout, il y avait un problème d'approvisionnement : le rayon germanique de mon supermarché favori ne propose guère que du sonnenkernbrot, donc pas de quoi préparer un festin inoubliable.
Au menu : la même chose que la dernière fois, plus un bol de céréales (il va falloir que j'achète une table plus grande). Et je précise pour ceux qui m'ont posé la question le mois dernier que les baked beanz, ce n'est pas une faute d'orthographe, mais des beans cuisinés par Heinz. Bref, des haricots blancs avec du ketchup.
On notera à ce sujet le fossé culturel qui nous sépare de nos amis grands-bretons : les boîtes de baked beanz sont bleu turquoise. Une couleur qui chez nous, évoque assez peu le comestible, et que les spécialistes en marketing français ont dû bannir de leur palette depuis belle lurette, de peur de faire fuir les ménagères.
Et enfin, après moult tentatives et expérimentations, je peux vous annoncer fièrement que ma recette de jelly est parfaitement au point. Il faut prendre de la jelly à la framboise, la préparer avec 450 ml de Badoit Rouge (au lieu de 570 ml d'eau plate), et y ajouter des framboises fraîches. Et là, entre les petites bulles acidulées prises dans la gélatine qui éclatent sous la langue, la douceur des fruits, et le parfum de l'ensemble, croyez-moi, on frise l'orgasme gustatif.
Dimanche 25 septembre 2005 à 10h57 (Pridie Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre U ?
Vendredi 23 septembre 2005 à 9h47 (Ante diem IV Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita) Classé dans Musique
Avoir l'oreille absolue, c'est la capacité de pouvoir déterminer à quelle note de musique correspond un son quelconque (une note jouée par un instrument, bien sûr, mais aussi un grincement de porte ou une sirène d'ambulance), sans aucune référence extérieure telle qu'un diapason. C'est un don très rare : on estime qu'en occident, une personne sur 10000 le possède. L'autre jour, Fûûlion se demandait si elle pouvait l'acquérir ; j'ai bien peur que non, aussi bonne musicienne soit-elle.
On ne sait pas si cette capacité est innée ou non, et encore moins si elle est d'origine génétique. Par contre, on sait avec certitude que l'on a d'autant plus de chance de la développer que l'on commence la musique jeune. Une étude a montré que 95 % des musiciens doués de l'oreille absolue étaient entrés au Conservatoire avant l'âge de 5 ans. D'autres études ont révélé que dans l'autre sens, 14 % des enfants qui débutent la musique avant l'âge de 5 ans développent ce don, tandis qu'aucun enfant débutant la musique après 9 ans ne le développe. On peut en conclure que commencer la musique jeune est une condition nécessaire mais pas suffisante pour avoir l'oreille absolue. Quelques cas ont été rapportés d'adultes ayant acquis cette capacité, mais ils sont rarissimes (et controversés).
Un point intéressant est que l'oreille absolue est nettement plus répandue en orient qu'en occident. Pratiquement la moitié des musiciens chinois développent cette faculté, quel que soit l'âge auquel ils commencent à pratiquer. On pense que cela est dû aux spécificités du mandarin, qui est une langue où la hauteur des voyelles importe ; par exemple, selon que l'on prononce le mot « ba » de façon aiguë, ou bien en montant légèrement vers l'aigu, ou bien en montant fortement vers l'aigu, ou bien en descendant vers le grave, cela signifie respectivement huit, tirer, tenir, ou père. Il est donc fort probable que les enfants chinois, en apprenant à parler, développent davantage que les autres la zone de leur cerveau responsable de la reconnaissance des hauteurs de son, d'où leur prédisposition à acquérir l'oreille absolue même lorsqu'ils commencent la musique tardivement.
Mais si l'on n'a pas l'oreille absolue, tout n'est pas perdu ! Car si la plupart des musiciens sont incapables de reconnaître la hauteur d'une note sans s'aider d'une référence extérieure, tous développent une capacité à analyser très efficacement les timbres. Et bien évidemment, les timbres qu'un musicien apprend le mieux à identifier sont ceux de son instrument de prédilection. La conséquence en est que la plupart des instrumentistes savent reconnaître une note jouée sur leur instrument, mais pas la même note jouée sur un autre instrument. Ca ressemble à de l'oreille absolue, mais ça n'en est pas, car ce n'est pas la hauteur du son qui est analysée, mais sa répartition harmonique. Par exemple, je sais d'expérience que je peux déterminer instinctivement la tonalité d'une oeuvre lorsqu'elle est jouée sur un piano qui a la même sonorité que le piano sur lequel j'ai appris à jouer ; j'en suis incapable lorsqu'elle est jouée sur un piano différent, ou pire, sur un autre instrument que le piano.
Un problème qui pourrait sembler identique consiste à chanter une note donnée sans s'aider d'une référence extérieure. En réalité, c'est très différent, car si notre cerveau n'est pas très à l'aise pour analyser ce qui lui parvient par un seul sens, il est très performant pour créer des associations entre plusieurs sens, en l'occurence l'audition et le toucher (ou plutôt, la proprioception). C'est ainsi que la plupart des instrumentistes peuvent entendre intérieurement une note en se visualisant mentalement en train de la jouer sur leur instrument : les années de pratique ont créé des associations réflexes entre la position des doigts et l'ouïe. De même que les chiens de Pavlov salivaient à la simple audition d'une clochette alors même qu'on ne leur présentait plus de nourriture, le musicien « entend » son instrument, alors qu'il ne fait que s'imaginer en jouer. C'est sur ce principe, j'imagine, qu'est basée la méthode que Fûûlion a évoquée et que je ne connaissais pas, qui consiste à faire des gestes de la main (de type langage des signes) en chantant, afin de faire naître des associations réflexes entre les hauteurs des notes et la position des doigts.
Et puis il arrive que l'on développe la capacité de chanter une ou deux oeuvres précises directement dans le ton. C'est ainsi que j'ai un ami qui est capable de trouver le la en chantant intérieurement le début de la 9ème symphonie de Beethoven. Pour ma part, j'en suis incapable, mais je peux vous trouver le fa en chantant intérieurement le début du Stabat Mater de Pergolèse. Ca ne marche pas à tous les coups, mais presque. Etonnant, non ?
Jeudi 22 septembre 2005 à 10h20 (Ante diem V Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Moi qui suis rarement le dernier pour mesurer les trucs et les machins les plus improbables, je me suis aperçu récemment que je n'avais jamais mesuré la distance qui sépare mon appartement de mon supermarché favori, un trajet que je fais pourtant au moins deux fois par semaine à vélo. Non pas que je n'y avais jamais pensé, mais simplement, à chaque fois, soit j'oubliais de remettre le compteur kilométrique à zéro avant de partir, soit j'oubliais d'y lire la distance parcourue une fois arrivé.
J'ai enfin réparé cet oubli, et je peux désormais vous annoncer que la distance qui me sépare de mon supermarché est d'exactement 3000 mètres. Pas un de plus, pas un de moins. Si je souffrais autant que cet illuminé-là d'un besoin pathologique de fabriquer du sens, je considérerais probablement avec une inquiétude toute eschatologique ce nombre rond ; mais ce n'est pas le cas, et je me borne à constater que malheureusement, ces kilomètres passés à pédaler n'ont aucune influence sur d'autres chiffres, à savoir ceux qu'affiche mon pèse-personne. Snif.
Bon, en même temps, je n'en suis pas vraiment surpris, vu que plus je pédale, plus j'ai faim, et plus j'ai faim, plus je bouffe. Je soupçonne aussi les 17,5 kilos de saucissons de Savoie (au Beaufort, aux herbes de montagne, et aux noisettes, un régal) ramené par mon amoureux de son dernier voyage chez ses parents, de ne pas être totalement innocents dans cette histoire. Surtout que j'en bouffe sans arrêt, afin de réussir à l'écluser avant qu'il n'atteigne sa date limite de consommation.
En tout cas, grâce à l'extraordinaire logiciel Google Earth, je peux vous présenter en exclusivité, en couleurs, et en haute résolution, le trajet de mon appartement (à droite) à mon supermarché (à gauche). Vous savez dorénavant où vous poster pour m'acclamer... Et pour ceux qui s'imaginent que pédaler dans toute cette verdure est un plaisir, je m'empresse de les détromper : ces bois sont très marécageux, donc bourrés de moucherons et de moustiques. Autrement dit, il vaut mieux pédaler la bouche fermée et respirer par le nez.
A moins qu'avaler ces maudites bestioles volantes puisse faire office de diète protéinée et résoudre mon problème pondéral ?
Mercredi 21 septembre 2005 à 10h29 (Ante diem VI Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita) Classé dans Musique
Il paraît que mon dernier quizz musical était difficile. Je ne vais donc absolument pas tenir compte de cette remarque, et vous en proposer un nouveau dont je pense qu'il est encore plus dur (rassurez-vous, le prochain sera facile). Après les Etats-Unis, nous passons aujourd'hui à l'est, avec la Russie, la grande Russie, la Russie éternelle.
Quoique la majorité des compositeurs dont il va être question ici sont nettement plus soviétiques que russes, mais passons sur ce détail géopolitique qui n'est dû qu'au fâcheux hasard de leur année de naissance.
Pour vous aider, quelques indices. Les extraits sont classés par ordre chronologique, de 1891 à 1953. Le premier est un tube connu des téléphages, le second a été interprété par Cocteau, le troisième a été composé à la gloire de la révolution industrielle, le quatrième est la BO d'un film apprécié des cinéphiles (et probablement de eux seuls), et enfin le cinquième est un pied-de-nez à Staline et au département culturel du comité central.
Vous remarquerez la forte unité entre ces morceaux, due au lourd héritage culturel. Car si le langage varie d'un compositeur et d'une époque à l'autre, ce qui s'exprime partout ici, c'est l'âme slave, ni plus ni moins. A l'inverse, les Etats-Unis sont une terre d'intégration de multiples courants artistiques : dans le quizz de la semaine dernière, il y avait un mambo, du jazz, de l'électro-acoustique, du minimalisme...
* * *
Et hop ! Tout ayant été trouvé, il n'est pas nécessaire d'attendre plus longtemps pour dévoiler les résultats du quizz. Comme quoi, contrairement à ce que je pensais, c'était probablement plus facile que la semaine dernière. Alors donc nous avions dans l'ordre :
Le tourmenté Serge Rachmaninov avec son Concerto pour piano n°1 (1891).
Le très occidental Igor Stravinski avec son Histoire du Soldat (1918).
Le constructiviste Alexandre Mossolov avec sa Fonderie d'acier (1928).
Le génial Serge Prokofiev avec sa musique pour le film Alexandre Nevski (1936).
L'étonnant Dimitri Chostakovitch avec sa Symphonie n°10 (1953).
Je suis très surpris qu'il ait fallu attendre aussi longtemps avant que Stravinski ne soit reconnu. Pourtant, c'est une oeuvre fantastique, que je croyais plus célèbre. Je suis aussi assez étonné que quelqu'un ait identifié l'improbable Mossolov... Un grand bravo à tous nos sympathiques candidats !
Mardi 20 septembre 2005 à 18h27 (Ante diem VII Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Le gouvernement annonce un durcissement des sanctions à l'égard des chômeurs qui n'acceptent pas avec enthousiasme les offres d'emploi parfaitement adaptées à leur qualification (ahem) que l'ANPE leur dégotte. Je me marre : les sanctions en question existaient déjà à mon époque, exactement sous la même forme. Soit on les a supprimé depuis et on ne fait que les rétablir (je ne sais pas pourquoi, mais j'en doute), soit rien n'a jamais changé, et comme d'habitude, on fait des annonces et on brasse du vent.
Mais surtout, on a eu droit à un grand moment d'anthologie au journal de 13 heures. Un journaliste s'est en effet amusé à comparer les équivalents de l'ANPE dans les différents pays européens, et il apparaît que seules l'Espagne, l'Allemagne et la Grande-Bretagne contrôlent et sanctionnent davantage les chômeurs que nous. Question innocente de la présentatrice : « et est-ce que ça marche ? » Réponse du journaliste : non. Hormis le cas de la Grande-Bretagne qui n'est pas directement comparable pour cause de situation économique assez différente, les pays qui sanctionnent beaucoup les chômeurs n'ont pas un taux de chômage plus bas que les autres.
Incroyable ! On vient de s'apercevoir que les gens ne font pas exprès de perdre leur boulot, et qu'en plus, ils n'en retrouvent pas plus facilement si on leur fout des baffes ! La rédaction de France 2 prend des risques : oser démolir un poncif aussi mainstream, ça sent la chute d'audience, le rappel à l'ordre venu d'en haut, voire même les deux...
Mardi 20 septembre 2005 à 9h53 (Ante diem VII Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Autant je soupçonne que mes déboires avec les ASSEDIC n'ont été causés que par l'incompétence d'un seul type en particulier, autant je suis persuadé qu'à l'ANPE, le problème est général et structurel. Le pire, c'est que la plupart des gens qu'on y rencontre sont compétents et motivés pour aider les chômeurs ; mais ils ne peuvent rien faire tellement leurs mains sont liées par des règlements d'une stupidité inouïe, et tellement sur le sujet sensible du chômage, les politiques mettent la pression - pas toujours dans le bon sens.
Commençons néanmoins par un bon point : chez moi, l'agence locale est bien organisée et n'est pas trop débordée. Même en passant à l'improviste, sans rendez-vous, il est rare de devoir attendre plus d'une demi-heure. Pour le reste, c'est une catastrophe.
D'abord, il faut remplir une sorte de bilan de compétences, sur la base duquel l'ANPE pourra vous proposer des offres en adéquation avec votre profil (enfin presque, mais je vais y revenir). Premier problème : si comme moi, vous êtes tentés par plusieurs orientations, que la flexibilité ou la reconversion ne vous font pas peur, c'est râpé. Car dans votre dossier, il est explicitement prévu que vous ne pouvez prétendre qu'à un seul métier. Eventuellement deux en trichant un peu, mais pas davantage. Analyste-programmeur vous étiez, analyste-programmeur vous serez, à moins bien sûr de vous débrouiller seul pour démarcher les recruteurs - ce qui ôte tout intérêt à l'ANPE. Et encore, je n'étais pas à plaindre ; je connaissais des gens qui n'avaient pas de formation (ou alors un truc exotique sans valeur sur le marché du travail) et qui étaient prêts à accepter n'importe quel petit boulot non qualifié : caissier, secrétaire, standardiste, agent d'entretien, livreur, ou que sais-je encore. A ceux-là, on répondait tout simplement que ça n'était pas possible, et qu'il devaient se décider pour un seul de ces métiers lors de leur inscription à l'ANPE.
Quand on sait qu'officiellement, on demande aux employés plus de flexibilité et de ne pas craindre la reconversion, et que l'agence chargée officiellement de réinsérer les chômeurs ne le prévoit même pas dans ses procédures, ça laisse rêveur.
Mais revenons-en au bilan de compétence, et plus particulièrement à la façon dont il se déroule. Votre conseiller charge le questionaire correspondant à votre métier sur un ordinateur, puis vous laisse devant l'écran répondre à une série d'une cinquantaine de questions. Je me rappelle vaguement que dans mon cas, la machine me demandait les langages dans lesquels je savais programmer, les méthodologies que je maîtrisais (genre Meurise et autres), si je savais configurer un réseau local, ou bien si j'avais quelques compétences en hardware. A la fin du formulaire, j'ai bien sûr cliqué sur OK. La machine m'a aussitôt répondu « saisie invalide » . Surpris, j'ai appelé mon conseiller, qui a tout de suite identifié la cause du problème : j'avais coché plus de 16 cases. Eh oui, pour le guignol qui a pondu le cahier des charges du logiciel qu'utilise l'ANPE, les chômeurs ne peuvent pas avoir plus de 16 compétences simultanément ! J'ai bêtement décoché quelques cases au hasard, et le formulaire est passé.
Ensuite, et c'est là que réside le piège, on pourrait penser que le logiciel va mettre en adéquation votre magnifique bilan de compétences avec les offres d'emploi proposées par les entreprises, afin d'inférer les postes qui vous conviennent le mieux. Pas du tout ! Ce que n'importe quel site de rencontre cul sur internet sait faire, le logiciel de l'ANPE en est parfaitement incapable. Les annonces que l'ANPE vous envoie ne sont sélectionnées que sur la base de votre métier, pas sur celle des compétences que vous avez déclarées. Résultat : je n'y connais absolument rien en informatique de gestion (genre banque ou compagnies d'assurance) et je ne maîtrise pas le langage Cobol ; néanmoins, 75 % des offres d'emploi que je recevais concernaient la résolution du bug de l'an 2000 pour des logiciels financiers écrits en Cobol...
Ca serait juste risible si vous n'étiez pas obligés de répondre aux annonces que vous recevez. Car si vous ne leur donnez pas suite, l'ANPE vous classe rapidement dans la catégorie des fainéants qui ne recherchent pas activement un emploi et qui tentent de profiter du système. Ce qui se traduit à brève échéance par la suppression de vos allocations. J'ai donc passé des heures et des heures dans des entretiens d'embauche bidons pour des postes dont je savais pertinemment que je ne correspondais pas au profil, juste parce que j'avais besoin de me faire jeter officiellement et dans les règles de l'art par des DRH (tampons sur les formulaires à l'appui), pour prouver à l'ANPE que j'étais réellement en recherche active d'emploi.
Mais il y a aussi des dérogations. Parlons-en... Par exemple, vers la fin de ma période de chômage, j'ai envisagé assez sérieusement de monter une petite société avec un ami toulousain, sur le thème de la muséologie et de la vulgarisation scientifique. A cette époque, j'étais soit en permanence sur Toulouse, soit occupé à réaliser des maquettes de démonstration et à sonder des clients potentiels. De ce fait, je ne pouvais ni répondre aux convocations de l'ANPE, ni me rendre aux entretiens d'embauche que l'on m'imposait. Catastrophe ! Il a fallu que je justifie tous ces rendez-vous manqués pour ne pas me voir supprimer mes allocations, ce qui m'a pris globalement plus de temps que si j'étais allé à ces foutus rendez-vous...
En fait, l'ANPE est tellement incompétente pour aider les chômeurs, que les recruteurs ne font même pas appel à elle. La mère d'un ami, qui travaillait dans un grand groupe où le roulement était assez important, expliquait que lorsqu'elle devait embaucher du personnel pendant les périodes de pic d'activité, le meilleur moyen était de passer par les petites annonces. Parce que passer par l'ANPE nécessitait de remplir des tonnes de formulaires administratifs, pour au final recevoir une majorité de candidatures ne correspondant pas au poste.
Alors certes, je suis persuadé que si l'ANPE était compétente pour aider les chômeurs, ça ne résoudrait pas le problème de chômage. Je suis également persuadé qu'un organisme national chargé de la réinsertion professionnelle est indispensable. Mais bordel, modernisons-la ! Simplifions les procédures ! Donnons-lui des moyens techniques : jusqu'à l'année dernière, il n'était même pas possible de consulter les offres d'emploi de l'ANPE par le net !
Et puis surtout, arrêtons de foutre des bâtons dans les roues des 90 % de chômeurs honnêtes, juste parce qu'on est terrifié à l'idée que 10 % de chômeurs malhonnêtes profitent du système. Mais ça, vu les idées politiques à la mode en ce moment, je pense qu'on n'en prend pas vraiment le chemin...
Lundi 19 septembre 2005 à 0h34 (Ante diem VIII Idus Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
C'est au Parc Floral de Vincennes que s'est tenu hier le dernier Paris Carnet sur gazon de la saison. Beaucoup de blogueurs avaient manifestement craint les premiers frimas, puisque nous étions nettement moins nombreux qu'à l'accoutumée. Pour celles et ceux qui auraient raté cet événement d'une importance pourtant quasi pangalactique, voici un petit aperçu de la scène :
Bien évidemment, afin de respecter l'anonymat, je tairai les noms des deux blogueuses et des deux blogueurs représentés ici par le peintre James Tissot. Le pauvre a d'ailleurs eu beaucoup de peine à réaliser sa toile, puisque nous n'avons pas cessé de bouger : une première fois pour échapper à la fraîcheur d'un arbre et profiter au mieux du pâle soleil automnal, puis une seconde fois pour nous approcher du brass band qui répandait une ambiance My Fair Lady délicieusement revue et corrigée façon John Williams.
Mais passons plutôt au très attendu exercice de name dropping, par ordre approximatif d'entrée en scène.
J'ai rencontré le fameux Ron, dont je suis fidèlement les aventures depuis les origines ou presque. Tatou nous a shooté tout l'après-midi avec son gros machin. Batims (dont je rappelle qu'il a de très beaux yeux - meuh non, je ne fais pas une fixation) est venu avec son cher et tendre. Le scribe TarValanion a scrupuleusement noté nos bêtises sur un petit carnet. Shaggoo a été fort occupé avec un blogueur tokyoïte dont je n'ai malheureusement pas retenu le nom. La bonne fée Kozlika nous a confié en avant première les règles de son prochain jeu littéraire, et ça promet. J'ai enfin discuté un peu avec Veuve Tarquine, qui je l'avoue, m'intimide beaucoup. Il faudrait un jour que je discute musique contemporaine avec Bladsurb, qui lui aussi m'intimide assez. J'ai oublié de dire à Cossaw tout le bien que je pensais de son récent billet sur l'énergie éolienne. La musicienne Fûûlion s'interroge sur l'oreille absolue, je consacrerai un billet à la question dans le courant de la semaine. Alecska n'ayant pas tari d'éloges sur ma soupe de potirons, c'est exclusivement à son intention que je consens à en dévoiler la recette. Tandis que Lolo² est venu avec plein de gâteries (chamallows et autres oursons en jelly), M LeMaudit a préféré apporter une part significative de la réserve mondiale de Nutella. Et il y avait bien sûr tous les autres, ceux dont je ne connais ni l'identité ni le blog, et que je n'ai pas osé aborder...
En attendant, c'en est fini de nos rencontres bloguesques sur gazon, du moins jusqu'au printemps prochain. Heureusement, il nous reste les rencontres sur comptoir, tous les premiers mercredis de chaque mois !
Dimanche 18 septembre 2005 à 11h40 (Nonis Septembribus MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre T ?
Samedi 17 septembre 2005 à 2h16 (Pridie Nonas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Lorsque j'étais au chômage, il y a une petite dizaine d'années, j'avais coutume de répondre quand on me demandait ce que je faisais dans la vie : « Rien, et ça me prend un temps inimaginable. » Et ça n'était pas du tout une boutade ou une figure de style. Juste une description du difficile métier de chômeur quand on ne rentre pas dans les cases prévues par le législateur.
Tout d'abord, lorsque vous perdez votre emploi, vous devez vous inscrire aux ASSEDIC (qui vous versent vos allocations) et à l'ANPE (qui vous aide à retrouver du boulot). Il faut pour cela produire les certificats de travail et les fiches de paye correspondant à tous les emplois occupés depuis trois ans. Premier problème : dans mon cas, mon dernier contrat avait pris fin pour cause de rachat de la société par une grosse boîte canadienne, et dans l'opération, tout le monde s'était faché très fort. Le directeur avait accepté un poste aux Etats-Unis, le président ne voulait plus entendre parler de son ancienne boîte, le comptable avait été réembauché par une autre filiale du groupe. Bref, plus personne ne voulait ou ne pouvait avoir accès aux archives, rendant l'établissement du sus-dit certificat de travail totalement impossible. J'ai dû passer des heures au téléphone, remontant toute mon ancienne hiérarchie de bas en haut, avant qu'enfin la solution n'arrive par la bande : l'ancienne secrétaire (qui se trouvait dans la même situation que moi) nous a fait des faux plus vrais que nature.
Ensuite, il faut se rendre dans les locaux des ASSEDIC muni de ces précieux documents afin d'y remplir un dossier de demande d'allocation. Rien de bien complexe en théorie. Sauf que le hasard a voulu que je me retrouve au chômage à la mauvaise période : en septembre, lorsque des milliers de jeunes diplômés débarquent subitement sur le marché du travail après un dernier job d'été. Résultat, des fonctionnaires débordés, et des heures d'attente aux guichets.
La première fois, j'ai pris un numéro au distributeur, puis je suis rentré chez moi quand j'ai constaté qu'il y avait un écart d'une bonne cinquantaine entre mon numéro et le numéro appelé. La seconde fois, prévoyant, je suis arrivé à l'ouverture ; puis je suis reparti quand j'ai constaté qu'il y avait déjà plus de personnes dans la salle d'attente que ce que les guichetiers allaient pouvoir en traiter dans la journée. La troisième fois, je suis tombé sur un fonctionnaire intelligent, qui nous tint à peu près ce langage : « Bien, vous êtes tous ici pour remplir le même dossier. Alors plutôt que de faire la queue les uns après les autres, je vais vous distribuer ces fameux dossiers directement ici, dans la salle d'attente, et vous allez tous le remplir en même temps. »
Je ne le savais pas encore, mais à cet instant, je suis entré dans la quatrième dimension.
On nous a distribué les formulaires. Un bref moment de panique a suivi lorsque la plupart des personnes présentes ont réclamé simultanément un stylo. Puis une fois ce problème logistique résolu, un autre type est venu pour nous donner ses instructions.
« Alors, tout en haut de la feuille, vous avez une case où il est écrit : nom. Là, vous inscrivez votre nom. Mais surtout, vous écrivez bien dans les peignes, avec une lettre par case, parce que vous comprenez, c'est traité informatiquement, et si vous écrivez mal, ça passe pas dans la machine et on doit tout ressaisir à la main après. »
Dix minutes plus tard, tout le monde a terminé d'écrire son nom depuis belle lurette, a reposé son stylo, et attend. Le type finit par s'en apercevoir et reprend la parole.
« Bon, vous avez terminé ? Alors, ensuite, vous avez une case où il est écrit : prénom. Là, vous inscrivez votre prénom. Mais surtout, vous écrivez bien dans les peignes, avec une lettre par case, parce que vous comprenez, c'est traité informatiquement, et si vous écrivez mal, ça passe pas dans la machine et on doit tout ressaisir à la main après. »
Dix minutes plus tard, tout le monde a terminé d'écrire son prénom depuis belle lurette, a reposé son stylo, et manifeste des signes d'impatience. Le type reprend calmement, sans s'affoler.
« Ensuite, vous avez une case où il est écrit : adresse. Là, vous inscrivez votre adresse. Pas la ville, hein, pour ça il y a une autre case plus bas, on verra ça tout à l'heure. Juste l'adresse. Par exemple, si vous habitez au 8 rue des Violettes à Orsay, vous écrivez juste 8 rue des Violettes, mais pas Orsay. Et puis surtout, je sais que je me répète mais c'est vraiment important, vous écrivez bien dans les peignes, avec une lettre par case, parce que vous comprenez, c'est traité informatiquement, et si vous écrivez mal, ça passe pas dans la machine et on doit tout ressaisir à la main après. »
Dix minutes plus tard, tout le monde a terminé d'écrire son adresse depuis belle lurette, a reposé son stylo, et la fille assise en face de moi foudroie le type du regard en roulant nerveusement cigarette sur cigarette. Je me marre intérieurement en sentant l'incident approcher.
« Alors, on va passer à la suite. Maintenant, vous avez une case... »
Mais plus personne n'écoute. Chacun remplit son dossier dans son coin, à un rythme normal, sans plus se soucier des ordres. En quelques minutes, tout le monde a fini. Quand le type s'en aperçoit, c'est la panique.
« Ah, mais vous ne m'attendez pas, là ! Ah, c'est terrible, je suis sûr que vous avez inscrit n'importe quoi n'importe où, on va perdre un temps fou, il va falloir tout reprendre depuis le début ! Vous, là, donnez-moi votre dossier, que je vérifie... »
Un jeune lui tend son dossier. Le fonctionnaire le regarde longuement, cherche la faille, ne la trouve pas.
« Mouais, pour vous c'est bon, mais je suis sûr que la plupart des autres a fait n'importe quoi. Donnez-moi tous vos dossiers, que je vérifie... »
Et le type, devant nous, a vérifié un par un tous les dossiers en maugréant. Ca lui a pris une bonne heure. Nous ne pouvions pas bouger : non seulement il fallait qu'on attende qu'il nous rende nos dossiers pour y joindre les fameux (faux) certificats de travail et déposer le tout dans la boîte prévue à cet effet, mais de plus, notre fonctionnaire avait paraît-il des choses importantes à nous dire ensuite.
Importantes, c'est le terme. Parce qu'après, nous avons eu droit à un discours moralisateur d'une demi-heure, bourré de poncifs sur le chômage.
C'est à ce moment que la rouleuse de cigarette a craqué. Elle est partie subitement en hurlant qu'elle n'avait pas trois heures à perdre pour écouter ces conneries, qu'avec un bac+2, elle espérait qu'on lui parle autrement qu'à un môme de 6 ans qui apprend à écrire dans les peignes, et qu'en plus, elle devait passer chercher son gamin chez la nounou avant midi. Réaction du fonctionnaire, médusé : « Ah ben elle est gonflée, celle-là. Avec une mentalité pareille, elle n'est pas prête de retrouver du travail, c'est moi qui vous le dit. »
Retrouver du travail, parlons-en justement : c'est notre prochaine étape. Et c'est à l'ANPE qu'échoit la noble tâche d'aider le chômeur à ne plus en être un.
Jeudi 15 septembre 2005 à 13h18 (Ante diem IV Nonas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Et nous continuons de ranger la maison de ma grand-mère. Ca n'en finit pas. C'est incroyable la quantité d'objets que l'on peut amasser en une vie. Evidemment, le superficiel est vidé depuis longtemps ; nous attaquons maintenant les couches plus intimes. Les photos, les certificats d'études, les livrets militaires, les souvenirs de guerre, toutes ces sortes d'objets à forte charge affective que l'on planque au fond des placards entre les piles de draps, et qui raviraient une Amélie Poulain.
Dernièrement, je pense que ma mère a mis la main sur ce qui devait être la boîte à secrets de ma grand-mère lorsqu'elle était adolescente. Inventaire.
Une collection de trèfles à quatre feuilles délicatement séchés entre deux feuilles de papiers. Un petit pendentif en forme de fer à cheval. Une étoile de mer. Le pompon de marin de mon arrière grand-père, ainsi qu'une citation pour son comportement héroïque lors de l'incendie du vapeur Delmira dans la rade de Saint-Vaast-la-Hougue en 1915. Un petit boîtier métallique qui devait se porter en sautoir, et qui après ouverture, s'est avéré contenir une mèche de cheveux dont nous ignorons l'origine. Quelques médailles sportives dont nous ne savons pas qui les a remportées. Une épave de montre gousset datant probablement du 19ème. Deux photos d'identité de mon grand-père prises pendant la guerre (j'imagine très bien ma grand-mère jeune fille s'endormant en serrant ces photos sur son coeur pendant que son amoureux était prisonnier en Allemagne...). Un brassard des FFI, avec sa Croix de Lorraine noire brodée au milieu d'un V tricolore. Plus surprenant, trois titres au porteur d'une valeur de 2500 Francs chacuns émis en décembre 1929 (pas de chance : deux ans seulement avant que la crise n'atteigne la France !).
Et enfin, beaucoup moins romantique, mais tellement humain. Un minuscule carnet. Moins de trois centimètres sur deux, une couverture en simili rouge. Sur la première page, on apprend que ce carnet appartenait à Louise Albertine G., couturière. Sur toutes les autres pages, des dates. Rien que des dates, encore des dates. 15 janvier, 13 février, 12 mars, 9 avril, 8 mai, etc. Aucune autre précision. Il m'a fallu de longue minutes pour comprendre que ces dates étaient toutes séparées d'environ 28 jours...
* * *
Et puis accessoirement, j'ai récupéré quelques photos que je rajoute immédiatement dans ma galerie personnelle et égocentrique : ma tronche en 1971 et en 1983. On ne rit pas.
Jeudi 15 septembre 2005 à 10h30 (Ante diem IV Nonas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Non-réponse d'Etienne Klein, physicien et philosophe de son état, invité sur France Inter ce matin (retranscription approximative de mémoire) :
« Si un chercheur explique que son travail n'a aucune application, on l'accuse de se la couler douce aux frais de la République. Si un chercheur explique que son travail a des applications pratiques, on l'accuse de jouer à l'apprenti sorcier avec du nucléaire ou des OGM. Donc le mieux, c'est de ne pas répondre. Et puis je trouve qu'on pose un peu trop souvent cette question aux chercheurs, et pas assez à d'autres métiers. Par exemple, pouvez-vous me dire à quoi sert la presse people ? Qu'on m'explique d'abord à quoi sert la presse people, et j'essaierai peut-être de vous expliquer à quoi sert la science. »
C'est purement rhétorique, légèrement arrogant, ça ne répond absolument pas à la question initiale (aussi stupide soit-elle), mais c'est néanmoins très vrai, et puis surtout, ça m'a bien fait rire...
Mercredi 14 septembre 2005 à 11h42 (Kalendis Septembribus MMDCCLVIII ab urbe condita)
Les familles des victimes du crash de l'Airbus A320 du Mont Sainte-Odile ont assigné l'Etat en justice pour durée de procédure excessive. Je ne suis pas un fanatique de la judiciarisation à outrance, mais il faut reconnaître qu'ils n'ont pas tort. Treize ans pour une instruction judiciaire, ça paraît un peu démesuré.
Réponse de la justice : l'audience pendant laquelle le tribunal devait étudier les causes des multiples reports du procès est elle-même reportée. Je suis tout disposé à croire qu'il y a de bonnes raisons à cela, mais tout de même, l'effet obtenu ressemble assez bien à du foutage de gueule.
* * *
Les pouvoirs publics lancent une gigantesque campagne médiatique pour inciter les français à manger moins sucré et moins gras. Je ne suis pas sûr qu'une simple publicité va aider les gens à bien manger, vu que les raisons de la malnutrition sont très complexes, mais bon, l'intention est louable.
Exactement dans le même temps, passe sur France Inter (le service public, donc) une publicité financée par les producteurs de sucre, sur le thème « imaginez-vous votre vie sans sucre ? » Les entreprises privées ont le droit de promouvoir leurs produits, mais quand même, l'effet obtenu ressemble assez bien à du foutage de gueule.
Mardi 13 septembre 2005 à 9h21 (Pridie Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita) Classé dans Musique
Manifestement, les quizz musicaux sont à la mode dans la blogosphère ! A mon tour de vous en proposer un petit, sur le thème des compositeurs américains du 20ème siècle. Le niveau s'échelonne de très facile (genre comédie musicale célèbre) à plutôt difficile (genre chat sauvage perdu dans un magasin de percussions).
Attention, il y a un piège : américain ne veut pas dire né sur le sol américain. Beaucoup d'artistes et d'intellectuels du vieux continent se sont fait naturalisés dans les années 30...
* * *
Et hop ! Voici le moment que vous attendiez fébrilement depuis hier, d'ailleurs si j'en juge par l'horaire des derniers commentaires, certain n'en ont pas dormi de la nuit. Alors donc nous avions dans l'ordre :
Le génial Leonard Bernstein avec West Side Story (1957).
Le révolutionnaire Edgard Varèse avec Ionisation (1933).
Le lyrique Samuel Barber avec Toccata Festiva (1960).
Le roots George Gershwin avec le Concerto en Fa (1925).
L'hypnotisant Philip Glass avec Einstein on the Beach (1976).
Je ne m'attendais pas à ce que ça soit Barber qui vous pose le plus de difficultés. Manifestement, je dois surestimer sa popularité ! En tout cas, et comme aurait dit un célèbre animateur télé, merci et bravo à tous nos sympathiques candidats.
Lundi 12 septembre 2005 à 10h26 (Ante diem III Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
La notion d'infini est trompeuse et conduit généralement celui qui n'y prend pas garde à des raisonnements complètement erronés. C'est que notre cerveau n'est pas à l'aise pour manipuler des concepts aussi abstraits. Dans ce domaine plus qu'ailleurs, méfions-nous de l'intuition...
Par exemple, on a intuitivement tendance à penser que les nombres pairs sont deux fois moins nombreux que les nombres entiers. C'est logique, puisque pour construire l'ensemble des nombres pairs, il suffit de prendre l'ensemble des nombres entiers, et d'enlever un élément sur deux. Pourtant, c'est faux. La preuve : on peut établir une bijection entre les deux ensembles, c'est-à-dire une relation reliant de façon univoque chaque élément du premier ensemble à chaque élément du second. En l'occurence, une simple multiplication par deux suffit pour passer de {0,1, 2,3, 4,5,... } à {0,2, 4,6, 8,10,... }. Le nombre d'éléments dans les deux ensembles est donc forcément le même. La moitié de l'infini, c'est encore l'infini.
Autre paradoxe qui n'en est pas un, en physique cette fois : tout le monde sait que l'Univers est à la fois en expansion et infini. Comment un objet de taille déjà infinie peut-il encore grandir ? Exactement de la même manière que l'on a construit notre ensemble des nombres pairs ci-dessus. Imaginez que j'étire l'espace comme un élastique, de telle sorte que ce qui correspondait auparavant à 1 mètre corresponde désormais à 2 mètres. Si je prends deux objets au hasard n'importe où dans l'Univers, la distance qui les sépare aura doublé dans l'opération, ce qui me donnera l'impression d'une expansion. Mais dans le même temps, la taille totale de l'Univers n'aura pas changé : elle sera toujours infinie. Le double de l'infini, c'est encore l'infini.
En réalité, et pour compliquer les choses, il existe plusieurs tailles d'infini. Ce n'est guère surprenant : on sent bien, par construction, qu'il doit exister infiniment plus de nombres réels que de nombres entiers, puisqu'entre deux entiers consécutifs quelconques, tels que 1 et 2 par exemple, on peut caser une infinité de nombres réels. Et pour une fois, l'intuition ne nous trompe pas ; on sait effectivement avec certitude qu'il existe au moins deux tailles d'infini différentes. La première est appelée aleph zéro, et correspond au nombre d'éléments dans l'ensemble des entiers. La seconde est appelée aleph un, et correspond au nombre d'éléments dans l'ensemble des réels. En existe-t-il d'autres ? Etonnament, il est structurellement impossible de répondre à cette question. Mais nous parlerons (peut-être) de ce problème un autre jour.
L'existence de plusieurs tailles d'infini soulève de nouveaux pseudo-paradoxes. Par exemple, imaginez que tous les nombres réels et que tous les nombres entiers se trouvent mélangés dans un sac, et que j'en tire un au hasard. Quelle est la probabilité pour que je tombe sur un nombre entier ? Considérons l'intervalle [1,2[. Il ne contient qu'un seul entier (1), mais il contient une infinité de réels (1,2 ou 1,33333 ou 1,689768987865 en sont des exemples). Sur cet intervalle restreint, la probabilité de tomber sur un entier est donc de 1/infini, soit zéro. Le résultat ne change pas si on généralise à l'ensemble des nombres au lieu de se limiter à un petit intervalle. Donc, quand on choisit un nombre parfaitement au hasard, il n'y a aucune chance de tomber sur un entier, alors même qu'il existe pourtant une infinité d'entiers.
Une catégorie intéressante de nombres sont les nombres normaux. Ce sont des nombres réels dans lesquels toutes les suites possibles de chiffres apparaissent de façon équiprobables dans le développement décimal. Ainsi, tous les chiffres possibles (de 0 à 9) présentent chacun exactement 1 chance sur 10 d'apparaître, toutes les suites possibles de deux chiffres (de 00 à 99) présentent chacune exactement 1 chance sur 100 d'apparaître, toutes les suites possibles de trois chiffres (de 000 à 999) présentent chacune exactement 1 chance sur 1000 d'apparaître, et ainsi de suite. Comme un nombre normal présente un développement décimal infini, on peut affirmer avec certitude que n'importe quelle suite de chiffre arbitrairement longue (mais finie) y apparaît.
Il est extrêmement difficile de prouver qu'un nombre donné est normal. Par exemple, on soupçonne fortement que le nombre pi le soit, on l'a « vérifié » expérimentalement en mesurant les probabilités d'apparition de quelques suites de chiffres données dans les 200 milliards de décimales de pi que l'on connait, mais on est bien incapable de le démontrer formellement. En fait, les deux seuls nombres dont on est certain de la normalité sont des nombres qui ont été construits spécialement pour : le nombre de Champernowne, et le nombre d'Erdös.
Vous savez certainement que sur un CD ou un DVD, la musique, l'image ou le texte sont numérisés, c'est à dire représentés sous la forme d'une succession de chiffres. Comme par définition, dans un nombre normal, n'importe quelle séquence de chiffre apparaît, on peut affirmer que le contenu de n'importe quel CD ou DVD apparaît plusieurs fois dans les décimales de n'importe quel nombre normal, tel que pi. Mieux : on peut même affirmer que l'intégralité des oeuvres musicales, littéraires et filmographiques connues, y compris le film de vos dernières vacances ou le contenu de ce blog, se trouve dans les décimales de pi. Vous allez me dire : impossible, il existe des milliers de films, des millions de morceaux de musique, et probablement des milliards de textes écrits, comment peuvent-ils tous être contenus dans pi ? C'est pourtant simple : aussi énorme que ce volume de données puisse être, le développement décimal de pi sera toujours plus grand, puisqu'il est infini.
Question finale : on ne sait pas montrer formellement qu'un nombre donné est normal, mais au moins, sait-on combien y a-t-il de ces curiosités ? Oui : une infinité. En fait, les nombres normaux sont même infiniment plus nombreux que les autres. En conséquence de quoi, si je tire un nombre parfaitement au hasard, la probabilité pour que je tombe sur un nombre normal est de 100 %, alors même qu'il existe pourtant une infinité de nombres non normaux.
Dimanche 11 septembre 2005 à 12h12 (Ante diem IV Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre S ?
Vendredi 9 septembre 2005 à 15h49 (Ante diem VI Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
On voit en Europe que des lois de plus en plus liberticides sont promulguées sous prétexte d'assurer la sécurité des citoyens : généralisation de la vidéo-surveillance, autorisation de perquisitionner sans commission rogatoire sous certaines conditions, etc. On voit aux Etats-Unis, tant au travers des réactions des citoyens que de celles de l'administration face à l'ouragan Katrina, que la société est en faillite. Partout, l'intérêt général est de plus en plus souvent considéré comme étant la simple somme des intérêts particuliers.
Dans ces conditions, peut-on affirmer que Le Contrat Social de Rousseau (texte intégral ici) est désormais obsolète ?
Vous avez trois heures. Les calculatrices sont autorisées.
(désolé, je n'ai pas le temps de rédiger un billet aujourd'hui, alors je vous donne toutes les pistes pour que vous en imaginiez un vous-même...)
Jeudi 8 septembre 2005 à 11h38 (Ante diem VII Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
La première fois que j'ai entendu Sarko, c'était en 1990 ou 1991 sur France Inter, au réveil, avant de partir à la fac, dans une émission dont il était l'invité principal. Il m'a été immédiatemment antipathique. J'ai détesté (et je déteste toujours) sa façon populiste de présenter des solutions simples aux problèmes les plus complexes, j'ai détesté (et je déteste toujours) sa façon de retourner le sens des mots - rappelez-vous des droits de l'hommistes. Bref j'ai détesté (et je déteste toujours) qu'un aussi bon politicien soit également un déchet idéologique, parce qu'il n'y a rien de plus dangereux.
Depuis quelques années, après son passage aux commandes de divers ministères, on connaît encore mieux le personnage. On sait son inclination pour les solutions policières de type tolérance zéro, alors même que plusieurs études sérieuses ont montré que cette approche n'était pas la plus efficace à long terme, tout en étant très coûteuse. On sait ses fausses bonnes idées, comme le durcissement des conditions des libérations conditionnelles, alors même que toutes les études montrent que ça ne fait qu'augmenter le taux de récidive. On sait sa volonté de réformer la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et plus généralement, sa position ambiguë sur la religion. On sait sa haine des marginaux - qu'elle soit réelle ou feinte à des fins électoralistes - comme les prostitués, les SDF, ou les homos (d'ailleurs, on attend toujours la condamnation officielle par l'UMP du funeste député homophobe du Nord).
Dernière action d'éclat : il porte plainte contre le quotidien suisse Le Matin pour avoir publié plusieurs articles sur sa séparation d'avec Cécilia. Impossible de faire plus hypocrite.
Tous les journaux français ont fait état de ses malheurs conjugaux, mais il n'en attaque aucun. C'est que ça ne serait pas bon pour son image ! Alors il préfère attaquer un quotidien étranger, qui n'est distribué en France qu'à Thonon-les-Bains (en gros), soit moins de 500 exemplaires. Et puis c'est une conception bien étrange des médias que de les mettre à contribution pour se forger une image de mari idéal et de père de famille parfait, pour ensuite s'offusquer dès que ces mêmes médias révèlent quelques failles et craquelures.
En fait, Sarko, c'est un control freak, un acharné du contrôle absolu de tout ce qui l'entoure, un névrosé de l'ordre parfait. Il faut que rien ne dépasse : pas un seul divorce pour ternir son image, pas un seul journal pour le critiquer, pas un seul délinquant hors des prisons, pas une seule pute dans la rue, pas un seul chômeur qui ne s'autoflagelle pas tant qu'il n'a pas retrouvé du travail.
Quelqu'un qui veut tout contrôler à ce point-là, à commencer par la presse, est-il vraiment un démocrate ?
Mercredi 7 septembre 2005 à 12h41 (Ante diem VIII Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Je voudrais profiter de ce blog pour remercier publiquement Sa Sainteté le Pape Benoit XVI. Car du haut de son aveuglement doctrinal, il vient ni plus ni moins de nous offrir les armes qui causeront sa perte. Je veux parler du nouveau Catéchisme de l'Eglise Catholique abrégé, qui vient de paraître en France dans une traduction de Mgr Honoré, et dont la lecture est tout à la fois hilarante et terrifiante.
Passons sur la multitude de phrases tellement polysémiques dont on ne sait même plus si elles sont d'une vacuité sidérale ou bien d'une profondeur confondante, comme par exemple : « Les vices sont des habitudes perverses qui obscurcissent la conscience et inclinent au mal. » Passons sur les affirmations gratuites qui à coup sûr, énerveront beaucoup les chrétiens non catholiques, mais aussi n'importe quel philosophe spécialiste des religions, comme par exemple : « L'unique Eglise du Christ subsiste dans l'Eglise catholique » . Et concentrons-nous sur la vie privée des ouailles.
Hormis le fait qu'il est obligatoire de se rendre à la messe dominicale (quoique si ça peut faire baisser l'audience de Téléfoot, c'est plutôt amusant), on y apprend par exemple que la contraception et l'insémination artificielle sont « intrinsèquement immorales » (je croyais que la contraception était proscrite pour cause de croissez et multipliez, mais manifestement je me trompais, puisque l'insémination est interdite également), que le divorce est « une offense à la dignité du mariage » (je ne savais pas que le concept de dignité pouvait s'appliquer à autre chose qu'à une personne - physique ou morale), ou encore que « l'adultère, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol, les actes homosexuels » sont du même niveau de gravité. D'ailleurs, les gouvernements sont fortement incités à promulguer « des lois appropriées contre les offenses à la chasteté » .
Ce qu'il y a de bien, c'est que comme il ne doit pas subsister beaucoup de françaises et de français qui ne se soient jamais masturbés, qui n'aient jamais fait usage d'une capote ou d'un stérilet, qui n'aient jamais regardé le porno de Canal + le samedi soir, ou qui n'aient jamais divorcé, les rangs de l'église catholique vont se clairsemer rapidement. Ca va excommunier sec, c'est moi qui vous le dit ! A moins bien sûr d'avoir recours aux indulgences, que ce nouveau catéchisme semble restaurer. Martin Luther doit se retourner dans sa tombe, et les scénaristes du film Dogma se rouler par terre de rire.
Diabolisation de la science, ingérance dans la vie privée des citoyens et dans la politique des Etats, refus de tout progrès social. Quelqu'un a-t-il prévenu Benoit XVI que l'on ne vivait plus au Moyen-Age ? Finalement, je me demande si la petite nouvelle que j'avais écrite l'année dernière est bien une fiction...
Mardi 6 septembre 2005 à 11h39 (Ante diem IX Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Aucun doute, c'est la rentrée. Tous les signes sont là : je télétravaille à nouveau, ce blog reprend un rythme normal, la N118 est bouchée tous les soirs, on attaque la onzième saison d'Urgences tout en finissant la cinquième de New York 911, Houellebecq sort une grosse bouse, je vais être déçu par le dernier Nothomb, et la nouvelle grille de France Inter me gonfle déjà. Et puis surtout, l'indéboulonnable Nikos Aliagas lance la nouvelle saison de la Star Academy.
A ce propos, je tiens à rétablir une vérité. Depuis des années, on vous ment ! La Star Academy n'est absolument pas une émission musicale. D'ailleurs, je m'y connais un peu, et je vous assure que si ces gens produisaient de la musique, je m'en serais aperçu depuis longtemps. Non, en réalité, la Star Academy est une émission de décoration intérieure. Une sorte d'équivalent anarcho-gauchiste des très bourgeoises Côté jardins / Côté maison, les improbables émissions que France 3 diffuse le samedi après-midi.
Pour s'en convaincre, il suffit d'oublier les participants (c'est facile, ils sont insignifiants) et de se concentrer sur le décor.
Prenons par exemple la pièce où se déroulent les répétitions. Bon, au premier regard, l'ambiance est donnée : c'est rouge vif. Le sang, la révolution. C'est que nos jeunes sont des rebelles, des anticonformistes, quoi. Ils ont des choses à dire à l'intérieur d'eux-mêmes, une sorte de rage, tu vois, c'est pour ça qu'ils chantent, et il faut que ça apparaisse clairement à l'antenne. Mais attention ! Pas question de tomber dans la radicalité et de faire du passé table rase (ça effrayerait les parents du coeur de cible) ; les canapés recouverts d'une aristocratique toile de Jouy rouge sont là pour le signifier. Enfin, une décoration intérieure ne pourrait prétendre au jeunisme sans l'indispensable faute de goût, celle qu'on est condamné à commettre parce qu'on n'a pas les moyens de s'offrir des meubles coordonnés quand on est étudiant, alors on recycle des bouts du vieux salon de la tante Josette, et tant pis si ça jure un peu. En l'occurence, le tabouret de piano violet perdu au milieu de tout ce rouge, aussi discret qu'un furoncle sur le nez.
Poursuivons avec la pièce où nos jeunes confient leurs états d'âmes en toute intimité à la France entière. On retrouve bien sûr notre tendance jeuniste, sous la forme de petites loupiottes rouges qui pendouillent au fond. On retrouve aussi l'évocation rassurante du passé, sous la forme d'un fauteuil Louis XV (mais dont le revêtement est en jean) et d'un rideau vert pomme retenu par une embrasse jaune d'or. Une juxtaposition de matières et de couleurs bien couillues, quoi. Mais attention, ça va beaucoup plus loin ! Rouge, bleu, vert, jaune, vous aurez évidemment reconnu les tons fétiches du pop-art warholien. C'est que mine de rien, dans cette salle, on est carrément dans la critique acerbe de la société de consommation et des produits culturels de masse, ces sous-produits préformatés contre lesquels la Star Academy lutte impitoyablement.
Enfin, terminons par le chef d'oeuvre : la cabine téléphonique. Les seules occasions que nos jeunes auront de discuter avec leurs parents pendant les mois à venir se passeront dans cette pièce. Aucune tendance jeuniste ici, donc : les parents, c'est vieux. Vieux comme la moulure dorée et exhubérante qui encadre le miroir, vieux comme la pierre calcaire nue des murs blancs. Et puis les parents, c'est ringard. Ringard comme les deux boules à facettes qui pendent du plafond. D'ailleurs, les parents de ces jeunes-là doivent probablement écouter du disco et trouver que cette pièce est la plus belle du château. C'est bien la preuve.
Et en plus, je suis sûr que tout ça respecte parfaitement les règles millénaires du feng shui. Bref, cette émission, c'est un must-see pour tous ceux qui envisagent de refaire leur intérieur.
Sinon, parmi les innovations notables, on s'extasiera devant la nouvelle chanson du générique, dont le texte se résume à peu près à « poum poum poum, ta da poum, yeah yeah yeah » . Je suppose que ce changement a été motivé par le fait que le QI est tellement bas cette année parmi les participants, que la production n'a pas réussi à leur faire apprendre les paroles du générique habituel.
Lundi 5 septembre 2005 à 11h10 (Ante diem X Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Vous avez adoré la dissolution ratée ? Vous n'avez pu réprimer un fou-rire à la reprise des essais nucléaires ? Vous êtes un fan inconditionnel des expressions abracadabrantesques qui font « pfffuit » ? Vous vous roulez par-terre à la simple évocation de la fracture sociale ou de la quasi-suppression des impôts ? Vous vous passez en boucle le discours sur le bruit et l'odeur ? Vous conservez pieusement la photo de sa couille gauche prise par un paparazzi sur la terasse du fort de Brégançon ? Réjouissez-vous !
Car le plus grand clown de tous les temps revient, pour un dernier gag exceptionnel : il va nous crever dans les pattes et provoquer une présidentielle anticipée, pile-poil au moment où Sarko-l'ennemi-de-toujours se tape la plus grosse cote de popularité...
Bon, je me moque, mais ça fait frémir. J'avoue que je vais mal dormir, jusqu'à ce que ce zouave soit sorti sain et sauf de l'hôpital.
Sinon, plus sérieusement, j'ai l'impression que consigne a été donnée aux médias de s'en tenir à des propos lénifiants sur l'état de santé de notre bien-aimé Président. D'abord, un petit accident vasculaire cérébral, ça n'existe pas. Il n'en existe que des graves. Ensuite, aucun des médecins interviewés n'a tenu le moindre propos alarmiste - voire tout simplement réaliste - sur les suites probables. Et enfin, aucun reportage n'a présenté clairement ce qu'étaient les AVC, avec leur prévalence et leur morbidité. Réparons cet oubli : un AVC, c'est 1 chance sur 5 de mourir dans les 30 jours qui suivent, 2 chances sur 5 de souffrir de séquelles neurologiques (incompatibles avec la charge de Président de la République, inutile de le préciser), et seulement 2 chances sur 5 d'en sortir indemne.
Décidément, que ça soit en France ou ailleurs, le pouvoir a toujours un problème avec la maladie. On pense bien sûr à Pompidou ou à Mitterrand, mais aussi au Camarade Premier Secrétaire Andropov qui est resté officiellement en pleine forme au moins 15 jours après sa mort, ou bien au président coréen Kim Il Sung qui est encore en exercice bien que décédé depuis plusieurs années.
Il n'y a guère eu que le Vatican pour tomber dans l'excès inverse de transparence médicale. Mais vu que c'était à des fins politiques outrageusement intéressées, je ne suis pas vraiment sûr qu'il faille l'en féliciter...
Dimanche 4 septembre 2005 à 12h15 (Ante diem XI Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Dans la première édition du Petit Larousse Illustré de 1905, le début de chaque section est illustré par une grande lettrine de style « baton », entourée d'un capharnaüm d'objets hétéroclites. Le point commun de tous ces objets ? L'initiale de leur dénomination usuelle, bien sûr.
Petit jeu : sauras-tu aider Pascal et son amoureux à retrouver sur cette gravure tous les objets dont le nom commence par la lettre R ?
Dimanche 4 septembre 2005 à 12h14 (Ante diem XI Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita)
Ce matin, c'était big fry-up.
Au menu : oeufs sur le plat, bacon grillé, baked beanz (vous noterez que mon amoureux en a pris nettement moins que moi), jus d'orange et de pamplemousse, petits pains grillés, beurre, confiture, compote aux trois pommes, grappes de raisin, et un café pour faire glisser.
Maintenant, il ne reste plus qu'à éviter soigneusement le pèse-personne pendant quelques jours.
Samedi 3 septembre 2005 à 11h24 (Ante diem XII Kalendas Septembres MMDCCLVIII ab urbe condita) Classé dans Musique - Sainte Colombe
Il y a peu de chance que vous connaissiez Monsieur de Sainte Colombe. C'est que nous ne savons rien de lui : ni les dates de sa naissance ou de sa mort, ni aucun détail significatif de sa vie, ni même son prénom. Jusqu'à une époque récente, nous n'avions même jamais entendu sa musique. Pourtant, la légende assure qu'il fut le plus grand violiste de tous les temps. Un canular ? Probablement pas. Son existence est attestée à la cour de Louis XIV, par ses filles, ainsi que par l'un de ses élèves, lui-même devenu célèbre : Marin Marais.
Monsieur de Sainte Colombe fut l'archétype du génie solitaire, misanthrope probablement, sociopathe à coup sûr. Il passa sa vie à refuser les distinctions, les titres, les postes prestigieux que lui offrait le Roi en récompense de son immense talent. Sa musique ne fut jamais éditée, simplement parce qu'il refusa toujours d'entreprendre la moindre démarche en ce sens. Il n'accepta quelques élèves qu'à contrecoeur, et leur mena la vie dure. Après la mort de sa femme, son existence devint plus solitaire encore : les rares personnes admises dans son entourage affirmeront qu'il passait des journées entières à jouer de la viole dans une cabane isolée au fond de son jardin, à Bièvre. Ainsi, l'écrivain Titon du Tillet rapporte, à propos de Marin Marais :
« S'étant apperçu au bout de six mois que son élève pouvoit le surpasser, il lui dit qu'il n'avoit plus rien à lui montrer. Marais qui aimoit passionnément la Viole, voulut cependant profiter encore du sçavoir de son Maître, pour se perfectionner dans cet Instrument ; & comme il avoit quelque accès dans sa maison, il prenoit le tems en été que Sainte-Colombe étoit dans son jardin enfermé dans un petit cabinet de planches, qu'il avoit pratiqué sur les branches d'un mûrier, afin d'y jouer plus tranquillement & plus délicieusement de la viole. Marais se glissoit sous ce cabinet ; il y entendoit son Maître, & profitoit de quelques passages & de quelques coups d'archets particuliers que les Maîtres de l'Art aiment à se conserver ; mais cela ne dura pas longtems, Sainte-Colombe s'en étant apperçu & s'étant mis sur ses gardes pour n'estre plus entendu par son élève. »
On raconte également qu'il souffrait d'hallucinations. La chose est crédible : les rares détails que nous connaissont de sa vie montrent une personnalité probablement pathologique, et l'ascétisme tel qu'il semblait le pratiquer est un facteur connu pour déclencher des transes et des hallucinations en tous genres.
Si nous savons aujourd'hui à quoi ressemble sa musique, c'est uniquement parce qu'un musicologue, qui inventoriait le contenu de la bibliothèque privée de feu Alfred Cortot en 1966, a mis la main sur le manuscrit original de soixante-sept Concerts à deux violes esgales du Sieur Sainte-Colombe. Dix ans plus tard, les célèbres violistes Jordi Savall et Wieland Kuijken enregistreront les pièces les plus intéressantes ; et une intégrale vient de paraître, en quatre CD. Je vous propose d'écouter le début du Concert XXVII, intitulé Bourrasque :
Austère, non ? Justement, c'est que ce j'adore... Mais la chose la plus importante en musique (voire peut-être même dans toute discipline artistique), c'est la forme. Et justement, en matière de forme, il y aurait bien des choses à dire sur ces soixante-sept concerts.
A grande échelle, on est en présence de classiques suites à la française, c'est à dire d'une succession de danses savantes jouées enchaînées. On reconnait sans peine ballets, sarabandes, gavotes, passacailles, gigues, menuets, courantes, et autre bourrées. Mais c'est à petite échelle que les choses deviennent intéressantes. Car il est bien établit depuis le Moyen-Age (en gros) que ces danses respectent des formes assez strictes ; on a typiquement des formes du genre ABA (un premier thème A, un second thème B, puis retour du thème A), ou bien des formes du genre AAA'A' (un premier thème A répété deux fois, puis une imitation - en général à la quinte - de ce thème A, répétée elle aussi deux fois).
Chez Monsieur de Sainte-Colombe, rien de tout cela. A petite échelle, il n'y a pas de forme. On a l'impression d'une musique improvisée, qui évolue sans cesse, pratiquement sans jamais se répéter. On est toujours surpris. A chaque instant, de nouveaux thèmes, de nouvelles ornementations apparaissent, puis disparaissent sans jamais revenir. Il se passe toujours quelque chose. Je vais faire un grand écart (qui va probablement me valoir les foudres de certains de mes lecteurs !), mais cette espèce d'athématisme (ou de monothématisme, comme on voudra) et de foisonnance musicale n'est pas sans me rappeler une certaine tendance de la musique du début du 20ème siècle, à commencer par Schönberg...