Persécutions

Cet article d'Agnès sur le parcours de quelques transsexuelles MtF est absolument édifiant. Je ne pensais pas que notre société exerçait une pression normative aussi forte, et avec l'appui de gens raisonnablement éduqués de surcroît : des médecins, des juges, des hommes politiques.

Déjà, je trouve incroyable que le transsexualisme soient encore catalogué parmi les maladies mentales. J'attends avec impatience les arguments qui justifieraient le bien fondé de cette mesure ; et je parle d'arguments sérieux, pas de considérations quasi mystiques (la science a parfois du mal à se débarrasser de Dieu) sur un soi-disant « ordre naturel » qui aurait créé les hommes et les femmes avec chacun leurs spécificités et que tout écart à cet état devrait être considéré comme pathologique, ou de jugements de valeur culturels (donc relatifs) sur le fait qu'un homme doit être un homme et une femme doit être une femme. Evelyn Hooker, reviens ! Certains n'ont toujours pas compris...

Mais le pire, ce sont les obstacles que l'administration française multiplie sur le parcours de ces personnes. Quelle peut bien être la justification à l'exigence d'être opéré pour obtenir un changement d'état civil ? On dirait qu'il ne suffit pas de vivre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 comme une femme, de s'habiller en femme, de se maquiller en femme, de porter un prénom féminin, il faut aussi se faire mutiler la bite ! C'est à dire que la féminisation de votre visage compte beaucoup moins que la féminisation de vos parties intimes alors qu'à ma connaissance, on voit bien plus souvent dans nos relations sociales le visage des individus que leur sexe. C'est complètement incohérent. Et bien sûr, tout cela doit être constaté par huissier, puisque les magistrats doivent juger sur pièce. Tiens, puisqu'on exige des transgenres qu'ils exhibent leurs organes génitaux pour avoir des papiers, je propose de généraliser la mesure. Vous voulez renouveler votre passeport ou votre carte d'identité ? À poil ! Après tout, il n'y a aucune raison de faire de la discrimination – et je suis certain que le surplus de travail amusera beaucoup les huissiers.

Et puis sur le fond, qu'est-ce que ça peut bien foutre à l'État qu'une personne soit homme ou femme, voire qu'une personne change de genre au cours de sa vie ? À l'extrême limite, si certains droits ou obligations étaient légalement et spécifiquement réservés à un genre, je comprendrais ; mais ce n'est pas le cas ou du moins, les très rares cas qui subsistent dans le code civil devraient être abrogés pour de simples raisons d'égalité des sexes. Après tout, il est parfaitement légal de changer radicalement d'apparence (coiffure, cosmétique, vêtements, voire chirurgie esthétique) et il est relativement facile de changer de nom d'usage ; alors pourquoi ce blocage sur le sexe ?

Encore plus que les homos, le vécu de ces transsexuelles confirme ce que j'ai déjà dit ici de nombreuses fois : l'hétérosexualité n'est pas une simple orientation sexuelle, c'est une idéologie politique oppressive.

Commentaires

  1. Condorcee – le 12/02/2009 à 12:40 – #
    Wé oh, ça dépend des hétéros hein?

    Ici encore en tout cas, je partage ton point de vue, et je suis choquée qu'on permette à un huissier (et qu'on oblige les intéressé(e)s à) d'établir ce type de constat! Cela rejoint mon argumentation au sujet de la possibilité pour un homme (ou une femme d'ailleurs même si ça ne pose pas les mêmes problèmes pratiques) d'exiger de son épouse qu'elle soit vierge lors du mariage. Cela reviendrait à autoriser le juge à exiger des preuves de cette virginité, ce qui me choque profondément.
    Il me semble que l'ordre public doit avoir certaines limites, et celle là en fait partie.

    La seule chose qui pourrait me faire dire un bémol sur le sujet (mais je ne le connais pas, donc je parle en grande partie dans le vide), c'est qu'il est nécessaire pour le (la) futur(e) opéré(e), d'être tout à fait certain(e) de sa volonté de changer de sexe, puisqu'il s'agit d'une opération définitive, et grave. Mais cela ne justifie en aucun cas qu'on exige une mutilation des parties génitales, ni que l'on fasse durer la procédure pendant trop longtemps!

    Le seul truc que je pige pas dans tout ça (mais c'est une toute autre question qui n'a pas à être prise en considération pour un changement de sexe), c'est comment peut-on vouloir être une femme (avec tous les inconvénients que cela implique socialement et "idéologiquement" en quelques sortes) lorsqu'on est un homme?! voilà qui ne manque jamais de me faire réfléchir...

    Je crois avoir compris que, comme l'homosexualité, ce n'est pas un choix, mais un fait. (et j'ajoute que j'ai observé il y a peu que Rufo parlait sans cesse de "choix" s'agissant d'homosexualité, ce qui n'a pas manqué de m'horripiler)

    Bon bref, j'en reviens toujours à la même chose: Pascal, président! ;-)
  2. Condorcee – le 12/02/2009 à 13:35 – #
    Oups, je me suis un peu emballée, et du coup je vais aller en sens inverse et être oppressante!

    Je n'avais pas compris que par "mutilation" tu entendais l'opération de changement de sexe, et je croyais qu'on exigeait, pour qu'elles accèdent à l'opération, qu'elles se soient mutilées au préalable (ce qui me surprenait mais je m'attends à tout; ça m'a renvoyé aux personnes qui souhaitent se faire amputer d'une jambe, dans les faits, on exige souvent d'elles qu'elles se soient mutilées avant d'accepter l'amputation, quand elle est acceptée, ce qui est très rare).
    De fait, je n'y avais pas songé en ces termes, mais même consentie et faite dans les règles de l'art, ça reste une mutilation.

    Je n'avais pas compris que tous les transexuels ne désiraient pas se faire opérer.
    Là pour le coup, je m'interroge: le sexe n'est-il pas l'essentiel de la définition de l'identité sexuelle?
    Pour ce qui me concerne, jusqu'à présent et en particulier quand j'évoquais la condition féminine, je me disais qu'au fond, la seule chose qui "devait" (à mon sens) différencier un homme d'une femme, c'était essentiellement son sexe, et que toute autre considération (comme la force par exemple mais ce n'est qu'un exemple) était ou du moins devrait être superflue.

    Sinon, quoi d'autre?
    Se sentir femme, ça correspond à quoi? A quelque chose de culturel donc? Je ne suis pas d'accord avec cette façon d'envisager les choses.

    C'est une question passionnante en tout cas, mais il semblerait que contrairement à ce que j'ai dit, je sois dans une idéologie "politique oppressive" de ce point de vue là.
    Autant je comprends qu'on puisse se sentir femme dans un corps d'homme et souhaiter être transformé, autant j'ai du mal à concevoir qu'une femme soit définie par autre chose que la biologie, pour cette simple raison que c'est remettre en cause l'égalité des sexes (telle que je la conçois en tout cas), et je ne suis pas encore prête à ça sans plus ample réflexion.

    Accepter/considérer qu'une femme peut être définie par autre chose que son sexe, c'est admettre des différences autres que biologiques suffisamment fondamentales pour considérer qu'elles n'ont pas les mêmes caractéristiques que l'homme, et personnellement, ça me choque.
    ça veut dire que oui, les femmes ont moins le sens de l'orientation que les hommes, etc. Alors que pour ma part, j'ai le sentiment que c'est une question culturelle (qui a peut-être fini par se transmettre au fil des générations selon les constatations de Darwin?) et non biologique "d'origine".

    Ainsi donc, je m'interroge en effet au sujet des trans qui ne souhaitent pas changer physiquement de sexe. Je conçois sans problème qu'on ait le sentiment de ne pas porter le bon sexe (et alors me direz-vous, c'est bien autre chose qui fait qu'on se "sent" femme; peut-être, faut que j'y réfléchisse), mais j'ai du mal à concevoir, si c'est le cas, qu'on ne souhaite pas en changer.

    Pour quelle raison? Si c'est la peur de l'opération ça se conçoit très bien, et ça me paraît cohérent, mais alors en effet, se pose la question de l'état civil, à laquelle je suis incapable de répondre.
    Si c'est pour une autre raison, ça mérite une réflexion approfondie, et surtout, des témoignages supplémentaires...
  3. RomainBsite – le 12/02/2009 à 13:41 – #
    J'aime beaucoup ta conclusion même si heureusement, la plupart des hétéros ne sauraient être d'affreux politiciens oppressifs ;-)
  4. Moktaramasite – le 12/02/2009 à 18:55 – #
    La conclusion est peut-être un chouia généralisante, non ?

    Cela reviendrait à affirmer que l'homosexualité n'est pas seulement une orientation sexuelle, mais aussi une idéologie politique réprimée.

    J'ai du mal à voir en quoi c'est l'hétérosexualité qui est spécifiquement et strictement cause de ces incroyables obstacles posés au changement de sexe dans l'état-civil, même si cela fait indiscutablement partie du décor. J'aurais tendance à attribuer cela à l'intolérance et à l'étroitesse d'esprit (par rapport à une "norme" qui serait l'hétérosexualité dans ce cas-ci) , et que je sache celles-ci ne sont pas exclusivement rencontrées chez les hétérosexuels.
  5. Kozlikasite – le 12/02/2009 à 19:40 – #
    Merci pour le lien vers l'article d'Agnès et merci pour ce billet avec lequel je suis en tous points d'accord, Pascal...

    ... conclusion exclue (l'hétérosexualité n'est pas plus un choix de vie ou une orientation politique que l'homosexualité ou le transgenre) mais tu parlais sans doute des hétéros linuxiens ?
  6. Pascalsite – le 12/02/2009 à 19:44 – #
    >Condorcee: Le problème est qu'il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, certains culturels, certains biologiques, certains sur lesquels on a prise, certains sur lesquels on n'a pas prise : le bagage chromosomique, la façon d'être, son rapport aux autres, le sexe vers lequel on est attiré, sa culture, j'en passe. Le fait de se sentir homme ou femme est la résultante du vécu et de l'intégration de tous ces paramètres par la personne.

    Chez la plupart des gens, tout correspond et aucune question ne se pose. Chez certains, tout ne correspond pas et il faut faire avec... Par exemple, j'ai lu le témoignage d'une transexuelle qui ne s'était pas faite opérée parce que l'idée de "pénétrer" son partenaire faisait partie des fantasme dont elle avait besoin pour se sentir sexuellement épanouie. Mais elle ne s'en sentait pas moins femme pour tout un tas d'autres raisons par ailleurs.

    En fait, ce qui est idéologique (et accessoirement oppressif) c'est de considérer qu'il y a des hommes, des femmes, et que tout le monde sans exception doit rentrer dans l'une de ces deux cases. La réalité est que ce n'est pas le cas. (« Croire en l'existence de deux genres et en dépendre pour atteindre l'orgasme sexuel est la plus répandue des perversions » disait Pat Califia.)

    (Et accessoirement Rufo est con - oui c'est un peu brutal comme affirmation, mais ce n'est pas gratuit, c'est juste pas l'endroit pour que je développe !)

    >Moktarama & Kozlika: Bon, je vais développer, cette dernière phrase n'est manifestement pas claire. Ca va faire de la matière pour un prochain billet...
  7. Kozlikasite – le 12/02/2009 à 20:06 – #
    Je suis ta muse !
  8. Moktaramasite – le 12/02/2009 à 20:20 – #
    Pas de problème, j'attendrais un prochain billet :-)

    Et je ne serais pas contre un développement du pourquoi de la connerie de Rufo, j'ai l'impression que vous avez de la matière sur le sujet...
  9. Didiersite – le 12/02/2009 à 21:25 – #
    La politique et l'administration sont deux choses bien différentes. Côté politique c'est une question de non-volonté d'altérer des schémas déjà fragilisés d'une civilisation, ils sont naturellement terrorisés par la toujours possible régression. L'administration - française en particulier - en est encore au noir pour remplir les formulaires et à utiliser le normographe pour titrer les boites d'archives ou les classeurs... Très content
  10. Pascalsite – le 12/02/2009 à 22:08 – #
    Finalement, on ne va pas faire un billet mais plutôt un long commentaire, ça évitera de disperser la conversation !

    Bien sûr à la base, l'hétérosexualité est une simple orientation sexuelle, pas plus choisie que l'homosexualité ou le transsexualisme. Mais du fait qu'elle est très largement majoritaire, elle a depuis l'aube de l'humanité structuré nos sociétés, depuis nos institutions jusqu'aux modes vestimentaires en passant par les religions et le vocabulaire. C'est à ce titre qu'elle est devenue une idéologie politique oppressive, et ce n'est pas qu'une formule, chaque terme est important :

    * Politique : le sujet est bien politique, on parle d'organisation de la société, de structure de la famille, des rôles, droits et devoirs des individus, etc.

    * Idéologie : l'organisation sociale qui découle de l'hétérosexualité est idéologique : elle ne repose pas sur du réalisme (eh oui : le réel, c'est que tout le monde n'est pas hétéro...) et d'autres organisations seraient tout à fait possibles. N'importe quel discours qui tente de légitimer le modèle hétérosexuel est démontable, tout comme n'importe quel discours qui tente de légitimer un autre modèle : parce qu'on est bien dans le domaine des idées, pas dans celui des faits objectivables.

    * Oppressive : les structures sociales engendrées par l'hétérosexualité sont totalitaristes parce qu'elles supposent que le modèle hétérosexuel s'applique à *tout* et à *tous*. Nos cultures sont non seulement basées sur l'opposition homme/femme, mais aussi sur le fait qu'il n'y a pas de troisième alternative. Elles excluent toute autre possibilité, et si jamais une autre possibilité se présente quand même, c'est qu'elle est anormale, pathologique, inacceptable, etc., et il faut la corriger, à coup de psychothérapie, de bistouri ou de chambre à gaz selon les époques.

    On peut jouer à renverser le propos comme le fait Moktarama, ça ne me choque pas, mais je ne sais pas si c'est très pertinent. L'homosexualité n'est pas devenue un système politique : aucune société n'a basé ses structures et sa culture dessus. Elle reste donc principalement une simple orientation sexuelle, elle n'a pas été érigée en un ensemble de valeurs permettant de justifier l'état de la société et son corpus législatif. Et puis le terme "idéologique" n'a à mon avis pas le même sens du tout. Dans le cas de l'hétérosexualité, l'idéologie est qu'il n'existe que des hétéros (c'est idéologique parce que c'est faux) alors que dans le cas de l'homosexualité, l'idéologie serait plutôt que l'homosexualité est acceptable (c'est idéologique parce que c'est non démontrable de façon absolue).

    À propos de la généralisation, je comprends qu'elle choque (tout comme Alexia avait choqué en caricaturant les hétéros) mais ce n'est que le pendant exact des propos d'Aymé Césaire sur le racisme : peut-être que *ce* Blanc n'est pas raciste, mais ça ne change rien au fait que *les* Blancs ont mis en place l'esclavage (ça marche aussi pour plein d'autre choses : cet Allemand vs. les Allemands pour l'administration nazie, cet Américain vs. les Américains pour le génocide des Indiens, etc.)

    Ce que ça veut dire, c'est qu'on est condamné à assumer les conneries de ses semblables, au moins pendant une courte période, le temps que les conflits soit digérés. C'est aussi injuste qu'inévitable, mais il suffit souvent de faire un effort d'explication... (Je suis souvent confronté à ce problème du fait de mon origine juive : c'est plus d'une fois qu'on m'a reproché des décisions politiques prises par le gouvernement israélien, comme s'il coulait de source que j'étais obligatoirement d'accord avec.) Le jour où les hétéros homophiles seront assez majoritaires pour faire changer les choses et pour noyer les homophobes dans la masse, j'arrêterai de faire l'amalgame...
  11. shayalonesite – le 12/02/2009 à 23:12 – #
    allez, je fous les pieds dans le plat, je vais être volontairement exagérée, c'est pour aller plus vite, quelques reflexions qui me viennent vu que les distinctions sexe-genre, c'est une bonne partie de ma thèse...
    C'est quoi se sentir homme ou femme, ça se définit comment?
    Si on peut "vivre en femme", i.e. être reconnue comme telle,sans passer par la chirurgie, pourquoi avoir *besoin* de passer par l'état civil?
    S'il y a des femmes à bites et des hommes à chattes, à quoi ça sert le sexe?
    Pour la psychiatrisation, s'il n'y avait pas de demande de réassignement sexuel, elle tomberait d'elle-même, ça ne sert qu'à ça. Eviter qu'on mutile les gens dès qu'ils le demandent, sans avoir vérifié qu'ils y ont bien réflechi (parce que non, parfois, c'est pas le cas) ce qui n'est pas vraiment le boulot du chirurgien qui aime bien être "couvert". Alors peut-être que tous les trans en fait ne veulent pas de réassignement sexuel, mais je ne crois pas.
    Accessoirement, les articles récents dans le monde des trés méchantes personnes auxquelles j'appartiens parlent plutôt de donner des traitements hormonaux le plus tôt possible pour eviter le calvaire de la puberté, permettre aux gens de vivre dans le sexe qu'ils souhaitent, de faire l'expérience dans la vraie vie dans leur genre et eviter justement toutes les conséquences en terme de rejet, violence, marginalisation, prostitution qui sont encore une réalité pour de trop nombreux et surtout nombreuses "trans". Ca n'efface certes pas ce qui a été fait avant, mais bon, aujourd'hui, c'est là qu'on en est.
    Alors voilà, au final, on voudrait faire disparaitre le sexe qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Et là, merde, comment que je ferais pour me définir lesbienne?
    C'est là toute la transgression contenue dans les revendications de certain-e-s trans, alors que d'autres trans voudraient au contraire rentrer "dans le moule", mais pas pour le faire exploser.
    Après, en fait, je n'ai pas d'avis, partagée que je suis entre maintenir mes petits repères rassurants et faire une place à chacun-e dans ce bas monde...
  12. Stéphaniesite – le 12/02/2009 à 23:36 – #
    Heuu oui mais d'un autre côté, tu n'es peut-être pas obligé de le faire l'amalgame, non ?
    Parce que si je te suis sur cette voie : tous les homos sont des folles qui se déguisent, les lesbiennes sont des nanas baraquées aux cheveux courts et j'en passe... non, là pour le coup, je ne suis pas d'accord de mettre tous les chats dans le même panier même si je comprends le cheminement de ta pensée, je la trouve sectaire, voire dangereuse.
    Les hétéros n’ont jamais demandé ou cherché à être majoritaire que je sache.
    Finalement la meilleure chose serait de cesser de nommer les sexualités : tu t’envoies en l’air avec qui tu veux, point barre.
    On cesserait peut-être alors d’en parler, un peu comme cette idiotie de « journée de la femme ».
    C’est le jour où il n’y en aura plus qu’être femme, homo, hétéro ou autre sera enfin banal.
  13. Pascalsite – le 13/02/2009 à 00:16 – #
    >shayalone: Bah je ne trouve pas que tu mettes les pieds dans le plat, je suis plutôt d'accord avec toi en fait. Mon sentiment personnel sur quelques unes de tes "questions" :

    "C'est quoi se sentir homme ou femme, ça se définit comment?" Je n'en ai pas une idée très précise à vrai dire, mais je ne trouve pas que le sujet soit important. Comme je le disais à Condorcee ci-dessus, je pense que c'est un ensemble très vaste de choses et qui dépend du vécu de chacun. Le vrai problème n'est pas à mon avis de définir ce qu'est un homme ou une femme, mais plutôt qu'on impose à tout le monde une seule et unique définition universelle (ie : avoir ou non une bite).

    "Si on peut vivre en femme, i.e. être reconnue comme telle,sans passer par la chirurgie, pourquoi avoir besoin de passer par l'état civil?" La chirurgie règle un problème intime, l'état civil règle un problème "extime" : dans la vie sociale courante, on a plus souvent besoin de donner son vrai prénom légal que de montrer ses organes génitaux à des inconnus !

    Pour la psychiatrisation, on ne parle pas de la même chose. Je ne critique pas la psychiatrisation qui sert à s'assurer du bien fondé des demandes de réassignation (au contraire, ça me parait comme toi indispensable) ; je critique la psychiatrisation qui classe le transsexualisme parmi les pathologies. Et tu as raison, la prise en charge moderne est tout à fait correcte, le problème est que si j'en juge par les témoignages que je peux lire à droite et à gauche, il existe encore beaucoup de psy passséistes sur la question. (Et en la matière, j'ai bien peur que la France soit assez à la traîne.) Dans le lien que je donne, il y a par exemple une des trans qui explique que certains toubibs prescrivent des THS dangereux.

    "au final, on voudrait faire disparaitre le sexe qu'on ne s'y prendrait pas autrement" (je suppose que par "sexe", tu veux dire "genre" ?) Pour ma part, il n'est pas question de faire disparaitre le genre dans l'absolu, ou d'affirmer une égalité des sexes tellement extrême qu'elle en ferait disparaitre la distinction homme/femme. Il est juste question de faire disparaitre le sexe de la loi. Non mais c'est vrai, je n'ai jamais eu à indiquer ma couleur de cheveux dans aucun formulaire administratif, pourquoi devrais-je y indiquer mon sexe ???

    >Stéphanie: Bien sûr que si, on est obligé de faire l'amalgame. Tout comme pour la mise en place de l'esclavage par les Blancs ou comme pour l'élection d'Hitler par les Allemands, on ne peut accuser personne en particulier mais on ne peut pas non plus se contenter de dire que ce n'est de la faute de personne. C'est bien un problème de responsabilité collective. Que ça vous plaise ou non, les hétéros ont mis en place une société homophobe ; ne me reprochez pas de le dire, aidez-nous plutôt à faire en sorte que ça change.
  14. Moktaramasite – le 13/02/2009 à 02:15 – #
    @Pascal :

    Je comprends l'argument de la généralisation, pour autant je ne l'accepte pas. Et j'essaie au possible de ne pas le faire au quotidien, même si il est dur d'y échapper (et le cerveau humain tend particulièrement dans son fonctionnement à cela, généraliser/catégoriser/regrouper/comparer) .

    Rien de plus énervant pour un allemand de 20 ans que de se voir reprocher la shoah au début de toute conversation avec un inconnu à l'étranger, comme ce doit l'être pour les français juifs de voir toute conversation en venir à la politique israëlienne en ce moment.

    Accepter la généralisation, si ce peut être efficace lors de la défense d'un point de vue, est souvent inacceptable dans le cadre d'une démonstration, politique ou non. C'est d'ailleurs ce qui est reproché aux innombrables préjugés humains , ou dans l'expression permanente du militantisme dans leurs propos pour certains. Ainsi, votre petite explication de texte (ainsi que la majeure partie de l'article) est bien plus intéressante que votre abrupte conclusion. C'est la différence entre la généralisation et son refus.

    Pour le reste, je suis plutôt d'accord avec vos explications, et à titre personnel j'accepte le blâme général d'homophobie :-) (parmi de très nombreux autres vu la forte imprégnation historique du pays) , même si je trouve triste qu'elle soit si courante. M'enfin, pour être positif, je n'ai pas l'impression (attention, je vais généraliser :-) ) que les jeunes générations soient particulièrement homophobes malgré la persistance des innombrables abus de langage (mais on désigne toujours un imbécile en le traitant de con, alors...) et de la violence psychique exercée à l'adolescence envers tout individu jugé non conforme à une norme sociale très étroite à cet âge. Ni homophiles par ailleurs, mais les hétéros ne demandent pas (plus) aux homos d'être hétérophile, même si l'énorme inertie sociétale fait que ça va mettre quelques dizaines d'années (plus ou moins selon votre action, effectivement) pour être totalement intégré dans la norme sociale (ou alors l'homme apprendra à fonctionner sans se soucier des normes sociales, et nous coloniseront mars tout en réglant le problème du réchauffement climatique) .

    PS : au sujet de la généralisation, je m'excuse pour avoir été péremptoire et peu rigoureux dans un commentaire déposé sous un article précédent, dont je n'ai plus le sujet en tête. D'un autre côté, je m'étais vertement fait renvoyer dans mes cordes :-)
  15. le ronciersite – le 13/02/2009 à 16:14 – #
    J'aime bien ce que tu dis, Pascal. Effectivement, ça me rappelle un billet de la préhistoire française des blogs entre Alexia et des hétéros.

    C'est drôle comme personne n'aime se faire mettre le nez dans le pipi et que le méchant, c'est toujours l'autre. En attendant, les avancés sociales concernant les pédés, on les doit pas à la mobilisation des hétéros.

    Mais vous en faites donc pas, bande de nouilles hétéros, on vous aime quand même. (enfin, pas tous.)

    Ça m'a épuisé de prendre part à cette discussion éternellement recommencée. Bon courage, Pascal. :)
  16. Kozlikasite – le 13/02/2009 à 18:00 – #
    Dans le sens où tu l'expliques, Pascal, sont tout aussi vraies les assertions :
    - l'hétérosexualité n'est pas une simple orientation sexuelle, c'est une idéologie politique oppressive ;
    - la masculinité n'est pas une simple appartenance à un genre, c'est une idéologie politique oppressive.

    On peut partager les nez dans nos pipis, Charles, je veux bien mettre le nez dans le mien ;-)

    La phallocratie n'est certainement pas due au fait que les hommes seraient majoritaires et je ne pense pas que ce soit le cas pour hétérosexualité/homosexualité non plus. Je n'ai pas de raisonnement construit à ce sujet, mais cette explication que tu donnes, Pascal, ne me satisfait pas. Ça n'est pas une question de minorité/majorité selon moi, ça tient à un modèle organisationnel fortement hiérarchique de la société autour de la famille avec son chef et de la reproduction comme seul but admissible de la sexualité. Ce que je crains c'est qu'en plaçant le curseur à "les hétéros" ou "les hommes" ou "les blancs" on perde de vue que « l'ennemi » est ailleurs... et qu'il nous est commun.
  17. gildasite – le 14/02/2009 à 16:28 – #
    En tout point d'accord avec Kozlika ... et également avec ton billet, sauf effectivement cette phrase généralisatrice un brin ambigüe. La place de la femme hétérosexuelle dans le modèle patriarcal encore dominant n'est pas non plus des plus confortable.

    Ce qui arrive aussi c'est qu'on peut également se sentir parfaitement à l'aise dans son corps tel qu'il est et ne pas être en phase avec le rôle traditionnel dévolu au genre auquel on appartient. Je ne vois pas du tout pourquoi le fait d'être une femme devrait automatiquement donner envie de se percher sur des talons et de se grimer. Pas plus que celui d'être un homme n'offre forcément l'aptitude d'aimer le football. Euh...
    C'est la société dans son ensemble qui tend à être normative (et encore par ici on n'est pas les plus à plaindre).
  18. Didiersite – le 15/02/2009 à 01:43 – #
    J'ai pas compris le tiers de cet extrait Tout rouge mais je me dis qu'il doit y avoir quelques pistes sur le sujet :

    "On peut faire ainsi un petit détour sur la notion mystérieuse de pouvoir politique pour comprendre pourquoi la naissance de l’Etat-père, à la fin des théocraties, est restée cachée et non analysée parce qu'illégitime ; en effet, il est intéressant d'analyser sous quelles modalités subtiles, indélicates et infracliniques, le père étatique actuel (l'Etat et/ou les pouvoirs techno-politiques contemporains), pérennise depuis plusieurs milliers d'années sa puissance phalloïde ascendante.
    Pour instrumentaliser ce processus qui est resté longtemps secret, l'Etat a interdit tout au long de la période historique et interdit toujours aujourd'hui plus que jamais, intentionnellement et furtivement, la conscientisation symbolique avancée (ou prescrit la non-conscientisation) de certains secteurs identitaires stratégiques des citoyens (de leur identité mortuaire, de leur identité temporelle, de leur identité sexuelle, de leur identité politique, de leur identité patrimoniale, de leur identité guerrière, de leur identité sacrificielle, de leur identité incestueuse, de leur identité amoureuse et conjugale, de leur identité coloniale, de leur identité criminelle...), tout en contrôlant totalitairement l'ensemble de leurs pulsions à la fois en hyperbolisant les avatars pulsionnels dérivés de la pulsion générique de mort et à la fois en inhibant les pulsions d'évolution et de sublimation dérivées de la pulsion générique de vie (pulsions de dégagement en psychanalyse, pulsions de résilience en psychologie sociale, pulsions de coping en psychiatrie, etc.).

    L'article "indigeste" complet se trouvant ici : http://psychamarx.blogspot.com/2006/07/le-concept-freudo-marxiste-censure-de.html semble être un concept à part entière auquel il semble difficile d'adhérer tel-quel. Hein ?
  19. Arnaud Seldonsite – le 16/02/2009 à 06:41 – #
    Toute cette discussion me trouble au plus haut point. Je ne suis toujours pas parvenu à trancher dans un sens ou dans l'autre. Quelque chose me gêne intrinsèquement dans tout cela.

    En fait, toutes ces réflexions me font songer aux "queer studies" qui ont beaucoup de succès Outre Atlantique. Sur ces hommes couchant avec des femmes et qui se définissent "lesbiens". Sur ces hommes couchant avec des hommes mais qui se définissent "homosexuels". Sur ces femmes qui expriment le souhait d'être considérées comme des "hommes" mais qui demeurent biologiquement "femmes".

    Je comprends la thématique. Elle me semble naître sur le terrain de la revendication des individualités : "Moi, homosexuel, je ne suis pas comme les autres homosexuels, j'ai une particularité : je suis transexuel." Puis, "Moi, transexuel, je ne suis pas comme les autres transexuel, je ne souhaite pas être opéré." Puis, "Moi, homosexuel, je ne suis pas comme les autres homosexuels, je ne souhaite pas être appelé ainsi mais hétérosexuel".

    En fait, dans toutes ces discussions, ce qui m'intrigue (et que je ne parviens toujours pas à trancher) c'est de savoir à partir de quel moment on "sort" de la démarche individuelle pour rejoindre celle du collectif.

    Vous me direz, c'est ce qui se pose comme problème pour envisager l'existence de toute minorité : elles viennent remettre en question des définitions générales et universelles par leur particularisme.

    Seulement, si on affine les particularités identitaires en élargissant et/ou restreignant les définitions (selon les cas), ne risque-t-on pas à force d'effacer tous les repères sociaux et linguistiques ?

    Je veux dire : si l'appartenance sexuelle ne repose plus sur des critères "objectifs" (comme celui de l'apparence biologique d'un sexe) - un critère absurde, si on y réfléchit bien, je suis d'accord - mais qu'on définit cette appartenance sur une déclaration d'intention, on en arrive à des concepts vidés de sens. C'est-à-dire que n'importe qui va pouvoir se définir n'importe comment, sans que cela ait pour autant le moindre sens. Comme ce phénomène montant d'hommes couchant avec des femmes qui se définissent comme "lesbiens". Ou de ces hommes couchant avec des hommes qui se définissent pourtant comme "hétérosexuels".

    En clair : on viderait les concepts sociaux structurants de leurs sens.

    Et faute de majorité ou de minorités, il ne resterait alors plus de la société des hommes qu'une masse informe d'individualités qui se répondraient toutes les unes les autres en écho sans se comprendre, dans une dissonance généralisée, où chaque individu affirmerait par lui-même et pour lui-même une appartenance à une communauté dont il serait le seul membre.

    Quand je dis tout ça, je ne le dis pas avec méchanceté, ni foncièrement avec une volonté réactionnaire (à moins qu'elle soit involontaire et inconsciente, ce qui est très possible, finalement). Et j'avoue que cet état d'individualités coupées les unes des autres m'angoisse complètement.

    Ce qui me trouble, cependant, et qui fait que je n'arrive pas à trancher tient à trois choses, en contradiction (et en balance) avec ce que je viens d'exprimer :
    - 1) le fait est que je ne peux pas nier que des individus souffrent de leurs "différences" ;
    - 2) du fait que je suis homo, il serait schizophrène de revendiquer une reconnaissance sociale de l'homosexualité tout en étant inquiet des implications sociales des revendications identitaires individuelles (en même temps, nul n'est à l'abris de contradictions) ;
    - 3) j'aimerais avoir plus d'ouverture d'esprit que je ne l'ai actuellement (je suis peut-être un réactionnaire qui a honte de l'être ou qui aimerait ne pas l'être ?).

    Tout ça m'embête, vraiment. Si vous avez une idée pour m'aider... ?
  20. le ronciersite – le 16/02/2009 à 11:27 – #
    Fou la la j'ai un peu trop attendu pour revenir voir les réponses, J'arrive après la bataille :) mais juste :

    > Kozlika (<3) : En fait, je suis d'accord avec tes deux assertions. C'est la première phrase du bouquin "La pensée straight" de Monique Wittig (attaque par d'autre côté, par ailleurs) : l'hétérosexualité est un système politique basé sur l'oppression de la femme. Et je suis douloureusement conscient de participer tous les jours en tant qu'homme, à cette oppression. En tant que folle, je sais que la masculinité est aussi une construction sociale, valorisé quand elle s'attache à un homme et décriée quand elle se rapporte à une femme. On ne dit pas que les hétérosexuels sont des tyrans, on dit que l'hétérosexualité, telle qu'elle est imposée (l'exemple des trans), ressassée, valorisée (le mariage), vendue (la pub), propagandée, est un système politique. Et qu'il est pas joli. On ne parle pas, en tout cas moi, de rapports sexuels ou amoureux, entre un homme et une femme.

    Mais en fait tout ça, c'est de la rhétorique, ce qui m'intéresse, à mon petit niveau, c'est comment les esprits libres peuvent se créer des espaces de libertés dans une société oppressante. Et comment les gens choisissent (ou non) de se battre pour étendre ces espaces de libertés. S'interroger chaque jour si je parle différemment à une personne parce que c'est une femme ou un homme, arrêter d'utiliser enculé à tout bout de champ, envisager que ses enfants pourront avoir une orientation sexuelle alternative. Et se souvenir que la majorité n'existe pas, si ce n'est à travers l'ensemble des minorités.
  21. Pierre – le 17/02/2009 à 21:40 – #
    Le livre de Louis-Georges Tin :"L'invention de la culture hétérosexuelle" apporte des réponses à pas mal de questions soulevées ici...

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