Ennui estival et télévisuel
Dimanche 26 juillet 2009 à 12h21 (Ante diem III Idus Iulias MMDCCLXII ab urbe condita)
Eh bien, on n'est pas gâté par les séries télévisées américaines, pendant ces vacances. Fini Docteur House, certes scientifiquement discutable mais absolument hilarant, fini New York Unité Spéciale, certes sexuellement normatif mais admirablement réalisé. Place à Esprits Criminels et à The Eleventh Hour.
Dans mon panthéon personnel, je pense que Esprits Criminels est la plus mauvaise série du moment. La réalisation est sans intérêt. Les personnages sont archi-stéréotypés, genre le chef taciturne et très strict mais toujours juste ; le flic tête brûlé qu'on sent traumatisé par son enfance dans les banlieues difficiles mais qui s'en est sorti de justesse et qui ne respecte jamais les procédures mais ses supérieurs lui pardonnent parce que c'est pour la bonne cause ; le petit génie spécialiste en tout - absolument tout, de l'électronique à la chimie en passant par la médecine, la pharmacologie, la psychologie sociale ou l'astrologie chinoise ; la blonde à forte poitrine qui ne paie pas de mine mais qui n'a pas son pareil pour tenir un flingue et arrêter les criminels (ah, le fantasme hétéro de la she-male !). Les dialogues sont tellement banals qu'on les croirait copiés/collés depuis d'autres séries équivalentes, genre « je sais ce que vous éprouvez mais vous devez nous faire confiance » ou bien « ne me dis pas ce que je dois faire ! ». Les acteurs sont mono-expressifs pour la plupart et je pense qu'ils ont des pénalités salariales s'ils sourient. Le tout est garanti sans la moindre finesse, sans la moindre subtilité et sans le moindre humour.
Mais ce qui m'énerve le plus, c'est le déterminisme absolu qui pourrit tous les épisodes, du début à la fin. Ca commence par les innombrables maximes qui ponctuent tous les temps forts de l'action, genre William Faulkner a dit, Benjamin Franklin a écrit, Lao-Tseu a pensé. Je déteste les maximes et les proverbes. Dans mon monde, économiser la réflexion et l'analyse d'une situation complexe pour les remplacer par un comportement stéréotypé dicté par une phrase écrite 200 ans plus tôt n'est définitivement pas une preuve d'intelligence. Et puis il y a le déterminisme de la psychologie. Car sachez-le, dans cette série, la psychologie est une science exacte ! Le simple examen d'une scène de crime permet de reconstruire intégralement toute la personnalité du tueur, mieux, cela permet même de récolter des indices sur son passé ! « Ah, la victime a été décapitée, c'est parce que le tueur a été blessé à la tête par sa mère lorsqu'il avait 7 ans. Recherchez dans les hôpitaux de la région tous les enfants de cet âge qui ont été admis pour un trauma crânien entre 1983 et 1985 ! » En même temps ça ne m'étonne pas, les américains ont toujours eu du mal à admettre que l'être humain n'était pas déterministe. Ce n'est pas un hasard s'ils sont les auteurs du DSM IV ou s'ils utilisent le détecteur de mensonge.
Je crois que The Eleventh Hour est moins pire. Déjà, le concept : un scientifique qui aide le FBI sur des enquêtes aux limites du surnaturel. Mon. Dieu. Au. Secours. C'est tellement original et jamais vu. Mais ce n'est pas ma principale critique. Le vrai problème avec cette série, c'est que les scénaristes racontent absolument n'importe quoi. Par exemple, pas plus tard que dans l'épisode d'hier, le héros utilisait une simple loupe binoculaire pour identifier un virus. Facile : dans cette série, les virus sont plus gros que les globules rouges et ils ont une couleur qui tranche bien, donc on les distingue nettement dans les échantillons de sang ! Bon, certes, on est censé naviguer aux frontières de l'anticipation ; mais ce n'est pas une raison pour en oublier tout sens commun, ce n'est pas une raison pour nous faire un deus ex machina chaque fois que le héros est en posture difficile.
À mon avis, une histoire surnaturelle est d'autant plus réussie et captivante que sa partie non-surnaturelle est crédible et cohérente. Si dès le départ, le parti pris est que tout peut arriver, c'est sûrement plus facile pour le scénariste vu qu'il peut se passer de toute contrainte de cohérence (aussi bien interne qu'externe), mais ça m'emmerde. Je trouve infiniment plus élégant que le gros de l'histoire se passe dans notre monde réel. Ca rend les quelques éléments surnaturels plus proches, plus possibles, plus palpables ; on a davantage le frisson que oui, c'est à portée, oui, ça pourrait arriver. Mais évidemment, ça demande de bons scénaristes.
Bref. Vivement la rentrée et le retour des séries habituelles. Heureusement qu'il y a Fort Boyard, son présentateur sexy et ses jeunes candidats musculeux en t-shirts moulants pour fantasmer un peu pendant l'été. Mais ce sera probablement le sujet d'un prochain billet...


Commentaires
– Chef, on a un problème !
– Quoi encore ? Tu vois pas que j'essaie de finir mon mug de café depuis une demi-heure et que je suis sans cesse dérangé par des excités dans ton genre ? Allez vas-y, maintenant que tu es là, accouche.
– Le blogueur que je sentais pas là, celui qui parle latin…
– Ah oui, tu me bassines avec ce gars depuis des mois. Eh bien ?
– Eh bien chef, je crois qu'on va pouvoir le coincer ; il a commis une erreur de débutant.
– Ah ?
– Oui chef, regardez son post du jour !
– Euh oui et bien ? J'vois pas ce qui te tracasse dans ce billet.
– Il annonce un meurtre chef !
– Un meurtre ? Dis, les stocks de dope que tu saisis, tu en fais quoi ? Tu les consommes ou bien ?
– Mais regardez chef, le deuxième paragraphe !
– …
– Vous ne voyez rien ?
– Ben il trouve Mary Lou bien gaulée mais sinon, j'vois pas.
– La conjugaison chef ! Vous ne voyez pas qu'il a fait une faute ?
– Boah tu sais moi la conjugaison, à part entre bière et picon pour faire un apéro, ça m'intéresse pas des masses. C'est le rayon des flics scientifiques ça.
– Bon chef, croyez-moi sur parole, il a fait une faute de conjugaison. C'est justement Vince qui m'a alerté là-dessus. On peut faire confiance à Vince, rien ne lui échappe dès qu'il s'agit d'indices psychologiques.
– OK. Il
(mirde cliqué sur envoyer par erreur !) Bon tant pis je continue)
– OK. Il a fait une faute. Et alors ?
– Et alors chef, ce type parle latin !
– Euh... c'est une faute en latin ?
– Mais non chef ! (Je ne devrais jamais venir vous voir avant votre dixième café.) Mais l'erreur est trop grossière, ça *ne peut pas* être une erreur.
– Et donc ?
– Et donc, fouillez les archives. Il a dit il y a quelques mois que le prochain qui lui signale une faute dans un de ses billets il le liquide.
– Ah ?
– Oui chef. Et là c'est clair : il provoque. On est le 26 juillet et vu son horoscope il est en plein dans son cadran sanguin. Il cherche une victime, c'est clair et net !
– Nom de Dieu, je crois que tu as encore une fois raison, petit. Appelle les autres, on y va. On demandera une commission rogatoire en chemin. Et n'oublie pas ton arme cette fois !
Tuddudut, tududuut. Générique de début.
Je suis bien d'accord avec "À mon avis, une histoire surnaturelle est d'autant plus réussie et captivante que sa partie non-surnaturelle est crédible et cohérente.". C'est pour ça que je ne me lasse pas d'un Stephen King par exemple. La partie surnaturelle n'est jamais la plus importante, il ne cherche jamais à l'expliquer par une pseudo explication scientifique à 2 balles, et la partie non-surnaturelle parait tellement réelle, qu'après tout pourquoi ne serait-ce pas le cas de la partie non-surnaturelle !
Pour moi aussi la science-fiction c'est oui, mais avec subtilité !
Hé hé hé, le commentaire de Kozlika à lui seul vaut un post !!!
L'été c'est fait pour se détendre et se reposer le cerveau hein !
Et tu as besoin d'écrire tout ça pour parler d'un truc pas intéressant ??.. tu as écrit plus long que le scénario de la saison 1 et 2 réunies !! ;-)
Je suis surpris que tu ne parles pas de Fringe... Bon, certes, c'est un tout petit peu plus original, puisque ce sont 2 scientifiques (père et fils) qui aident une nana du FBI...
Sinon, les "fait" scientifiques sont encore plus tirés par les cheveux que dans ta série (je m'avance, je ne l'ai pas vue) et il y a un petit côté théorie du complot en plus...
Cela dit, je la regarde, mais comme on regarde "Independance Day" avec l'idée du virus informatique pour tuer les Aliens...
Là, Pascal, Kozlika t'a coincer. Tu ne peux plus décemment rétablir en douce l'orthographe correcte, il te faut conserver cette marque d'infamie.
Moi, je dis : "Kozlika, elle est trop forte !" Mais ça, c'est pas un scoop !
Je me doutais bien qu'un billet serait proposé au sujet d'Esprits criminels... Je le sentais !
(Merci à Kozlika, chuis mort de rire ! mais chuis ressuscité peu après !)
Ah ah ! J'avais pas fait une faute de conjugaison dans le 2ème paragraphe, j'en avais fait deux. Ca fout en l'air toute ta théorie, ça, hein, ma petite Koz' ! On ne me piège pas aussi facilement, moi !
Oui oui, d'abord l'appât (la faute d'accord grammatical), léger, discret, oubliable, mais qui installe un climat de mailaise, puis l'hameçon (la faute de conjugaison). Et là crac ! Crise cardiaque du lecteur !
(Je me pose des questions sur le malaise vagal de notre princident survenu une petite heure après la publication de ce billet...)
Je signale aux incultes que « un climat de mailaise » se dit d'un sentiment de malaise qu'on ressent à la lecture d'un mail. Par extension, cela peut s'appliquer à toute lecture depuis son ordinateur, notamment le web.
Et là, c'est une pro qui vous parle ! Pffff … je me sens moins con ce soir … mais j'ai un doute pourtant ;-)
Je ne sais rien des séries dont il est question mais je sais que j'ai bien ri en lisant ton billet + les commentaires. :-)
J'ai fini par les trouver ces deux fautes, enfin, j'espère que ce sont les bonnes... Au niveau des séries, je signale la réapparition aléatoire, sur la 3, de NYPD Blues que j'aime bien. C'est une série qui se mérite...
D’un autre côté quand on sait qu’un ancien acteur des Feux de l’Amour joue dans Esprits Criminels, il ne faut pas s’étonner.
Comme Christophe, je me demande quel est ton avis sur Fringe (TF1) mais aussi Damages (M6).
Perso, j’attends le retour d’Heros et de Grey’s anatomy (ce dernier c’est pour arroser mon cœur d’artichaut) et les nouveaux épisodes de New-York Section criminelle avec Vincent D'Onofrio.
Les derniers de House ne devraient plus tarder : ils sont déjà passés à la télévision belge.
Pas trop d'avis sur Fringe. J'ai vu 2 ou 3 épisodes, j'ai bien aimé l'ambiance un peu glauque, mais j'ai pas accroché plus que ça. J'ai du mal à supporter le personnage récurrent au cinéma et à la télévision de la caricature du scientifique fou.
>RPH: Ca m'inquiète un peu que tu aies trouvé les 2 fautes, parce que normalement elles sont corrigées depuis longtemps !
Ah ben pourtant il me semble aussi avoir repéré un truc qui pourrait en plus être un indice assez clair de la façon dont va mourir la prochaine victime…
Ben où qu'il est le dernier billet parlant de plage et de lune ?
"Les dialogues sont tellement banals": d'après mon Larousse universel en deux volumes de 1922 on devrait plutôt dire "banaux".
"le flic tête brûlé" , ça devait plutôt être "brûlée". Bon voilà...
Non banaux ne s'emploie que dans le sens qu'avait ce mot au Moyen Âge (fours banaux par exemple). Sinon c'est banal(e)s.
Reste donc la seconde faute pour un crime pas banal…
"En même temps ça ne m'étonne pas, les américains ont toujours eu du mal à admettre que l'être humain n'était pas déterministe." Et les Français ne jurent que par le déterminisme social. Comme quoi...
Bon, je continue ma lecture, en plus je vois que les commentaires sont riches.
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