Big Brother
Vendredi 18 août 2006 à 8h49 (Nonis Augustis MMDCCLIX ab urbe condita)
Connaissez-vous le passe Navigo ? Il s'agit de la version high-tech du ticket de métro : une carte contenant un petit émetteur radio et un microprocesseur, et qu'il suffit de passer à proximité d'une borne spéciale pour se voir autoriser l'accès aux stations. Fini le ticket qu'il faut sortir de sa poche et insérer dans la fente ! Passer son sac ou la poche de sa veste où est rangé son Navigo à proximité d'une borne suffit. La RATP prétend que le principal intérêt de la chose est la rapidité, mais elle est trop modeste. En réalité, le système offre une multitude d'applications possibles, toutes plus réjouissantes les unes que les autres.
Imaginons que je sois un employé de la RATP frustré et aigri par quelques décennies de salaires minables à un poste inintéressant. Quoi de plus normal que de vouloir arrondir mes fins de mois, par exemple en commettant quelques menus cambriolages ? Avant, l'entreprise était hasardeuse, il fallait espionner les habitudes des victimes pendant de longues semaines pour déterminer l'heure la plus favorable à l'entreprise. Aujourd'hui, grâce à Navigo, tout est devenu bien plus simple ! Le système enregistre dans une base de données le nom, l'adresse, la photo, et tous les déplacements des clients. Il me suffit d'accéder à un terminal informatique du boulot, et hop ! En quelques requêtes, je sais si ma victime potentielle est actuellement dans les transports en commun ou non, et donc si j'ai le champ libre. Merci la RATP !
Imaginons que je sois employé aux Renseignements Généraux. Avant, pour établir la liste des participants à une réunion subversive quelconque, genre un congrès des Verts à la Mutualité, il fallait aller sur place, prendre discrètement des photographies, aller voir les potes de l'identification pour mettre un nom sur les visages... Je ne vous raconte pas le boulot. Aujourd'hui, grâce à Navigo, tout est devenu bien plus simple ! Sans bouger de mon bureau, je me connecte sur le système informatique de la RATP, et je demande le nom et l'adresse de toutes les personnes qui sont sorties à Cardinal-Lemoine dans l'heure qui a précédé le début de la réunion puis qui y sont réentrées dans l'heure qui a suivi la fin de la réunion. Et ça me donne même directement les photos des visages. Pratique, hein ? Merci la RATP !
Imaginons que je sois Ministre de l'Intérieur. Avant, pour expulser les sans-papiers, il fallait faire des contrôles d'identité dans la rue, au petit bonheur la chance, ce n'était pas discret et le rendement n'était pas terrible. Aujourd'hui, grâce à Navigo, tout est devenu bien plus simple ! Un simple recoupement entre le fichier des clients de la RATP et celui des cartes nationales d'identité, et j'obtiens immédiatement la liste des gens qui font quotidiennement le même trajet, donc probablement des travailleurs ou des étudiants stables, mais qui sont en situation irrégulière. De quoi cibler efficacement les contrôles de police, je vous le garantis. Merci la RATP !
Imaginons que je sois über-grand conducteur de notre glorieuse et supérieure nation. Avant, pour déporter les juifs, il fallait éplucher à la main le registre des cartes d'identité, puis organiser des rafles. Mein Gott, que c'était long et inefficace... D'ailleurs, la preuve : la dernière fois, on ne les a pas tous eus. Aujourd'hui, grâce à Navigo, tout est devenu bien plus simple, glücklich ! Il me suffit de désactiver sur une station très fréquentée, comme Châtelet-les-Halles, le passe de toutes les personnes se nommant Cohen, Levy ou Rosenberg, et hop. Quelques officiers bien placés suffisent alors pour arrêter tous ceux venant se plaindre de leur Navigo qui ne fonctionne plus. Merci la RATP !
Bref, tout ça pour dire que je vais résister et garder aussi longtemps que possible ma bonne vieille Carte Orange, certes lente et low-tech, mais ô combien anonyme. Oui, je sais, je suis légèrement paranoïaque. Mais parfois, il y a des paranoïas qui sont très salvatrices.


Commentaires
C'est bizarre, mais quand on tente d'exposer ces arguments à des amis, on passe vraiment pour un paranoïaque, comme lorsqu'on essaie d'expliquer que les pass navigo mettent les caissiers au chômage ( http://jeralebeaucoup.free.fr/dc/index.php?2005/09/23/21-navigo ) et rendent les stations de métro inhumaines au sens strict.
Alors la résistance de la Carte Orange s'impose...
Belle démonstration.
Résister oui, mais le jour où la RATP décide de supprimer la carte orange et d'imposer ce système ?
Nous sommes aussi repérés par nos téléphones portables, nos cartes bleues, la carte "vitale", les cartes de télépéage sur les autoroutes, les caméras dans les rues, et autres. Mais j'avoue que ce "pass" là, apparemment, c'est très fort !
Ton article est très intéressant et c'est loin de faire preuve d'une quelconque paranoïa. Comme l'évoque Ennairam, nous sommes deja de toute manière facilement repérable et identifiable très facilement. Si je peux me permettre, j'avais écrit cet article (http://www.romainb.net/blog/?2006/04/12/11-big-brother-is-watching-you) qui peut s'avérer être un complément au tien. A bientôt !
Est-ce que le système ne fonctionne pas déjà ainsi avec la carte orange? elle a une piste magnétique et est nominative, non? n'étant pas parisien, je ne suis pas sûr
Bon, pour avoir eu l'occasion de grenouiller sur le sujet et juste pour dire et rétablir certaines choses (on lit tellement de parano sur cette question alors que la réalité est bien plus décevante) :
- votre carte orange a également un numéro et je suis prêt à parier que vous la payez avec une carte bleue. Franchement, on peut vous tracer de façon quasi équivalente (quasi, effectivement, vous pouvez acheter la Carte orange de votre voisin et réciproquement.. mais disons qu'il y aura de fortes présomptions).
- il est possible (et c'est une obligation légale que de le proposer pour la RATP) d'acquérir des passe navigo qui soient anonymes (certes plus cher)
- on ne badge qu'à l'entrée sur le réseau, pas à la sortie : à la limite on sait où vous êtes entrés, pas du tout où vous sortez (sauf RER)
- il y a trois opérateurs de transport en Ile de France : RATP, SNCF et OPTILE (qui regroupe environ 80 entreprises). Et avant qu'ils se mettent d'accord pour s'échanger efficacement leurs données, il va vraiment se couler un paquet d'eau sous les ponts (en réalité, je pense que c'est vraiment un des points les plus bloquants à l'effet big brother, si un jour vous avez l'occasion de participer à une réunion où il faudrait que la sncf et la ratp se mettent d'accord, allez-y, ça vaut son pesant de cacahuètes. Et si un ministère de l'intérieur les inciteraient à se mettre d'accord, il est toujours possible de mettre assez de temps à se mettre d'accord pour que le ministre change)...
- enfin, les données sont stockées de deux façons (de mémoire, ça commence à être un peu vieux pour moi) :
1/ le détail des voyages sont stockés, mais le numéro de carte est transcodé (en gros on sait qu'une carte a effectué tels et tel voyage dans le mois, mais on ne peut pas la rattacher au fichier client - et ce transcodage est irréversible et l'algo change périodiquement (je suis plus tout à fait certain sur ce tout dernier point))
2/ des compteurs par badge : on sait que le passe du client machin a été utilisé 42 fois le mois dernier, mais on est incapable d'en avoir le détail des voyages.
(et recouper les deux éléments, c'est certainement envisageable dans une petite ville de province, avec 30 bus et 15 lignes, c'est complètement illusoire en ile de France)
voili voilou.
(c'est pas pour dire que tout est rose et que la dérive big brother est impossible, simplement, elle est encore franchement lointaine)
N'étant ni juif ni militant ni clandestin ni cambrioleur, j'ai la conscience tranquille dans la République telle qu'elle est.
Le lendemain de l'élection de Sarkozy, promis, je reviens au ticket, voire j'exige qu'on ressorte la poinçonneuse.
Si c'est Ségolène, je fais pareil, elle me semble louche.
L
>Beleg: Non, la carte orange n'est pas nominative.
>GM: Je suis bien d'accord, acheter sa carte orange avec une carte bleue est tout aussi peu anonyme. Mais justement, je ne le fais pas ! Je préfère tirer la thune en liquide à un distributeur, ne serait-ce que parce que ça m'évite d'exploser mon plafond hebdomadaire de paiement (qui est bien plus bas que mon plafond hebdomadaire de retrait).
Pour le reste, vous ne me parlez que de barrières logicielles ou légales : bref, les plus simples à contourner. Aucune architecture matérielle à modifier ou à installer, aucun bouleversement visible, aucune implication de milliers de salariés dont une fraction pourrait résister, rien de tout cela. Juste réécrire discrètement trois lignes de code. Ou éventuellement, modifier une loi obscure et peu connue. Quoi de plus simple, surtout avec un peu de FUD et beaucoup de dérive politique ?
De toute façon, toute personne qui prétend que le pire ne peut pas arriver a forcément tort, par définition, puisque c'est déjà arrivé. Et plusieurs fois, même, et à différentes époques, dont certaines très récentes. Ayez un peu de mémoire, bon sang.
Ne construisons pas aujourd'hui les infrastructures techniques qui permettront aux totalitarismes de demain d'être encore plus terribles que ceux de passé.
Je comprend bien ce que vous dites / voulez dire. Le sens de mon commentaire c'est : si vous dites qu'aujourd'hui on peut vous tracer pas à pas grace à Navigo : la réponse est clairement non (et si j'osais troller un peu, je dirais que le FUD c'est le contenu de ce post).
Si le risque existe à moyen terme et si l'infrastructure le permet, la réponse est oui (mais il existe aussi avec cate orange + carte bleue).
Mais ce genre de risques existe avec l'historique de votre carte bleue que possède votre banquier, celui de vos achats payés par CB dans votre supermarché préféré, le fichier national des empreintes génétiques, les fichiers centraux liés à la santé, le téléphone portable, et de façon différente l'usage de mails non cryptés les logs de votre fournisseur internet, et tout ce que vous pouvez écrire sur votre blog et laisser comme commentaire sur ceux des autres.
Tous ces techno ont une utilité, en général celle de vous faciliter la vie, et ont un revers, elles sont terriblement eficace pour vous tracer (et en même temps ces données sont aussi d'une très grande fragilité). Un système de détection automatique d'incident sur une route permettra de détecter un accident plus vite, donc de faire venir les secours plus rapidement mais aussi de lire les plaques et de savoir quelle voiture est passée par là. Est-ce qu'il faut se passer de l'un (et donc potentiellement sauver quelques vies) au risque de l'autre (potentiellement, se faire tracer). Je l'ignore. (j'avoue que mon dernier argument est un peu démago, mais ce sont des systèmes qui existent aussi, notamment dans les tunnels, et sur des accidents graves, la rapidité de l'intervention des secours est primordiale pour en "diminuer" la gravité - ça se joue à la minute)
Toutes ces technos sont ici, maintenant, on ne peut que difficilement dire qu'on va les oublier parce qu'elles sont dangereuses. Le seul moyen qu'on a, précisément parce qu'on n'est pas encore en dictature, ce sont les barrières légales, logicielles ET le plus de transparence possible. C'est la corde sur laquelle on doit se déplacer.
Je ne vous cacherais pas que la RATP aimerait bien avoir toutes les données nominatives sur les déplacements. Pas pour fliquer et vous faire chanter parce qu'elle peut savoir où vous allez entre 17 et 19h et que ça ne correspond pas à ce que vous racontez à votre compagne/compagnon, mais pour faire du marketing ciblé.
Carte imagin'r : pas le choix !
En voilà un sujet intéressant!
Comme tout le monde, je ne fais pas beaucoup attention aux implications de toutes ces nouvelles applications. Cela fait des années que certaines villes de France ou d'Europe utilisent un système équivalent à Navigo (au hasard Nice, depuis plus de 6 ans) et peu de voix ce sont élevées contre les dérives possibles.
Et pourtant, sans aller jusqu'à imaginer de nouvelles rafles, les possibilités de nuire aux citoyens et à la démocratie sont nombreuses. Même l'homme le plus honnête peut être emmerdé si on recoupe certaines informations car personne n'est parfait. De là, on peut s'imaginer un tas de dérives possibles. Mais on peut surtout se demander si on a le choix ou si on ne peut que subir ces changements...
Et un article de WIRED toujours bon à lire: http://www.wired.com/news/columns/0,70886-0.html
Mais que fait la CNIL (commission nationale informatique et libertés) ? (rire nerveux, ça n'existe pas en émoticone).
Le meilleur fil à la patte reste le téléphone portable.
Le pire peut arriver, on ne peut qu'essayer de l'empêcher par les urnesµ. Enfin pour l'instant
Je ne prend jamais le métro, c'est sordide
Il y a cette même extinction d'humanité que l'on voit dans les yeux des victimes de guerre.
C'est un lieu de destruction psychique et physique. Au sens de Virilio, le déplacement mécanisé comme négation de l'espace.
Avec ou sans Navigo (quel nom a la con, Vanigo) j'irais pas!
Je propose qu’on arrête illico de construire des ordinateurs, parce qu’ils permettent de traiter des bases de données beaucoup plus efficacement que des fiches dans des tiroirs...
Je vois bien les points de vue exprimés, mais faut-il se priver des avancées que permet la technologie seulement parce qu’il en existe des utilisations déviantes, voire criminelles ? Je sais bien que la CNIL rame pour maintenir un minimum de discipline et pour fixer les garde-fous adéquats, mais n’est-ce pas en doutant de la capacité de nos démocraties à s’auto-réguler que l’on enfonce le premier coin dans l’édifice ?
Excellente analyse, très percutante et parfaitement argumentée, mais qui a un seul défaut: son parisianisme... Réduire le sujet de la protection des données personnelles à la seule possession de la carte orange et de son successeur le pass Navigo amuse quelque peu le provincial que je suis!
Et comme je n'ai jamais eu l'occasion de m'exprimer sur ce blog, j'en profite pour saluer l'auteur des posts qui sont d'une très grande qualité et dont la lecture est un plaisir renouvelé à chaque fois
Bah, c'est simple, celui qui te dis que tu ne peux pas passer dans la machine, file-lui une mandale et fous ton souk, on s'en fout de l'informatique; D'homme à homme!..
Sinon t'en vaut rien.
Même si je ne nourris pas *aujourd'hui* les mêmes suspicions que Pascal quant aux dérives possibles du pass Navigo (dans la mesure ou je ne considère pas mes déplacements comme confidentiels et que je n'ai pas à m'en cacher), je ferais quand même un petit rappel qui apportera de l'eau à son moulin.
Depuis 2ans déjà (ou trois) tous les passagers de vols aériens à destination des USA et pays du commonweath (je sais plus comment celà s'écrit, désolé) sont non seulement fichés, mais pour bon nombre leur vie est passée au peigne fin (enfin un peigne avec de grosse dents quand même souvent, ou alors qui s'emmèle). Et c'est à la technologie que l'on a demandé (par l'imposition du passeport biométrique) de renforcer et faciliter ce fichage.
Et avec l'actualité de ces derniers jours on parle d'étendre ces mesures au sein de la zone europe ainsi qu'à d'autres pays (notamment au continent africain).
Je ne sais pas s'il existe à Londres un système de billeterie similaire au pass Navigo, j'en doute. A l'heure qu'il est si des attentats similaires à ceux de Londres venaient à se reproduire en IDF, je pense qu'un des pas évoqué par Pascal serait vite franchit et que l'utilisation généralisée du pass Navigo serait non seulement accélérée (de toute manière elle est prévue pour 2007) mais qu'encore le recoupement possible qui n'existe pas à l'heure actuelle entre les différentes bases de données serait mis en place sans plus soulever de tollé que le fichage sur les vols internationaux.
Celà dit ce ne serait encore qu'une mesure illusoire, mais je la vois très bien passer et être utilisée à des fins "plus personnelles" que celles d'utilité publique dont elles pourraient se parer.
si on fait un tour chez nos voisins europeens c est parfois encore plus flippant....les suedois ont un 'numero personnel' qui sert a tout...de l inscription a la banque ou a l universite , a numero de securite sociale.
La question devant autant de donnees, est: qui les recoupe?
Rien que pour une personne vivant seule, les releves de compte bancaires, de soins de securite sociale, les releves telephoniques,....representent une somme de donnees astronomiques. Comment ses donnees sont elles reellement traites?
Ce n est peut etre pas pertinent mais cela me rassure. Je me dis que ce n est pour l instant pas faisable
Moi je dis que Pascal est véxé parce que JoliTravail n'a pas eu un contrat avec la RATP
Le croisement des fichiers pour profiter au ministère de l'intérieur est ce qui a donné naissance à la CNIL il y a 28 ans, lors du projet Safari de 1974. A l'époque déjà on s'émouvait de telles possibilités.
Jacques Mellick avait d'ailleurs failli être trahi par son badge télépéage lors de l'affaire OM-VA, il avait "heureusement" payé en liquide. Bref, c'est pas un phénomène nouveau mais un phénomène qui va prendre de l'ampleur. Le risque d'un dérapage sérieux existe. On veut toujours plus de confort, on prend toujours plus le risque de graves entorses à la démocratie. Mais bon, la démocratie n'a pas besoin de ça pour être en danger, et ton billet récent sur la viabilité à long terme d'internet est là pour le rappeler. D'ici là, 2 stratégies: j'accepte le confort et l'accroissement du danger pour la démocratie, ou bien je refuse un confort pour ne pas aggraver les risques pour la démocratie, sachant que de toute façon, elle reste en danger à long terme. Je prends le premier choix, et j'assume, c'est ma fibre mi-optimiste mi-fataliste ;-)
A 17 ans, nous avions analysé pour l’école une BD qui racontait l’histoire d’une société où tout était regroupé sur UNE carte magnétique (SECU, identité, carte bancaire et j’en passe) … évidemment le héros de la BD était l’inventeur de cette fameuse carte, il perdait la sienne et donc en même temps son identité et le reste …
Je me rappelle du débat qui a suivi, on trouvait tout de même ça assez dingue … 15 après, j’ai bien l’impression qu’elle n’est plus très loin cette invention …
Et quand je repense à la conversation que j’ai eue il y a peu avec un mec d’un syndicat … « t’as une carte de fidélité Carrefour ? On sait donc ce que tu manges… Une carte SECU ? On sait quand tu es malade et si tu as bien pris tes médocs … Un abonnement GSM ? On sais où et à qui tu téléphones … « … Wouaip … fille unique mais avec un grand frère
Moi je veux vous rapeller une bande dessinée de Lob et Bielsa, en 1972, dans le journal Pilote ( Matin, quel journal !) : les mange-bitume.
C'est la description d'une civilisation toute automobile, entierement surveillée par l'Ordinateur. Et si votre carte ne marche plus, vous voila condamné a rouler sans but, ni nourriture, .. plus rien du tout. A l'époque on pouvait appeler ça de la science fiction.....
L'intervention de Stéphanie me fait penser à un histoire de SF : ceux qui avait leur carte avait une vie confortable et il y avait les autres qui vivaient dans une sorte de tiers-monde, la banlieue. sordide.
J'aime à voir que je ne suis pas le seul paranoïaque et je me plais à admirer la foule de commentaires que ce genre de billets ne manquent pas de déclencher sur les sites/blogs à moyenne et forte fréquentation. Faire la liste des moyens de tracer les gens actuellement est tout simplement impossible, a fortiori pour quelqu'un qui aime se balader un epu sur le web (et qui aime pas surfer à deux à l'heures en passant par de jolis proxies de complaisance dans des pays d'un affreux axe du mal)
Personnellement, je ne crois pas aux protections légales (les RG et la sécurité du territoire passent toujours avant les principes légaux), j'ai comme un gros doute sur les algorithmes inviolables et les sécurités à sens unique... Mais je crypte mes mails à grands coups de gpg histoire d'être sûr de bien être fiché... :-)
Pascal, même si je ne peux pas contredire totalement ton point de vue, je tiens à y ajouter certaines nuances.
Navigo n'ajoute rien de plus que l'ancien système, en ce qui concerne les abonnées à la "carte intégrale" (système nominatif ou le numéro de l'abonné se trouve sur la piste magnétique du billet). Je sais par expérience que la RATP n'avait pas (jusqu'il y a 3 ans) les moyens de ficher tout les abonnés d'où une certaine facilité pour frauder avec ces cartes possédant pourtant un numéro de série unique.
Utiliser le coté "high-tech" de Navigo pour amplifier ton point de vue sur big brother est un poil démagogique.
Par ailleurs, je crois qu'il y a plus de 5 millions de personnes qui circulent dans les transports en communs parisien quotidiennement (et je crois que je suis en dessous du chiffre exact).
La capacité de traitement de l'information est tout de même un poil lourde. Non pas qu'elle est impossible, mais dans le cas de la RATP, l'investissement n'est surement pas rentable. On peux donc remercier les vertues du capitalisme sur ce point là. Reste les RG...c'est vrai.
Enfin, je ne peux pas te contredire, écrivais-je en introduction, car effectivement, la généralisation de Navigo (à terme) à l'ensemble des titres de transports d'Ile de France, permettrait peut-être ce que tu écris, encore faut-il que les cartes Navigo qui remplaceront la carte orange mensuelle (par exemple) soit effectivement nominatif, ce que dont je ne suis absolument pas certain.
Bref, le recoupement des fichiers informatiques nous pend au nez, certes et c'est très grave, mais faut pas tout mélanger.
bonne nuit à tous.
Hum, Pascal, tu te laisses légèrement emporter quand tu donnes Rosenberg comme un nom spéicifiquement juif. Je sais bien qu'on fait l'association à cause des époux condamnés à mort, mais Rosenberg n'est pas un nom juif, pas plus que Meyer (sauf si cela vient de Meir) ou Strauss. Il est *aussi* porté par des juifs et c'est justement ce qui chagrinait les nazis car on ne pouvait pas savoir si un grand Rosenberg roux aux yeux bleus était juif et si le petit Rosenberg brun était un pur Allemand.
L'aspect le plus effrayant des choses est sans doute le fait que ces mesures qui sont potentiellement mais très directement attentatoires aux libertés individuelles font l'objet d'un consentement silencieux de la part des utilisateurs de ces technologies:nous.
Est-ce vraiment surprenant alors que nous ne nous offusquons même plus quand des dispositions comme celles qui sont prévues par le plan "Vigipirate" permettent à n'importe quel officier de police judiciaire de contrôler notre identité et de s'enquérir de l'objet de notre déplacement?(au mépris de la liberté fondamentale d'aller et de venir), ou lorsqu'on se réjouit que le centre-ville de certaines communes soit truffé de caméras?
Le problème en effet général dès lors que la technologie est amenée à cohabiter avec les libertés fondamentales.
C'est sans doute parceque l'on refuse la contrainte que représente la lecture des clauses relatives au respect de la vie privée que l'on clique sur "j'accepte" en signant sur un site, que ce soit pour créer son blog, souscrire un compte e-mail ou faire ses opérations de banque. Pourtant, ces clauses stipulent souvent qu'elles peuvent être modifiées de manière unilatérale et que rien ne protège dès lors véritablement les données personnelles collectées par ces sites.
Il y de même quelque chose de fondamentalement terrifiant[1] dans le fait que les services de webmail les plus populaires émanent tous de sites qui sont aussi des portails ou des moteurs de recherche: Hotmail, Yahoo mail, Gmail, Voila etc... Rien n'empêche en effet ces entreprises (et certainement pas la technique) de relier les données issues des courriers électroniques de leurs utilisateurs avec celles collectées au niveau de leur moteur de recherche[2].
Les exemples sont légion. De la parfaite lisibilité des emails pour quiconque sait intercepter ce qui transite par un serveur au fiasco du rootkit de Sony music.
Nous abdiquons petit à petit des pans entiers de ce qui constitue nos libertés fondamentales soit en pêchant par ignorance, soit par désinvolture plus ou moins consciente.
Les moyens techniques de minimiser ces atteintes sont tellement fastidieux[3] que le seul recours viable semble être celui au législateur.
Il est impératif que les lois qui assurent le respect des libertés individuelles en encadrant la collecte et l'utilisation des données personnelles soient renforcées et adaptées aux évolutions technologiques. Il n'est cependant pas tant nécessaire de prendre une circulaire chaque fois qu'Aol décidera de changer ses clauses relatives au respect de la vie privée que d'appliquer des règles générales fondées sur les principes traditionnels de notre Droit en la matière. Se déplacer sur le réseau de transports en commun parisiens n'est rien d'autre "qu'aller et venir" au sens du droit. De même, que peut être un e-mail sinon de la correspondance privée?
[1] http://www.michaelgeist.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=1346&Itemid=125
[2]
http://www.google-watch.org/gmail.html
[3] Cryptage, proxys, élmination systématique des cookies, utilisation d'adresses IP différentes etc....
Ton message est clair, Julien... mais, pour faire volontairement un peu de provocation, je me dis souvent que, personnellement, je ne n'ai vraiment rien à cirer que quelqu'un puisse savoir quels trajets je fais tous les jours, ce que je mange, à qui je téléphone, ce qui se passe sur mon compte bancaire, quels sites Internet je visite... ou même ce que j'écris dans mes e-mails. D'ailleurs, qu'"ils" viennent me le demander, et je le leur dirai ; pas besoin d'aller pirater des systèmes informatiques...
>Laurent: Je comprends que tu n'en aies rien à cirer, mais si je peux me permettre, je crois que tu as tort... J'ai déjà expliqué pourquoi dans un vieux billet : c'est parce que la loi n'est pas la morale et la morale n'est pas loi.
Tant que tu n'es pas soupçonné dans une quelconque affaire judiciaire, tant que l'Etat n'a pas de tentation totalitaire, tout va bien. Mais au moindre problème, des gens vont se pencher sur tes mails, tes déplacements, tes habitudes... Et ces gens vont se faire une opinion sur toi d'après ton respect de la loi, bien sûr, mais aussi et surtout en fonction de *leur* morale et de *leurs* idées préconçues sur les gens de ton milieu social / ta couleur de peau / ta religion / ta sexualité / whatever. C'est inévitable et même pas condamnable, c'est simplement humain. Et rien ne garantit qu'à l'aune de ces critères ô combien subjectifs, tu n'apparaisses pas suspect sur au moins quelques points. C'est là qu'est tout le problème, et c'est pour ça que l'argument qui consiste à dire "les gens qui n'ont rien à se reprocher n'ont rien à craindre" ne tient pas la route. Ce fameux "rien à se reprocher" ne se rapporte pas à la loi, mais bien à *une* morale précise, changeante au gré des individus et modes, et que tu ne connais pas a priori.
Par ailleurs, tu peux très bien ne rien en avoir à cirer pour l'instant, et t'apercevoir un jour que ça pose problème. Sauf que ce jour-là, il sera trop tard. C'est typiquement l'exemple de la religion inscrite sur les cartes d'identité : en 1941, quand la mesure a été adoptée, ça ne posait pas vraiment problème. Quand c'est devenu réellement gênant en 42 ou 43, c'était trop tard.
(Et le premier qui me parle de point Godwin s'en prend une, bordel. Vous commencez à m'emmerder avec ce foutu point Godwin. Le point Godwin, ça consiste à faire intervenir l'Allemagne nazie dans une discussion DONT CE N'EST PAS LE SUJET INITIAL, or dans ce billet qui parle de totalitarisme et de mesures liberticides, on ne peut pas être davantage DANS le sujet. Mais je suppose que tous les crétins qui dégainent ce foutu point Godwin à tout bout de champs dans les forums ou les blogs, en se croyant intelligents alors qu'ils ne font que bloquer des discussions et prouver qu'ils n'ont rien compris, tous ces crétins disais-je n'ont sûrement jamais lu Robert Merle ou Primo Levi. Parce que sinon, ils auraient décerné depuis longtemps un Godwin d'Or Géant à ces deux écrivains dont les bouquins ne parlent presqu'exclusivement que de nazisme...)
Pascal, je t'aime (je ne sais plus si je te l'avais déjà dit ?) ;-)
Euh... Tu n'exagères pas un peu ? Je n'ai pas vu beaucoup de nazis dans Derrière la vitre qui parle du 22 mars 68 ou dans Fortune de France qui se passe quand même quelque chose comme trois siècles avant la naissance de Dolphi. Je me demande aussi quel est le lien entre les dauphins et les juifs, si on peut me le dire je mourrai content...
>Dominique: Je pensais surtout à ses bouquins autour de la 2nd guerre. Mais tu as raison, il a écrit bien d'autres choses. Mea culpa. Ca m'apprendra à m'énerver et à réagir trop vite sans réfléchir ! (m'enfin par contre, ça change rien pour Primo, hein...)
Pour terminer / compléter sur un sujet connexe (et qui me semble pour ma part bien plus urgent/dangereux que navigo - mais je ne crains de ne pouvoir convaincre notre hôte ;) : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-806343@51-806337,0.html
Echo (remplacer Web 2.0 par Navigo ;-))
« Pour le problème du Web 2.0 ce n'est pas tant la farce que la mise en place de schémas de fonctionnement, de compilation des données personnelles qui n'a jamais été aussi important. Voir les articles sur AOL, celui à propos de My Space de zephoria, de blogsome récemment, de choses comme le nouveau service d'Amazon. Nous sommes tous (enfin minorité mondiale utilisant l'informatique) joyeusement en train de mettre notre historique personnel, nos pensées intimes (ici dans le sens de vraiment personnelle) sur le Web.
Il n'est pas impossible qu'un jour des temps soit moins clément politiquement par exemple. Ne pas oublier qu'avant les dictatures dans les pays, il y a eu parfois des démocraties ou des régimes plus souples. La démocratie ne protège pas du changement politique autoritaire d'un pays. »
Karl Dubost chez Embruns http://embruns.net/logbook/2006/08/25.html#c26733
En tant que blaireau provincial moyen, j'achète mes titres de transport pour le métropolitain à la pièce…
Consécration: ton billet vient d'être repris sur le Rezo
http://www.pcinpact.com/actu/news/31083-Une-fuite-de-donnees-personnelles-a-la-RATP.htm
Nicolas ~ le 18/08/2006 à 23:43 ~ #
Excellente analyse, très percutante et parfaitement argumentée, mais qui a un seul défaut: son parisianisme...
et bien figurez vous que de trés nombreux Français (plusieurs millions )ne peuvent pas quitter leurs départements sans étre fichés et subir plusieurs contrôles de police...paranoîaques ...,non habitants des départements d'outre mer (sauf la Guyane mais c'est difficile à pieds)
Tu peux t'insurger contre le point Godwin, Pascal, mais on n'en est tout de même pas loin. Parce que s'inquiéter des dérives de manipulation des données d'une carte de transports en métro en prenant comme exemple / argument les rafles nazies, c'est - à mon avis - "un poil" exagéré. Pas inintéressant, hein, mais seulement "un poil" exagéré. Tu t'en défends en disant qu'il s'agit d'un billet qui parle de totalitarisme et de mesures liberticides... Mais c'est toi qui as décidé de calquer sur le Navigo un cadre totalitaire et liberticide. Ce qui, a priori, est sortir du sujet d'origine. Amorçant ainsi une lente dérive inéluctable vers ce qui ressemble fort à un point Godwin.
Ceci dit, perso, je trouve ça très pratique, le Navigo. Et je m'inquiète davantage de ma traçabilité à d'autres niveaux (CB, téléphone, IP, n° de Sécu) que de celle de mon Navigo. Et s'il y a un nouveau monstre à la tête de l'Etat qui cherche des pous à ses citoyens, il sera toujours temps de sortir les fusils et les katanas pour se payer une bonne tranche de rigolade résistante. Hum... ?
Quelqu'un n'était pas sûr (commentaire XVI): à Londres il existe la carte Oyster depuis plus d'un an. Soit on met une certaine somme d'argent sur la carte et on l'utilise au fur et à mesure de nos déplacements (un peu comme une carte monneo - argh pour celle là), ou un badge de cantine / RIE. Soit on achète les formules des abonnements locaux (semaine, mois, année).
Je suis sûre que l'on trouve déjà d'autres types de carte comme celle-là un peu partout dans le monde (à Rio de Janeiro il y a la formule "monneo").
Sur le stockage des données perso et surtout sur la tendance massive à le faire, ok il faut faire attention. Mais là où le pressentiment de danger doit se nuancer fortement, c'est sur le point suivant : un totalitarisme relève d'une initiative et d'une idéologie politique, et les totalitarismes les plus "efficaces" (entendre par là les plus montrueux) n'ont pas eu besoin de la technologie pour se développer et fonctionner.
Donc je pense qu'il convient de ne pas établir de corrélation. D'autant moins que la technologie permet de créer des contre-feux (sauf si elle est detenue par une "élite", ce qui relèce aussi d'un choix politique). Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas se poser de questions et tout prendre pour un "progrès" (une belle bonne grosse mythologie soit dit en passant).
Le vrai problème aujourd'hui est dans la sécurisation des données stockées et dans le contrôle par le donneur (donc dans la transmission des compétences qui lui permettraient d'effectuer ce contrôle) : les fuites récentes sur le site de la RATP sont un exemple (il y a aussi AOL). Et là il y a, outre la barrière légale et politique, une barrière technique possible : faire en sorte que l'utilisateur ait les outils et les compétences lui permettant de gérer et contrôler ses données.
Il y a autre chose qui me trouble concernant le stockage des données : la mythologie de la prise du pouvoir par l'internaute (chère au "web2.0"). En fait l'internaute, en l'état actuel, ne "contrôle" rien, bien sûr. Mais cela ne fait pas pour autant de lui un gibier pour le politique ou le marketer.
Selon moi, la réponse est : extension du domaine des compétences. Partage de données doit vouloir dire partage parallèle de la gestion et des compétences (autrement dit : je donne des items et des accès sur moi, on doit me donner des items et des accès au système qui contient et gère ce que je donne). Sinon, en effet, il y a déséquilibre et c'est anxiogène.
Au delà, il y a la question de la confiance numérique. C'est un autre sujet il est vrai. Ou plutôt l'ubac du même.
Pour finir : je ne prendrai pas le pass navigo avant que la RATP ne me fournisse des données pesant le même poids que celles qu'elle me "demande".
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