Le mot de la fin
Samedi 22 août 2009 à 10h46 (4 Tybi 2758)
Je ne peux plus écrire sur ce blog. Il est lu par beaucoup trop de personnes de mon entourage, des collègues de travail, des amis, de la famille, pour que j'y puisse me sentir à l'aise. D'ailleurs, cela se ressent probablement depuis longtemps : je n'ai plus écrit de billet intime ou polémique depuis des mois. C'est dommage et c'est frustrant, parce qu'écrire des billets intimes ou polémiques est justement l'un des grands plaisirs du blog.
Ce n'est pas de gaieté de cœur que je le fais, mais après plus de cinq années d'existence, Finis Africae doit fermer ses portes. Oh, pas brutalement, il reste encore le calendrier des pédéblogueurs à boucler (ce serait cruel de ma part de vous priver de la magnifique photo de décembre...) et puis le nom de domaine et l'hébergement sont payés jusqu'en juillet 2010. Mais il n'y aura plus de nouveau billet ici, hormis peut-être quelques notules d'intérêt général.
L'aventure se poursuivra ailleurs, plus tard et surtout, anonymement. Je ne referai pas la grossière erreur de bloguer sous mon vrai nom. Si vous étiez un commentateur régulier de ces pages, je vous enverrai un petit mail pour vous tenir informés de la nouvelle adresse.
Merci à tous ! Au revoir.
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Beg an dorchenn
Samedi 8 août 2009 à 11h55 (20 Choeac 2758)
Il se murmure dans la région que la plage qui s’étend au nord de la Pointe de la Torche est nuitamment fréquentée par les garçons qui aiment les garçons. Je fus assez surpris de l’apprendre, car pour y être passé en plein après-midi, il m’avait plutôt semblé que l’endroit était prisé des campeurs et des familles nombreuses et qu’il offrait peu de recoins où s’isoler. Je ne suis pas un adepte de la drague en plein air, mais je devais en avoir le cœur net ; aussi m’y rendis-je hier soir.
Je quittai la maison un peu tard ; une conduite sportive et un bon sprint dans les dunes me permirent néanmoins d’arriver sur la plage juste à temps pour voir un gros soleil rouge plonger dans la mer. À l’horizon, des cumulo-nimbus dont la rotondité de la Terre ne permettait d’apercevoir que les sommets éclairés à contre-jour, dessinaient comme la sky line d’une ville lointaine et fantomatique. La marée descendante découvrait déjà une assez large bande de sable. À quatre cents mètres vers le sud, trois enfants faisaient voler un cerf-volant ; à cent mètres vers le nord, deux kite-surfeurs remballaient leur matériel. Dans un instants ils seraient partis.
Je marchai droit vers l’océan et comme à mon habitude, j’y fis quelques pas tout habillé. Je me penchai pour ramasser un galet par-ci, une coquille vide par-là. Je jouai un moment à me faire peur avec les trous d’eau, ces zones que la mer vient de découvrir où le sable est si gorgé d’eau que le pied s’enfonce et reste prisonnier si l’on n’y prend pas garde. Ne faire plus qu’un avec le paysage : y tremper les pieds et les mains, sentir l’odeur des embruns, écouter le fracas des vagues, goûter la salinité de l’eau, contempler l’horizon. Imaginer l’Amérique au-delà.
Je me retournai ; les enfants et les kite-surfeurs avaient disparu. J’étais seul. Au monde. Je criai quelques phrases qui se noyèrent dans le bruit des vagues. Aucun risque qu’un passant me prît pour un fou, il ne pouvait pas y avoir de passant, j’étais le dernier habitant de la Terre. La scène finale de La Planète des Singes me revint en mémoire. Me rappelant la toponymie du lieu, je m’attendis à voir apparaître la pointe de la torche de la Statue de la Liberté au détour d’une dune ; mais en guise de vestige d’une civilisation oubliée, ce fut un banal blockhaus allemand qui se profila à l’horizon.
J’eus l’envie d’écrire un message dans le sable mouillé. L’idée me parut extrêmement excitante qu’il pourrait être lu par n’importe qui mais ne le serait probablement pas parce qu’aucun péquin ne passerait jamais par ici avant que la marée montante ne l’efface. Hélas, je ne trouvai pas de phrase à graver dans le paysage qui me parût à la hauteur de l’événement.
L’irruption d’une famille de touristes mit brutalement fin à mon extase mystique. Je hais les touristes. Ca s’habille mal au prétexte que c’est en vacances, ça parle fort, ça n’a pas le sens du sacré, ça photographie les couchers de soleil au flash et ça n’a pas vu La Planète des Singes. Je décidai de rentrer à la voiture afin d’y attendre que la faune interlope se manifestât.
Bientôt la nuit fut assez noire. Je sortis faire quelques pas dans les dunes. À l’horizon est, une lune rousse partait à l’ascension du ciel. Mais l’endroit me parut totalement désert. Je ne croisai personne, à l’exception d’un type dont je ne sus dire sur le moment s’il était là par hasard ou s’il était en recherche d’un semblable. Certes, je ne vois pas trop ce qu’il aurait pu faire d’autre en pleine nuit dans un endroit pareil ! Mais d’un autre côté, s’il avait cherché un compagnon, il m’aurait probablement davantage dévisagé dans l’obscurité lorsque nous nous sommes croisés. Je m’en retournai convaincu que l’endroit n’était pas à la hauteur de sa réputation.
Je compris mon erreur quelques instants plus tard. Une voiture manœuvra sur un parking voisin et le faisceau de ses phares, en balayant le paysage, projeta furtivement une ombre chinoise sur le flanc d’une dune. Une ombre chinoise que j’identifiai immédiatement comme celle d’un mec se tenant debout, les mains sur les hanches, en train de se faire sucer par un autre mec à genoux.
Je me demande si l’un des deux était le gars que j’avais croisé. Ou bien si, encore perdu dans mes rêveries planéto-simiesques, je n’ai fait que fantasmer une scène inédite entre le capitaine Taylor et le docteur Cornélius. Il faudra que j’y retourne ce soir. Juste pour vérifier.
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Brav eo an amzer
Mardi 4 août 2009 à 14h37 (16 Choeac 2758)
Brav eo an amzer, c’est la première phrase que l’on apprend généralement lorsque l’on étudie le breton. Ce qui dénote tout de même un certain humour de la part des concepteurs de méthodes de langue, puisque ça veut dire “le temps est beau” et que donc, il s’agit d’une phrase qui ne vous sera jamais d’aucune utilité en Bretagne. Enfin en tout cas, pas en ce début août 2009, puisque le temps oscille entre le très couvert et la pluie depuis que nous sommes arrivés.
Conséquence de ce mauvais temps, nous ne faisons strictement rien de nos journées. Vous n’imaginez pas le temps que ça prend. Se lever, surfer un peu sur le net, petit déjeuner, surfer un peu sur le net, aller boire l’apéro au Guilvinec ou à Pont l’Abbé, surfer un peu sur le net, manger un bœuf bourguignon ou des crêpes aux Saint-Jacques et à la fondue de poireaux, surfer un peu sur le net, faire une sieste, surfer un peu sur le net, aller se promener sur la plage, surfer un peu sur le net, préparer une salade pour le soir, surfer un peu sur le net… Et c’est déjà l’heure d’aller se coucher. On ne voit pas le temps passer !
Accessoirement, je tente d’œuvrer à la dissolution des mœurs dans le chouchen et au rapprochement diplomatique du pays Bigouden (29) et du Hurepoix (91). J’attends d’ailleurs un SMS d’un charmant garçon de Penmarc’h d’un moment à l’autre. Le problème est que j’ai pensé à prendre des préservatifs, or il me semble que le préservatif obéit à la même loi karmique fondamentale que le parapluie : c’est quand on l’a à portée de main qu’il ne pleut pas et inversement. Bref.
Si vous passez dans le coin pendant la semaine, laissez un message ! Kozlika, Samantdi et moi serons ravis de vous inviter à prendre l’apéro. (Oui, je frise l’inconscience, je pars en vacances avec deux filles. Même pas peur.)
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Août
Samedi 1 août 2009 à 0h01 (13 Choeac 2758)
Le mois d'août est en ligne et c'est TarValanion qui nous offre une ambiance champêtre et chaude à la fois ! Curieusement, quand je me promène dans les bois, je ne tombe jamais sur de beaux spécimens comme ça. C'est vraiment trop injuste. En même temps, peut-être que je ne fréquente pas les bonnes forêts.
J'en profite pour rappeler aux futurs mois d'octobre et de novembre qu'ils ne m'ont toujours pas envoyé la photo qu'ils m'ont promise. Ne traînez pas, l'échéance approche... Je vous enverrai un petit mail d'ici quelques jours pour vous rappeler à l'ordre, à moins bien sûr que vous ne préfériez que je vienne vous vous corriger et vous humilier en personne. Vous préférez le fouet ou le martinet ? Le cuir ou le plastique ?
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Ennui estival et télévisuel
Dimanche 26 juillet 2009 à 12h21 (7 Choeac 2758)
Eh bien, on n'est pas gâté par les séries télévisées américaines, pendant ces vacances. Fini Docteur House, certes scientifiquement discutable mais absolument hilarant, fini New York Unité Spéciale, certes sexuellement normatif mais admirablement réalisé. Place à Esprits Criminels et à The Eleventh Hour.
Dans mon panthéon personnel, je pense que Esprits Criminels est la plus mauvaise série du moment. La réalisation est sans intérêt. Les personnages sont archi-stéréotypés, genre le chef taciturne et très strict mais toujours juste ; le flic tête brûlé qu'on sent traumatisé par son enfance dans les banlieues difficiles mais qui s'en est sorti de justesse et qui ne respecte jamais les procédures mais ses supérieurs lui pardonnent parce que c'est pour la bonne cause ; le petit génie spécialiste en tout - absolument tout, de l'électronique à la chimie en passant par la médecine, la pharmacologie, la psychologie sociale ou l'astrologie chinoise ; la blonde à forte poitrine qui ne paie pas de mine mais qui n'a pas son pareil pour tenir un flingue et arrêter les criminels (ah, le fantasme hétéro de la she-male !). Les dialogues sont tellement banals qu'on les croirait copiés/collés depuis d'autres séries équivalentes, genre « je sais ce que vous éprouvez mais vous devez nous faire confiance » ou bien « ne me dis pas ce que je dois faire ! ». Les acteurs sont mono-expressifs pour la plupart et je pense qu'ils ont des pénalités salariales s'ils sourient. Le tout est garanti sans la moindre finesse, sans la moindre subtilité et sans le moindre humour.
Mais ce qui m'énerve le plus, c'est le déterminisme absolu qui pourrit tous les épisodes, du début à la fin. Ca commence par les innombrables maximes qui ponctuent tous les temps forts de l'action, genre William Faulkner a dit, Benjamin Franklin a écrit, Lao-Tseu a pensé. Je déteste les maximes et les proverbes. Dans mon monde, économiser la réflexion et l'analyse d'une situation complexe pour les remplacer par un comportement stéréotypé dicté par une phrase écrite 200 ans plus tôt n'est définitivement pas une preuve d'intelligence. Et puis il y a le déterminisme de la psychologie. Car sachez-le, dans cette série, la psychologie est une science exacte ! Le simple examen d'une scène de crime permet de reconstruire intégralement toute la personnalité du tueur, mieux, cela permet même de récolter des indices sur son passé ! « Ah, la victime a été décapitée, c'est parce que le tueur a été blessé à la tête par sa mère lorsqu'il avait 7 ans. Recherchez dans les hôpitaux de la région tous les enfants de cet âge qui ont été admis pour un trauma crânien entre 1983 et 1985 ! » En même temps ça ne m'étonne pas, les américains ont toujours eu du mal à admettre que l'être humain n'était pas déterministe. Ce n'est pas un hasard s'ils sont les auteurs du DSM IV ou s'ils utilisent le détecteur de mensonge.
Je crois que The Eleventh Hour est moins pire. Déjà, le concept : un scientifique qui aide le FBI sur des enquêtes aux limites du surnaturel. Mon. Dieu. Au. Secours. C'est tellement original et jamais vu. Mais ce n'est pas ma principale critique. Le vrai problème avec cette série, c'est que les scénaristes racontent absolument n'importe quoi. Par exemple, pas plus tard que dans l'épisode d'hier, le héros utilisait une simple loupe binoculaire pour identifier un virus. Facile : dans cette série, les virus sont plus gros que les globules rouges et ils ont une couleur qui tranche bien, donc on les distingue nettement dans les échantillons de sang ! Bon, certes, on est censé naviguer aux frontières de l'anticipation ; mais ce n'est pas une raison pour en oublier tout sens commun, ce n'est pas une raison pour nous faire un deus ex machina chaque fois que le héros est en posture difficile.
À mon avis, une histoire surnaturelle est d'autant plus réussie et captivante que sa partie non-surnaturelle est crédible et cohérente. Si dès le départ, le parti pris est que tout peut arriver, c'est sûrement plus facile pour le scénariste vu qu'il peut se passer de toute contrainte de cohérence (aussi bien interne qu'externe), mais ça m'emmerde. Je trouve infiniment plus élégant que le gros de l'histoire se passe dans notre monde réel. Ca rend les quelques éléments surnaturels plus proches, plus possibles, plus palpables ; on a davantage le frisson que oui, c'est à portée, oui, ça pourrait arriver. Mais évidemment, ça demande de bons scénaristes.
Bref. Vivement la rentrée et le retour des séries habituelles. Heureusement qu'il y a Fort Boyard, son présentateur sexy et ses jeunes candidats musculeux en t-shirts moulants pour fantasmer un peu pendant l'été. Mais ce sera probablement le sujet d'un prochain billet...
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La bouteille de Zénon
Dimanche 19 juillet 2009 à 20h16 (30 Athyr 2758)
Quand on est invité, la moindre des politesses, c’est de ne jamais finir les plats ou les bouteilles. Il faut en laisser pour celui qui aurait envie de se resservir après. Sauf qu’en réalité, si tout le monde applique ce principe, il reste toujours un quartier de tomate au fond du saladier ou un fond de pinard dans la bouteille. C’est ridicule, et puis gâcher, c’est mal. Mais est-ce plus mal que de faire preuve d’impolitesse en finissant les plats ? Dilemme. Alors en pratique, on transige.
Typiquement, avec le vin, tout se passe bien tant que la bouteille est pleine ou presque pleine. Chacun se sert sans réfléchir. Mais au fur et à mesure qu’on approche de la fin, on prend des rations de plus en plus petites pour ne surtout pas être le dernier à finir la bouteille ! On se sert un demi verre, puis un quart de verre, puis un huitième, etc. L’honneur est sauf : on en laisse pour les suivants. Mais en même temps, on ne gâche pas ; parce qu’à ce rythme, il ne reste bientôt plus que quelques gouttes au fond de la bouteille.
Oh bien sûr, on pourrait pousser la dichotomie à l’infini, prendre des demi gouttes, puis des quarts de goutte, puis des huitième, puis des seizièmes… Il faudrait alors un temps infini pour finir la bouteille - d’illustres philosophes grecs ont écrit des tartines sur cette question. Enfoncé, le Christ ! Mieux que la transformation de l’eau en vin, la bouteille qui ne finit jamais !
Hélas, ça ne marche pas ainsi. Non pas que l’on se heurte à la limite indivisible de l’atome (d’ailleurs, il n’y a pas d’atome de vin mais plutôt un certain nombre de molécules différentes qui prises séparément n’ont probablement ni le goût ni les effets ébrieux du vin : aucun intérêt donc) mais il se trouve toujours un gars autour de la table pour finir la bouteille au prétexte qu’il ne reste plus qu’une goutte et qu’on ne lui en tiendra pas rigueur pour si peu.
J’ai un de ces mal de crâne, moi, à réfléchir à ces questions… À moins que ce soit à cause du pinard ? Non, ça m’étonnerait, ça se saurait si le vin donnait mal à la tête. Oui, ce doit être à force de réfléchir, je ne vois vraiment pas ce que ça pourrait être d’autre.
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Faciès
Jeudi 16 juillet 2009 à 15h41 (27 Athyr 2758)
Deux sociologues ont donc démontré grâce à une enquête de terrain que les contrôles de police étaient plus souvent motivés par le faciès que par le comportement. Six fois plus de chance de subir un contrôle d'identité si l'on a la peau noire que si l'on a la peau claire, sept fois plus si l'on est de type maghrébin. À mon avis, il n'y avait plus guère en France que quelques blonds aux yeux bleus pour en douter...
J'ai passé ma jeunesse à me faire contrôler par les flics. Au moins une fois par semaine, parfois plusieurs fois dans la même journée. Je peux citer des dizaines d'anecdotes qui prouvent que ces contrôles étaient la plupart du temps motivés par mon « phénotype méditerranéen » et non par mon comportement. Par exemple mes copains occidentaux n'étaient pratiquement jamais contrôlés alors que dans des situations équivalentes, mes copains immigrés et moi l'étions systématiquement. Une fois, nous allions chez des amis à trois voitures ; je conduisais la voiture du milieu. À un barrage de gendarmerie, mes copains devant et derrière sont passés tranquillement tandis que je me faisais arrêter. Une autre fois en allant à Rennes, des centaines de véhicules par heure sur sept ou huit files au péage ; les douaniers ont arrêté une seule voiture, la mienne, et l'ont démontée sur le bord de l'autoroute à la recherche de drogue. Pas plus tard que cette semaine, devinez qui a eu sa carte d'identité minutieusement contrôlée et scannée et son dossier consulté par la Police aux Frontières, alors que tous les autres passagers passaient sans encombre ? Et côté britannique, devinez qui a eu droit à la palpation de sécurité ?
Une fois, je suis passé à deux doigts de la bavure. J'avais une voiture d'une fiabilité douteuse qui nécessitait d'aller régulièrement trifouiller quelque tuyau sous le capot. Une nuit que je n'arrivais pas à démarrer, du cambouis jusqu'aux coudes, voilà qu'une voiture de police pile à ma hauteur. Sans penser à mal, mais passablement irrité parce que j'étais en panne et que je m'étais déjà fait contrôlé une heure auparavant, je plongeai en maugréant ma main dans la poche de ma veste à la recherche des papiers du véhicule que je savais qu'on allait me demander. Forcément, les flics ont mal interprété le geste et ont dégainé leur flingue en gueulant comme des putois.
D'un côté, je comprends que les flics utilisent les statistiques pour améliorer leur « rendement ». D'un autre côté, ils n'ont pas l'air de comprendre que ce faisant, ils fabriquent eux-même de la délinquance. C'est un phénomène bien connu en psychologie sociale : quand on confronte une population à des stéréotypes négatifs, elle a tendance à s'y conforter. Par exemple dans mon cas, inutile de dire que plus ça va, moins je fais d'effort de politesse lorsque je suis contrôlé. Juste parce qu'au bout d'un moment, ça va bien, faut pas trop pousser mémé dans les orties non plus. Un jour où je serai de mauvaise humeur et où je tomberai sur un flic un peu con, ça se passera mal et ça se terminera par un outrage à agent. Ou pire.
Et là, quelque part dans un ministère, un type fera les comptes et dira : encore un policier agressé par un maghrébin, c'est bien la preuve qu'il faut contrôler préférentiellement cette population.
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My tailor is rich
Lundi 13 juillet 2009 à 23h07 (24 Athyr 2758)
Je suis au regret de vous informer que 2000 ans après les invasions victorieuses de Caligula et Claude, Londres est de nouveau tombée aux mains de Rome. En tout cas, je ne vois pas d'autre explication à la quantité effarante d'italiens de ce côté-ci du Channel ce week-end. Quand vous bousculez quelqu'un dans la rue, ne dites plus « excuse me » mais directement « scusa » , vous avez plus de chances de tomber juste.
C'est incroyable comme je pourrais facilement vivre à Londres. Je me sens bien dans cette ville, beaucoup mieux qu'à Paris par exemple (ce n'est pas pour rien que je n'habite pas Paris mais la banlieue lointaine). Et puis il y a un certain plaisir à assimiler les coutumes locales, à les imiter, à tenter de s'intégrer, à jouer au parfait londonien. Par exemple, je suis sûr que je fais parfaitement illusion lorsque je fonce dans les couloirs du métro tête baissée avec mon Oyster card et mon journal du jour sous le bras. Bon évidemment, l'illusion fonctionne jusqu'à ce que j'aie besoin de parler ; parce que là, on me fait rapidement comprendre d'un « bonjour » ou d'un « merci » glissé au milieu de la conversation que mon accent a trahi mon pays d'origine. Bref. Un jour, lorsque les prix des loyers auront baissé, il faudra vraiment que je prenne mon courage à deux mains et que je me trouve du boulot à Londres.
En vrac. Il y a près de l'hôtel une boutique de skates appelée Slick Willies, ce qui peut se traduire par zizis lisses - tout un programme. Il y a aussi un coiffeur baptisé Ryan Hair qui à mon avis joue avec le feu, vu que la célèbre compagnie aérienne pourrait ne pas goûter le jeu de mots. Les traditions se perdent, il y a de moins en moins de taxis noirs et de plus en plus d'indications de distance en mètres ou en kilomètres. Contrairement à ce que me suggérait un ami avant de partir, je n'ai pas profité de la légendaire impassibilité des horse guards pour aller en tâter l'entrejambe. À la place, j'ai fait péter la Carte Bleue chez les disquaires et les magasins de fringues d'Oxford Street. Mais j'ai réussi à ne pas acheter de nouvelles paires de Converse, bien qu'elles soient presque deux fois moins chères qu'en France. Dans le genre parfait touriste fan des Beatles, j'ai acheté une petite plaque de rue Abbey Road. Et si je bouche mes artères à grands coups de bacon, de baked beans et de fish & chips, je résiste encore à la tentation du fried Mars : une barre Mars frite dans de la pâte à beignet et servie avec de la glace à la vanille et du chocolat fondu.
Sinon, il se trouve que j'ai le derrière un peu sensible depuis quelques jours. J'ai vainement cherché ce que j'aurais pu faire récemment pour expliquer ça, genre me prendre pour un dieu du Kama Sutra ou changer de marque de lubrifiant. Et puis finalement j'ai compris en visitant Westminster Abbey : sur le registre exposé au public, j'ai découvert avec effroi que Sarkozy venait d'être décoré du Most Honorable Order of Bath (une sorte d'équivalent britannique de notre légion d'honneur). Et ça, quand même, ça fait mal au cul.
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